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2005-05-22T14:54:22Z
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http://www.festivalier.net/article-21446887.html
À peine arrivé au Lycée Mistral d'Avignon, une jeune femme nous tend un épais journal de publi-reportages vantant la programmation du
Centre National d'Angers où François Tanguy et son Théâtre du Radeau sont en résidence.
Gaspillage.
Plus tard, la bible de « Ricercar » inclut un texte de 25 pages sur dont je ne comprends rien. Pas grave. C'est de la poésie.
L'écrit n'est pas mon fort aujourd'hui, mais le théâtre devrait faire son œuvre.
Avant même que débute le spectacle, mon voisin (et lecteur du Tadorne !) me fait remarquer que la scène a autant de profondeur que la longueur des gradins. « J'aime quand spectateurs et
acteurs sont sur le même pied d'égalité ». Pas si sûr que cela soit vrai ce soir...
A l'issue des dix premières minutes, cette profondeur finit par m'engloutir.
Noyé dans cette mise en scène où l'on voit défiler des corps vêtus de vieux habits et de longues robes, des chaises sur des tables, où glissent de longs panneaux du décor pour créer du mouvement.
Le langage des comédiens est poétique, déstructuré et le plus souvent murmuré en Français, en allemand, voire même en italien. Car la musique sature l'espace et mes oreilles, alors que l'on
balance un extrait de Beethoven, de Rigoletto et d'autres airs inconnus. Plus les personnages s'animent, plus je plonge dans un rêve éveillé, pendant que mon voisin somnole gentiment. Mon corps
s'alourdit et je comprends vite que ce théâtre n'est pas fait pour moi. François Tanguy le confirme quand il déclare dans la bible du spectacle vouloir "chercher les fréquences propices aux
circulations des résonances, rappelant de la pointe extrême du présent aux gestes peints dans les grottes, les plis et les ressorts de l'en commun des sens". :( :( :( ? ? ?
« Ricercar » est donc un théâtre "fondamental", comme me le rappelle dans la file d'attente une spectatrice avisée. Pour filer la métaphore, nous serions plus proche d'une
recherche sur la physique des particules que d'une découverte transférable dans le quotidien.
À la sortie, je m'approche d'une spectatrice pour échanger avec elle sur ses ressentis. Elle se prête gentiment au dialogue. Elle n'a rien compris, mais c'est laissé porter par la poésie de
l'ensemble.
Puis d'un air compatissant, me lance : « mais je ne peux rien faire de plus pour vous ».
Je suis définitivement largué.
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "Ricercar" de François Tanguy et le Théâtre du Radeau a été joué le 21 juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon.
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2008-07-23T17:05:10Z
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http://www.festivalier.net/article-21444855.html
La danse au Festival d'Avignon serait-elle condamnée? Après le consensuel Jan Fabre, le spectaculaire « Sutra » de Sidi Larbi Cherkaoui, voici Emio Greco et son
«(purgatorio) POPOPERA», œuvre dont je cherche encore l'articulation avec le projet des Directeurs du Festival d'Avignon : « solliciter l'intelligence du
spectateur...respecter sa liberté de regard face aux spectacles...résister aux tentations de simplification qui nous entourent ». La danse n'aura donc pas cet honneur de me rendre moins
réducteur. Et pourtant. Ils sont beaux ces six danseurs dans ce purgatoire à se tenir groupé ainsi. Une
superbe énergie, une danse impeccable dans l'ampleur des mouvements. Le rythme est entraînant et l'on basculerait presque sur sa chaise pour les accompagner vers le paradis. La musique de Michael
Gordon ne démérite pas avec un son de guitare à la fois strident et mélodieux. On est tout autant attiré par cette belle mise en espace qui voit circuler en fond de scène une étrange dame brune
puis blonde. L'image pourrait paraître idyllique, mais le purgatoire est aussi pavé de mauvaises intentions...
Les danseurs sont aussi guitaristes. Pour
quoi ? Pour faire corps avec l'instrument ? Sauf que la guitare l'encercle. Elle danserait presque à sa place et l'ensemble patine sur ce sol si bien lustré. On quitte le purgatoire pour
s'approcher tout doucement vers une danse «spectaculaire» dont le propos m'échappe. « POPOPERA » ne stimule en aucun cas mon intelligence : au mieux, elle l'endort par une esthétique
irréprochable ; au pire, elle l'empêche de se déployer par une chorégraphie qui ne connaît que la diagonale sur scène et répète inlassablement les mêmes mouvements collectifs.
Le Festival d'Avignon a toujours positionné la danse comme un art porteur de sens, qui préfigure bien souvent l'évolution scénographique à venir dans le théâtre.
Cette année, elle ne précède plus. Faute de nous éclairer, elle court après
la mode.
Pascal Bély - www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "(purgatorio) POPOPERA" d'Emio Greco et
Pieter C.Scholten a été joué le 20 juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon
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Emio Greco sur le Tadorne: A Montpellier Danse, Emio Greco
est infernal avec "Hell".
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2008-07-23T10:15:23Z
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http://www.festivalier.net/article-21442983.html
Le collectif Franco-Viennois Superamas salue de loin le public et balance une vidéo comme générique final d'«Empire (Art et
Politics)". Les spectateurs bougent à peine, passifs. Il ne manque plus que les popcorns ou la part de pizza, c'est selon les goûts, pour se croire devant la télévision. Vision terrible
d'une absence totale de réactivité face à une proposition présentée comme subversive alors qu'elle n'est qu'un enfilage de fausses perles disponibles au rayon bobo du BHV. Il me revient
d'expliquer cette métaphore, seul refuge pour le blogueur de donner un peu de sens à sa posture de spectateur engagé, afin de dénoncer cette vision misérabiliste du théâtre.
L'idée de départ est séduisante et
répond à un besoin de politique dans le spectacle vivant : comment se fabrique et se propage un empire? En reconstituant une bataille Napoléonienne (celle d'Aspern qui fit 40 000 morts pour rien,
Français et Autrichiens revendiquant chacun la victoire) comme un vulgaire son et lumière, Superamas joue déjà avec les limites : ce n'est qu'un tournage de film. Je suis soulagé face à tant de
médiocrité théâtrale. Les professionnels du cinéma apprécieront !
Mais ce n'est pas tout...L'ensemble des comédiens (dont le producteur de Superamas) est invité à fêter la fin du tournage chez l'ambassadeur de France (genre publicité pour les chocolats Ferrero
Roche d'or). Les dialogues volent bas : nous sommes au cœur de la Sarkozie ! Le milieu culturel n'est pas épargné, de même que les professionnels de l'humanitaire. On sourit, mais la piètre
qualité artistique du projet laisse perplexe. Pour en rajouter dans la subversivité, on nous impose un (long) film sur une expédition de Superamas en Afghanistan afin de rencontrer une cinéaste
iranienne immergée dans la guerre.
On finit donc par se perdre dans ce
dédale même si l'on comprend l'intention : la société du divertissement, alliée aux humanitaires médiatiques et aux professionnels de la culture asservis au pouvoir politique, créée un
empire d'une violence inouïe, générateur de guerres et de génocides. Soit. On peut adhérer au propos. Mais cela suffit-il à faire une œuvre de théâtre ? Les moyens dont semblent disposer
Superamas, la faiblesse esthétique de leur proposition, les positionnent au cœur de cet empire. Il se dégage de l'ensemble une suffisance d'une gauche bien pensante. Pris à leur propre piège, il
ne leur reste plus qu'à s'éclipser une fois les lumières allumées pour éviter d'affronter un public de théâtre. Cette position obscène devrait suffire pour que le Festival d'Avignon cesse cette gabegie. Présents déjà
l'an dernier avec « Big 3rd épisode » Superamas avait refroidi le public.
Guy, auteur du blog « Un soir ou un autre » écrivait alors pour commenter mon article :
« Imiter ne suffit pas pour dépasser la sottise du modèle, manque la distance et autre chose de plus indéfinissable »
Superamas ne connaît que ce qui est défini. C'est leur façon de prendre le pouvoir sur le public et d'écraser l'utopie.
L'empire Superamas vacillerait-il ?
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "Empire (Art et politics)" de Superamas a été joué le 20 juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon.
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Superamas sur le Tadorne: Au Festival d'Avignon, Superamas superpose.
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2008-07-23T08:05:39Z
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http://www.festivalier.net/article-21431167.html
Trois jours après la première, la presse n'a pour l'instant rien écrit sur «Wewillliverstorm» du Belge Benjamin Verdonck. Serait-elle en
panne d'écriture, d'inspiration ? Désintéressée ? Pour le blogueur, cette création aurait pu inspirer (à chacun son « je »).
Aurait pu...
Pour Benjamin Verdonck, les objets ont une âme comme le démontrait déjà son exposition au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles en mai dernier. Elle avait laissé bon nombre de spectateurs
circonspects. Au Festival d'Avignon, c'est sur scène qu'il nous invite à entrer dans un univers d'adolescent un peu attardé, sous l'œil dubitatif de son vrai père, tandis qu'un musicien tire les
cordes d'instruments pour le moins étranges. Avec «Wewillliverstorm », bienvenue en Verdonckie.
Je suis resté à la porte. J'ai bien tenté de regarder par le trou de la serrure : je n'ai vu que des objets manipulés par des ficelles où l'on passe de l'un à l'autre sans comprendre ce qui les
relie à part le fétichisme de Verdonck et sa maîtrise d'un espace très personnel. En écoutant à la porte, je n'ai entendu qu'un son étiré de la scène au fond de l'église.
En forçant un peu la poignée pour entrevoir, j'ai observé la relation père-fils. Elle ne manque pourtant pas d'intérêt. Observateur la plupart du temps, il est transformé avec détermination par
son fils, en objet statufié bancal. Je m'interroge encore sur l'espace choisi pour métaphoriser leur filiation. Benjamin se questionne à l'égard de son père. Soit...
«Wewillliverstorm » est un espace de résonances pour Benjamin. Pour être resté si loin, il devait l'être également pour moi...
Malgré tout, dans la « bible » distribuée à l'entrée, Benjamin Verdonck ne dit rien de tout cela et semble nous prendre de haut quand il écrit
:
« C'est un spectacle sans paroles
mon père et moi, nous sommes debout en scène
mon ami le musicien est assis sur le côté
il y a beaucoup de bricolages qui bougent avec des ficelles
nous ne parlons pas
il n'y a pas d'histoire non plus
c'est joli à regarder »
Même pas.
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "Wewilllivestorm" de Benjamin Verdonck a été joué le 20 juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon.
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Benjamin Verdonck sur le Tadorne avec
"Nine Finger"
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2008-07-22T23:05:04Z
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http://www.festivalier.net/article-21425909.html
Inutile de s'énerver.
Inutile.
Cela ne sert à rien.
Autant rester cool et zen après le naufrage de ce week-end où le Tadorne a perdu sa plume après tant de propositions frôlant l'imposture (Superamas), l'inutile (Emio Greco) et
l'enfermement (Benjamin Verdonck, le Théâtre du Radeau).
Cool, zen.
On en remercierait presque Philippe Quesne et sa « Mélancolie des dragons » de nous proposer un spectacle aussi inutile, vain, mais tellement cool.
Alors que le mistral se déchaîne dans le Cloître des Célestins provoquant un
bruit infernal (l'enfer est très tendance cette année à Avignon), ils sont sept hommes des cavernes à s'extraire d'une Ax Citroën en panne, au beau milieu d'un paysage enneigé. Le chien, Hermès,
sort tranquillement tandis que l'autoradio passe subitement d'AC/DC à la musique du moyen-âge. Isabelle, arrive sur son vélo et propose de les aider. Elle finit dans le moteur et diagnostique un
changement de delco. Vive les femmes...
Alors qu'il faut attendre une semaine pour réparer la voiture, nos compagnons d'infortune vont présenter à Isabelle leur prochain spectacle, embryon d'exposition d'art contemporain itinérant,
inclut dans un parc d'attraction (dont ils n'ont pas encore trouvé le nom...) où l'air, l'eau, le feu, les bulles de savon et la nature forment une œuvre globale. Isabelle en a donc la primeur :
une générale individuelle en quelque sorte.
Cool, zen.
C'est incroyablement ridicule. Je souris, car c'est poétique («on est
finalement tous des artistes en devenir »). Je m'inquiète souvent (« ils n'ont trouvé que cette idée pour démontrer l'absence de propos et de créativité des artistes français en ces
temps troublés ? »). Je m'endors parfois («respire, détends-toi, tu es au 62e festival d'Avignon»).
Cool, zen.
Et puis...cela commence à bien faire. Où sont Jan Fabre (édition 2005), Olivier Dubois, Christophe Haleb ? Que le
mistral emporte ces ballons de pacotilles et qu'on dépêche illico le régisseur pour acheter en urgence un delco pour Ax année 90 chez un concessionnaire d'Avignon. Qu'ils libèrent enfin le
plateau!
Cool, zen.
J'ai presque envie de pleurer. Je pense à Pippo
Delbono. Je me sens mélancolique
Cool, zen.
Mais ils sont si fragiles sur ce plateau. Ils parlent si doucement. Ils ont
l'air si improductif dans un pays où le slogan « travailler plus pour gagner plus » va finir par orner les façades des écoles, des théâtres et des entreprises. Ils sont incroyables dans
leur processus de création à s'appuyer sur tant d'immatérialité pour nous offrir, là, rien que pour nous, une oeuvre d'art contemporain . Et je comprends qu'il faut se laisser porter, sans
chercher le sens caché si ce n'est celui d'une émotion tant contenue depuis deux jours. Ces ballons gonflés emportés par le mistral dans ce paysage enneigé ne sont-ils pas une réponse construite
à l'envahissement des jolies formes dans le spectacle vivant (Roméo Castellucci serait-il un peu visé ?)
Cool, zen.
J'applaudis à peine presque plus intéressé par les réactions du public :
enthousiasme, circonspection, indifférence polie....
A la sortie, j'entame le débat avec quelques spectateurs. Un jeune homme accompagne Laura (il était peut-être caché dans la malle de l'AX). Il me regarde attentivement, tout en souriant, me
dépatouiller avec mes explications un peu fumeuses.
Il me regarde.
Cool, zen.
En les quittant, je chante dans la rue.
Prêt à m'envoler comme un ballon dégonflé.
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "La mélancolie des dragons" de Philippe Quesne a été joué le 20juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon.
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2008-07-22T23:05:42Z
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http://www.festivalier.net/article-21419507.html
Entre la chaleur et les orages, le spectateur se fraie un chemin sinueux dans le programme du off et essaie de repérer « la perle
rare », approchée avec « Les nuits blanches » de Dostoïevski, mise en scène par Xavier Gallais (apprécié dans «Ordet » d'Arthur Nauzyciel) et Florient
Azoulay.
« Ils existent des auteurs et des textes qui vous poursuivent » se plaît-il à dire. Avec «Les Nuits Blanches », Xavier
Gallais signe ici une mise en scène épurée. Pas besoin d'effets vidéos et autres artifices lorsque la scénographie de Daniel Gallais épouse parfaitement la dramaturgie. Et ce pour notre bien
d'autant plus que «Les nuits blanches» nous parle d'amour, ce sentiment si complexe alors qu'il est souvent réduit par notre société de consommation globalisée.
Deux âmes en peine apprennent tout l'un de l'autre en l'espace d'une de ces fameuses nuits, durant lesquelles le soleil ne s'éclipse que
l'espace d'un court instant. Ils se livrent à nous, sans retenue, pour nous démontrer la puissance du sentiment amoureux. Xavier Gallais campe ce jeune homme un peu gauche, où la présence de
Nastenka éveille le désir. De son côté, elle attend le retour d'un être aimé, parti pour son service militaire, mais revenu depuis peu.
Ils débattent de leurs états d'âme pour nous souffler dans le creux de l'oreille leur envie mutuelle de faire vie commune, pour ne pas se retrouver seul dans ce Saint-Pétersbourg de 1848. Cette
rencontre sur les bords de la Neva dégage une sensation de rêve, comme si Nastenka se donnait elle-même la réplique par les traits de Xavier Gallais pour combattre cette attente qui s'étire.
Éclairés par une lumière crue, comme celle de ces fameuses nuits blanches, Tamara Krcunović et Xavier Gallais donnent corps à ce texte, tout naturellement, comme habités par l'écriture de
Dostoïevski. L'échange gagne en profondeur au fur et à mesure de la joute littéraire. Ici, il n'est pas question d'un théâtre visuel, mais de texte. Un théâtre de sentiment que l'on aime à
partager.
Certes, le langage convenu de ces deux âmes appartient à un autre temps. Une époque où se tenir la main était le mot d'amour, un geste au delà du baiser.
Je ne peux m'empêcher d'imaginer deux jeunes gens d'aujourd'hui échanger tel propos.
« Tu sais que je te kiffe ? »
« Ah ouais, mais je suis déjà maquée »,
Un peu moins romantique...Quoique.
Laurent Bourbousson
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ « Les nuits blanches» de Dostoïevski mis en scène par Xavier Gallais et Florient Azoulay . Au Théâtre des Béliers d'Avignon jusqu'au 2
août 2008.
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Xavier Gallais sur le Tadorne:
Au Festival d'Avignon, la parole d'Ingrid dans « Ordet » par Arthur
Nauzyciel.
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2008-07-22T10:41:41Z
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http://www.festivalier.net/article-21418489.html
Le tractage incessant auquel le promeneur est confronté au cœur du centre-ville d'Avignon relève quelquefois du matraquage. Soudain, on y fait
des rencontres avec des professionnels qui prennent le temps de vous parler du spectacle qu'ils défendent. Les paroles de la chargée de diffusion de la Compagnie d'Elles pour la pièce
«Lames sœurs» m'ont convaincu de quitter l'intra-muros pour l'île Piot, un jour venteux, où la Région Midi-Pyrénées fait son cirque.
L'origine de « Lames sœurs » est le double meurtre des sœurs Papin qui a défrayé la chronique des années trente. Louise et Léa, au service des Lancellin, assassinèrent sauvagement Madame
et Mademoiselle. Jean Genet en a fait ses Bonnes et nombreux réalisateurs s'emparèrent de ce fait divers (notamment, le merveilleux "Les Blessures assassines" pour lequel Sylvie
Testud fut récompensée).
Avec le poids de cet héritage, Yaëlle Antoine en fait sa réécriture. Elle compose les portraits de Louise et Léa, les fameuses sœurs Papin, et dévoile celui de Madame. Trois fils coupent
la scène. Ils représentent trois univers, les trois vies de nos protagonistes.
"Lames sœurs" est avant tout une histoire de femmes, celle des sœurs
incestueuses qui vont jusqu'au meurtre pour se libérer des regards moralisateurs et vivre pleinement leur amour. C'est l'histoire de la folie de Louise, qu'interprètent Yaëlle Antoine et son
double, qui l'emprisonne et la manipule. Celle de Léa, objet de désir sexuel aux yeux de sa sœur. Puis, il y a Madame, perverse à souhait, jouissant d'une autorité certaine. L'univers sulfureux
du récit transpire dans la relation qu'entretiennent ces trois femmes.
Les sœurs Papin et Madame dénoncent notre perversion. Qu'elle soit familiale (les récents faits d'actualité démontrent tout ce qui peut se faire en la matière) ou sociétale (l'abus de pouvoir de
l'employeur, le harcèlement moral, les suicides chez Renault), la perversion abîme l'être humain qu'elle soit subie ou animée.
Le texte sert de décompte à ce jeu. Rythmant les tâches de ces bonnes, les paroles égrènent le temps qu'il reste à vivre, installe le malaise naissant pour l'ancrer dans le temps présent. Il
devient étouffant tout comme certaines relations humaines oppressantes.
Le vent soufflant sous ce chapiteau, accessoire météorologique non désiré, profite à merveille le propos et invite l'âme des sœurs Papin à découvrir ce que l'on peut encore dire d'elles.
Laurent Bourbousson
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ « Lames soeurs» de Yaëlle Antoine, mise en scène de Paola Rizzamis. Jusqu'au
30 juillet sur l'île Piot à 11h00.Relâches les jeudis 17 et 24.
Crédit photo: "Joa"
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2008-07-22T11:57:33Z
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http://www.festivalier.net/article-21398631.html
À la sortie, Éric, spectateur, s'exclame : « il se passe enfin quelque chose au off ! ». Le débat s'engage sur le trottoir du
Théâtre des Hivernales. Manifestement, le chorégraphe Christophe Haleb avec « Domestic Flight » remplit sa fonction, celle d'interpeller chacun d'entre nous sur sa
posture, son identité. Ce soir, la distinction entre « off » et « in » éclate tant le travail de ce collectif est remarquable.Ils sont cinq à déambuler sur cette scène chaotique, sorte de foutoir de nos représentations sur le « genre
». À peine arrivé, l'un des acteurs regarde le spectateur retardataire d'un air réprobateur. Il enlève son jeans, marche en caleçon avec ses talons aiguilles puis enfile une robe. En quelques
minutes, il s'est transformé en Émeline, pressant délicatement quelques oranges. Le ton est donné : prière d'être à l'heure et de laisser à l'entrée ses clichés !Comment s'y retrouver, en 2008, sur les codes qui définissent l'homme et la femme ? Les clivages et les cases ne résistent plus à la complexité des situations individuelles et
collectives. Rien de tel qu'une conférence pour accompagner dans un premier temps le spectateur à y voir plus clair avec gros feutres de couleurs pour appuyer là où ça titille, immense tableau
blanc, pour professeur d'un « genre » particulier, incarné par Arnaud Saury, acteur magnifique. A l'issue de cette explication magistrale, drôle, juste, convaincante, plus rien du « sexe
bon », « pas bien », « acceptable », « pas acceptable », du «moins », au « plus », ne vous est étranger. Cette introduction déconstruit d'autant plus nos schémas, que la scène fait l'objet
d'étranges mouvements humains : nos clichés circulent, notre animalité, nos fantômes, et nos peurs aussi. Des mots au corps, il n'y a qu'une frontière poreuse que Christophe Haleb et sa troupe franchissent avec brio pour nous aider à sortir du clivage masculin
- féminin et entrevoir le « genre » dans toute sa complexité, à partir d'un intérieur domestique où nous exprimons (le plus souvent à l'abri des regards), nos pratiques culturelles et sociales,
celles qui transcendent les identités sexuelles. Les danseurs font alors corps avec le décor pour s'offrir différents espaces sociaux où le corps « traversé » peut communiquer. Ils jouent avec
les gestes de la « mère » pour les réintroduire dans le quotidien ; ils zooment, telle une focale, sur un mouvement, une posture prise ici et là dans le champ social pour lui donner un sens plus
large que leur seule acceptation féminine ou masculine. «Domestic Flight» s'attaque à notre société marketée qui manie les identités pour mieux les enfermer dans des codes publicitaires censés
faire sens politiquement. Quand Christophe Haleb joue avec le travestissement, il
s'amuse de nous et je finis par comprendre que c'est notre regard qui travestit. Quand
il provoque un rapprochement des corps (touchante séance où trois hommes se massent), je comprends que ce n'est ni masculin, ni féminin : juste humain, tendre et beau alors que notre société
transforme notre peau en carapace. Quand il génère la confusion entre nudité et
vêtements, c'est pour mieux nous interpeller sur la proximité de plus en forte entre sphères intime et publique (il n'y a qu'à voir les jeunes hommes et femmes arborer des sous-vêtements
débordant du privé vers le sociétal). Je pourrais expliquer encore et encore les
richesses de ce spectacle atypique quitte à faire une conférence pour programmateurs culturels souvent frileux dès que l'on aborde le « genre » ! « Domestic flight » est un théâtre politique à l'articulation de l'intime et du sociétal (à l'image du
"Faune(s)"
d'Olivier Dubois présenté au « In »). C'est une scène où chacun peut se projeter pour porter dans l'espace public certaines questions qui ne trouvent toujours pas d'écho dans une société de plus
en plus puritaine. Avec Christophe Haleb, non seulement nous sommes un peu plus
intelligents, mais nous progressons à nous voir moins clivés.
Et l'on finit par trouver que, sur le trottoir, nous ne sommes pas mal dans le genre.
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ «
Domestic Flight» de la Zouze, compagnie Chistophe Haleb est joué jusqu'au 26 juillet au Théâtre des Hivernales d'Avignon.
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La Zouze sur le Tadorne: À Uzès Danse,
principalement Christophe Haleb.
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2008-07-22T01:17:19Z
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http://www.festivalier.net/article-17939490.html
Harwan se lève du lit, téléphone, se couche, puis écoute de la musique sur son ordinateur. Nous sommes invités dans la chambre d'un étudiant libanais au
Canada, plus proche de la cellule que de la cabane. Il tente de finir sa thèse, mais il bute sur la conclusion. Prisonnier d'un savoir qui lui échappe, dépendant d'un directeur qui avance la date
de sa soutenance suite au décès d'un étudiant (l'échafaud approche), loyal à l'égard d'un père qui mise tant sur lui, obéissant aux caprices de Robert Lepage (auteur de théâtre canadien, sujet de
la thèse), le voilà pris dans un étau : réussir, mourir, changer.
L'acteur et metteur en scène Wajdi Mouawad joue «Seuls » pendant deux heures, en slip avec ses petits bourrelets, et fait
exploser son art dans un chaos indescriptible. Ce soir, au Festival d'Avignon, nous assistons à la métamorphose d'un étudiant immigré libanais, d'un metteur en scène montréalais d'adoption, du
théâtre français. Rien que ça.Quoi de plus banal que la vie d'un thésard ou du moins ce que nous en savons ? Mais
derrière les apparences, il y a dans le lien entre l'étudiant et la thèse (objet perdu de l'enfance?) un enchevêtrement de signifiants que Wajdi Mouawad restitue avec intelligence et beauté. La
tension lors de la première heure est tangible entre Harwan prisonnier de ses loyautés et la vidéo qui le projette contre le mur (au sens propre comme au figuré). Plus souvent allongé que debout,
la dynamite du changement se prépare et le public semble plus en arrière de la scène (tel un psychanalyste) que face. Effervescence d'autant plus palpable que la technologie rationaliste montre
ses défaillances à l'image de ce téléphone, à terre, omniprésent, tel un cordon ombilical dont on perd le fil à force de s'y enrouler.
Comme les peintres de la Renaissance qui parcouraient l'Europe pour voir le monde autrement, notre étudiant se rend en Russie à la poursuite de Robert Lepage. Mais il déjà reparti aux États-Unis.
Enfermé durant une nuit dans une des salles du Musée de l'Hermitage à Saint-Pétersbourg, tout bascule et nous ne l'entendrons plus. La scène se transforme en atelier du peintre, les murs
deviennent des parois transparentes où comme l'homme des cavernes, Harwan redessine avec ses mains son identité, se réapproprie sa langue, se débarrasse de l'accessoire pour retrouver le sens en
créant l'espace freudien de l'introspection. Pour renaître.
Le public est alors projetté dans l'impensable : Harwan déchire une reproduction du Retour du fils prodigue de Rembrandt, pour s'y engouffrer et réapparaître avec une nouvelle peau
(son corps est immaculé de peinture). Il est « œuvre d'art ». Encore la Renaissance...
À quelques mois d'intervales, le théâtre m'a inclut dans l'obscurité féroce de Pippo Delbono et dans la fresque lumineuse de Wajdi Mouawad. Ces deux artistes créent
l'espace de l'imaginaire où le spectateur est propulsé dans un chaos qui sépare et répare.
Sublime.
« Seuls » de Wadji Mouawad est au pluriel.
Pascal Bélywww.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "Seuls" de Wajdi Mouawad a été joué au Théâtre d'Arles le 15 mars 2008 et au
Festival d'Avignon du 19 au 22 juillet 2008.
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Et l'article sur la dernière création de Pippo Delbono.
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2008-07-20T08:15:15Z
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http://www.festivalier.net/article-21364551.html
Cinq heures, trois actes et une évidence : je n'aime pas être caressé dans le sens du poil. Cela me donne des démangeaisons.
« Das System », de l'auteur allemand Falk Richter, mise
en scène par le Français Stanislas Nordey, est une immersion dans « un théâtre politique de notre époque », celle des images en boucle de l'effondrement des tours du World Trade
Center, celle où les Allemands ont envoyé leurs militaires en Afghanistan. Alors que nous vivons une dépression économique, sociale et écologique, Stanislas Nordey nous balance un texte sur la
guerre en Irak, contre Bush, à partir d'un triptyque qui voit se succéder un pamphlet anti-américain, une fable et une fiction percutante sur le consulting moderne.
Face à l'agression des Américains, Nordey répond sur le même registre (quelle paresse...): pas d'image (adieu le théâtre post-moderne), corps quasi statique (à l'exception d'une danse ridicule et
sans objet sur un air de Françoise Hardy; les américains, eux, cachent le corps des morts) mais surtout un texte d'une violence inouïe (les faucons de Bush ont la même rhétorique).
Les comédiens (tous exceptionnels) semblent jouer sous la contrainte d'un
metteur en scène tout puissant qui leur fait débiter des mots ciselés, sans autre échappatoire que de nous regarder longuement dans les yeux, de faire un petit tour par l'arrière-scène ou de se
coucher pour en finir. La durée assomme car, sous couvert de changer la forme du propos, il nous répète à trois reprises la même chose: putain d'américains, salope de Merkel, connards de
consultants d'entreprise. En prime, une petite fable sur l'homme dépendant de sa voiture qui fait les courses à sa place! Et comme si cela ne suffisait pas, on fait dire des paroles d'adultes à
un enfant. Éthiquement contestable.
Le plus inquiétant dans cette proposition, c'est qu'elle utilise les mêmes armes du système dénoncé: mise en scène verticale, approche manichéenne du monde (la complexité n'effleure même pas
Nordey qui se contente de coller au texte de Richter. J'ai rarement vu un metteur en scène aussi dépendant d'un auteur!), approche culpabilisante (« nous savons ce que vous ne pouvez pas
savoir»). Cette approche géopolitique bipolaire (les gentils et les méchants... Sur ce registre, « Les guignols de l'Info » sont plus drôles) confortent les spectateurs de gauche
dans leur vision bloquée d'un monde bien plus lisible quand il n'y avait que l'Est et l'Ouest. Nordey pense que le théâtre politique est l'espace pour exprimer la colère. Cela le conduit à
répéter inlassablement la même mise en scène quelque soit le contexte (à lire ma critique sur « Gênes 01 » sur l'assassinat d'un manifestant lors du sommet du G8 en 2001). Soit. À
ce rythme, il nous proposera demain, avec son décor dépouillé, ses rampes de lumières, ses acteurs mortifères, la dénonciation de la gauche socialiste française de 2007!
Sauf que le monde va bouger bien plus vite que la pensée linéaire de Falk
Richter. À peine dénonce-t-il Bush que les Américains s'apprêtent peut-être à voter pour un candidat noir. À peine décrit-il la toute puissance de la voiture dans une de ses fables, que le
pétrole cher va obliger toutes les sociétés à revoir leur dépendance aux énergies ; à peine évoque-il le modèle dictatorial de l'entreprise, qu'émerge ici et là des assemblées d'actionnaires
avides de démocratie et où la crise des subprimes fait vaciller le système. À coller à l'actualité, Richter et Nordey font comme les chaînes d'information continue: des images en boucle, une
incapacité à prendre de la hauteur pour nous offrir un nouveau paradigme.
« Das System » est un théâtre de texte inscrit dans un modèle sociétal archaïque. Il empêche le spectateur de penser par lui même, de créer son propre système de représentation. La
fonction du théâtre politique consiste à dépasser les clivages tout en dénonçant les barbaries ; à ouvrir l'espace de l'imaginaire dans lequel chacun va pouvoir se projeter dans une utopie.
Oublions donc ce théâtre de sensations et souvenons-nous. C'était à Avignon, l'été dernier. « Le silence des communistes » mis en scène par Jean-Pierre Vincent à partir
d'un dialogue entre Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin. Trois comédiens exceptionnels ont incarné un syndicaliste et deux anciens responsables communistes s'interrogeant sur l'avenir
de la gauche italienne en période Berlusconienne. Ce fut un triomphe, un moment inoubliable de théâtre qui a redonné aux citoyens de gauche un espoir dans la refondation (cette pièce sera en
tournée à partir de l'automne 2008) :
« Notre avenir est incertain, mais peut-être que l'incertitude, personnelle et collective, est la condition dans laquelle nous devons nous
habituer à vivre » Myriam Mafai.
« Je suis toujours plus convaincu qu'il y a quelque chose de plus important que la redéfinition de la gauche à travers son identité
présumée : il faut chercher une identité nouvelle, ouverte sur des thèmes qui vont au-delà de notre monde « politicien. Pour réformer la res publica, nous devons avant tout nous réformer
nous-mêmes. Commençons par le langage ? » Vittorio Foa
Pascal Bély - www.festivalier.net
© Christophe Raynaud de Lage.
♥♥♥♥♥♥ «Das
System» par Stanislas Nordey a été joué le 18 juillet 2008 au Festival d'Avignon.
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"Le silence des communistes" de Jean-Pierre Vincent
Stanislas Nordey sur le Tadorne:
"Gênes 01"
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2008-07-20T08:22:09Z