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  • : Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
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"The song" d'Anne Teresa de Keersmaeker en tournée.
 "Pavlova 3'23"" au Théâtre de la Ville à Paris du 2 au 9 février 2010.
Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 14:38

Ils font partie de l’I.R.M.A.R (Institut de Recherche Menant à Rien) et présentent ce soir à Marseille leur dernière création : « Du caractère relatif de la présence des choses ». En deux titres et trois mouvements (bien plus en vérité !), ce collectif « informel » (ce n’est même pas une compagnie !)  sème le trouble. Comment nos sociétés industrialisées hyper contrôlantes finissent-elles par produire le « rien »?  A l’issue de la représentation, la poésie en a profité pour faire le vide!

Pour nous accueillir, nous sommes plongés dans un long moment de silence, dans le noir. On entend le souffle (coupé) du voisin comme si le corps « productif» du spectateur, stimulé tout au long de la journée, devait laisser sa place à l’imaginaire. Puis un vacarme issu des coulisses envahit l’espace. Des bruits métalliques et de moteurs font trembler le sol : la société industrielle s’effondre sous le poids de sa rationalité. A ce moment précis, notre corps disparaît de cette mécanique folle pour rejoindre un ailleurs, à l’image d’une silhouette que l’on voit passer et qui se volatilise derrière les gradins. Magique.



La lumière jaillit puis la scène les accueille. Quatre comédiens surgissent : ils semblent improductifs habités par un rôle qui leur échappe. Le « rien »  s’incarne dans ce matériel des trente glorieuses qui envahit l’espace (pneu, magnétophones, chronomètre, tourne-disque, souris filaire, gros casque audio) tandis que le Metteur en Scène échange du « rien » depuis les coulisses avec une administration censée sûrement le financer : la mécanique est partout et l’artiste s’y plie même si cela doit le faire périr. Alors que nous sommes propulsés dans une société de l’immatérialité, où plus que jamais l’homme et le lien devraient être au centre de tout, nous mécanisons à outrance pour produire de l’inefficace. Tout n’est qu’équilibre précaire, mais au moins cela donne l’illusion que tout est à sa place : c’est le triomphe du rationalisme, de la case, du quantitatif appliqué uniformément à tous les champs de la société. L’homme, l’artiste, n’a qu’à se plier à ce chronomètre qui mesure même le beau. La société moderne de l’industrie n’a pas dit son dernier mot: elle a encore de belles années pour nous faire subir sa fumée polluante et ses implacables rouages.

Là où les artistes Rodrigo Garcia et Jan Fabre nous dégueulent dessus pour dénoncer la société de consommation, les metteurs en scène Victor Lenoble et Mathieu Besset convoquent la poésie pour donner au spectateur la ressource d’échapper à ce déluge de modernité. C’est ainsi que différents tableaux stimulent nos cinq sens pour participer au combat de la poésie contre la barbarie du rationalisme. Alors que les mots d’une langue inventée traversent une boîte à musique (celle d’Heiner Goebbels ?), ils se perdent dans une œuvre  faite d’articulations entre le fer, des balles de mitraillette et le symbolique sac « plastique ». Le poète, le musicien, le plasticien sont ainsi traversés par les mots. Parce que le fragile prend le pas sur le solide, l’instant est inoubliable. Tandis que la mer émerge d’un tourne-disque, on apporte un ventilateur et un petit chauffage électrique. L’atmosphère du film « Les plages d’Agnès » d’Agnès Varda s’immisce alors dans mon imaginaire de spectateur respecté.

La poésie finit par gagner du terrain, à l’image de ce chariot métallique, transformé en table de mixage délirante qui métamorphose le propos creux en discours du rien. Les artistes (tous exceptionnels par leur présence) n’ont plus qu’à quitter la scène pour laisser quatre magnétophones usés et fatigués nous offrir une symphonie rhétorique qui tourne à vide. Et l’on reconnaît le discours bien huilé de nos politiques et journalistes qui, faute d’utopies, continuent le matraquage d’une pensée unique gravée dans le marbre de la société industrielle de papa.

Avec les artistes emmenés par Victor Lenoble et Mathieu Besset , avec  Pippo Delbono et ses fous, avec Steven Cohen et son « pédé papillon »,  le spectateur, habité de poésie, contemple ce « rien » et se fait une promesse : préférer les traversées hasardeuses aux chemins tout tracés qui ne mènent à rien.

Pascal Bély – www.festivalier.net

« DU CARACTÈRE RELATIF DE LA PRÉSENCE DES CHOSES »  de Solal Bouloudnine, Lyn Thibault, Olivier Veillon et Benoît Marchand / Mise en scène Victor Lenoble / Avec la collaboration de Mathieu Besset et Albert Jaton a été joué les 18 et 19 novembre 2009 à Montevideo (Marseille).

Recommander - Voir les 1 commentaires - Par LE TADORNE
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Commentaires

Pour illustrer le propos, écoutons Eric Besson. L'horreur.
Pascal
Commentaire n°1 posté par tadorne le 19/11/2009 à 16h22

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