Dimanche 31 juillet 2005
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Je dois vous faire une confidence…J’ai fugué…Je ne suis pas allé voir le « Cosi Fan Tutte » de Mozart mis en scène par
Patrice Chéreau au Festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence. Les critiques sont tellement mauvaises. Je n’ai plus l’énergie pour suivre trois heures d’un opéra rendu triste par
Chéreau. J’ai donc voulu vendre ma place…à 50 euros !! Et là, j’ai provoqué une émeute dans la longue file des spectateurs en attente d’un billet…Que des petits bourgeois en manque d’Opéra
(c’était caricatural…Ils m’ont sauté dessus comme des bêtes affamées !). Une dame m’a balancé 50 euros comme un pourboire sans me regarder…J’ai toujours détesté ce public arrogant et
sûrement inculte…Je quitte l’Archevêché pas mécontent de m’installer sur la Place des Cardeurs à déguster un chocolat liégeois avant de retrouver mon petit Suisse au Parc Jourdan dans le
cade de « Danse à Aix ». Je sais, la métaphore est un peu facile...
J’ai découvert Gilles Jobin en 2004 au
Festival « Montpellier Danse » pour deux créations : « Under Construction » et « Moebius Strip ». Je suis tombé sous le charme de ce
chorégraphe helvétique au style si doux et exigeant. Il a cette façon incroyable de jouer avec l’espace et les corps.
En 2005, le
voilà donc au Parc Jourdan pour « Steak House ». Le public est très clairsemé et un peu morose pour cette soirée (en plein chassé croisé des vacanciers, cette
date est malvenue pour ce grand chorégraphe).
Sur le plateau, un décor d’appartement
avec des objets que ni vous, ni moi, n’avons à priori dans notre salon (plutôt au grenier ou dans une chambre d’enfant ; à la rigueur dans une chambre d’étudiant dans le cadre d’ERASMUS).
Les danseurs déambulent, s’occupent chacun de leur côté. Une musique moderniste les accompagne pendant dix minutes…Puis un objet tombe…deux…trois…et c’est un véritable vacarme où la danse est en
osmose avec les objets et le cadre désordonné de l’appartement. Un érotisme se dégage quand les danseurs adoptent des postures sexuelles ; plus les danseurs bougent, plus l’appartement se
transforme…Il m’arrive de ne plus rien repérer…de prendre un objet pour un humain et inversement…Magique…Puis les danseurs déménagent le mobilier pour mieux transformer l’espace scénique. Les
couvertures servent à masquer les meubles, puis les danseurs….Le final est d’une beauté plastique à renverser un festivalier sur sa chaise pourrie du Parc Jourdan : les danseurs se fondent
dans le mobilier et l’objet se transforme sous mes yeux éblouis…Le talent de Jobin (qui fait partie de la distribution) est fabuleux quand il s’agit de créer le lien entre le danseur et son
environnement. Mais ce talent-là ne suffit pas à provoquer l’enthousiasme du public de « Danse à Aix ». Peut-être qu’il manque un message, un contenu…On serait tenter de voir
dans cette pièce une vacuité (« tout ce vacarme pour pas grand-chose »). Je me suis mis à imaginer cet appartement dans un contexte de guerre ou d’attaque chimique…Mais la
Suisse est neutre, propre et protégée !
Je quitte le parc avec un calme olympien…Mes jambes me font
souffrir ; signe que l’épuisement me guette après plus d’un mois de spectacles. Je vais me reposer d’ici mardi soir et commencer à mettre mon cerveau en veille (je n’irais quand même pas
jusqu’à m’affaler devant une série idiote à la télévision!).
Reste que la vie d’un festivalier est reposante tant l’énergie donnée par
les artistes est inépuisable…
Pascal Bély
www.festivalier.net
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Par Pascal Bély
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Publié dans : DANSE
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