"Visa pour l'image" à Perpignan du 28 août au 12 septembre.
La Biennale de la Danse à Lyon du 4 septembre au 10 octobre 2010.
Le Festival ACTORAL à Marseille du 25 septembre au 13 octobre 2010.
Le Printemps de Septembre à Toulouse du 24 septembre au 17 octobre.
Le Festival d'Automne à Paris du 9 septembre au 31 décembre.
La 29ème édition du festival « Les Hivernales d’Avignon » débute au Théâtre d’Arles par « A
quoi tu penses ? », création chorégraphique coécrite par Dominique Boivin et Marie Nimier. On nous promet de nous donner les clefs pour comprendre ce qui se passe dans la tête de
celui qui danse. Les mots de l’écrivaine Marie Nimier s’immiscent dans l’écriture chorégraphique pour nous offrir six saynètes où les danseurs pensent à voix haute sur leur condition, leur lien
avec le public, leur désir de gloire et leur peur de la déchéance. Le propos ne nous apprend rien que nous ne savions déjà : le danseur repense à ses rêves d’enfant, ses rapports complexes
avec le chorégraphe, ses ambiguïtés relationnelles et ses traumas de l’adolescence. La danse de Dominique Boivin est inventive, émouvante et poétique : les corps sont habités par les
mots ; les non-dits s’entrechoquent avec les paroles et le tout donne une dynamique souvent réjouissante.
Mais je reste à distance. Pendant plus d’une heure, je lutte pour que mon imaginaire ne soit pas sous contrôle tant l’œuvre est cadrée. Le texte, le corps, le conscient, l’inconscient, la
gravité, le léger : tout m’est offert. Je n’ai plus qu’à l’ordonner (c’est presque fait) et à me laisser porter. Sauf que je pense à tout autre chose !
Je reconnais Olivier Dubois, ce danseur qui m’a tant émerveillé l’an dernier en
Avignon avec « Pour tout l’or du monde » (cf. photo ci-dessus) ou en 2005 dans les créations de Jan Fabre (« L’histoire des larmes »). Je pense à sa
condition d’artiste, à ses projets…Ses rondeurs ouvrent la danse à d’autres corps et c’est tant mieux!
Je me remémore la crise des intermittents de 2003 et ces danseurs toujours plus précarisés.
En voyant la belle vidéo sur scène (où la danse se fait cinéma), je repense à tous ces spectacles qui l’utilisent comme un faire – valoir de modernité sans l’habiter d’un propos artistique.
Et puis, au hasard de cette scène (photo
ci-dessus) où les paroles de l’écrivain déferlent comme un trop-plein sur la danse fragile, fragmentée et puissante de cette jeune danseuse, je pense au texte d’un créateur de vingt-cinq
ans, Thomas Ferrand, publié dans la revue Mouvement et repéré sur Internet avant de me rendre aux Hivernales :
« Nous avons entre 20 et 30 ans, pratiquons la scène, la presse, la vidéo ou le graphisme, dans un sens très politique de la dérision et de l’urgence. Nous fabriquons des dispositifs
esthétiques et réflexifs, nourris de philosophie, des arts visuels et des médias, qui racontent l’état du monde. Mais les institutions qui subventionnent, programment et décident de ce que le
public doit voir, ne nous suivent pas : « Faites vos preuves. » Cinq ans déjà que les preuves s’accumulent. Le cahier des charges est largement rempli : le public s’accroît, « la
jeunesse » vient dans leurs théâtres, la qualité et la recherche sont au rendez-vous. Mais les décideurs veulent des projets clairement identifiables : tout ce que nous refusons. Et c’est une
boucle pavlovienne qui se renforce : comment peut-on innover si les politiques culturelles ne permettent pas le renouvellement des formes ? Nous nous sentons volontairement marginalisés. C’est
sans compter une presse nationale qui ne se déplace pas, un mépris de certains de nos interlocuteurs, un manque de salles et de moyens, la précarité de certains d’entre nous et la suppression de
subventions pour des raisons politiques. C’est dans ce sens que j’ai créé, avec Robert Bonamy et Cédric Lacherez, la revue post-dada mrmr (murmure), une revue de critiques et d’entretiens pour
défendre la création contemporaine et véhiculer nos pratiques. Cette revue est une expérimentation graphique et éditoriale. Couverture blanche volontairement salissante, matériaux pauvres : elle
refuse tout préformatage. Nous n’avions pas la parole, nous allons la prendre. Maintenant ! Après le désastre critique d’Avignon 2005 contre les formes interdisciplinaires et, plus globalement,
l’absence intolérable d’une politique qui ne laisse aucune place aux jeunes générations dans la société sur le plan de l’emploi et du logement, nous crions notre ras-le-bol. Nous représentons un
collectif unique en France. Nous réclamons un lieu de création permanente et la possibilité de diffuser nos travaux et de représenter une génération qui, artistiquement, politiquement et
socialement, perd son droit de cité. ».
C’est un manifeste au cœur de la campagne électorale sauf qu’il a ét publié en décembre
2005…Certes, les « Hivernales » ont choisies de nous faire rire cette année car « le public en a assez des spectacles qui prennent la tête » (Amélie Grand, Directrice,
article du Monde daté du 21 février 2007) mais cela n’est pas aussi simple que cela.
« A quoi tu penses ? ». Dominique Boivin ne me le demande pas, mais c’est ma réponse à ses pensées joliment décalées.
Le projet du Tadorne pour
Marseille 2013

Vos prises de bec