"Visa pour l'image" à Perpignan du 28 août au 12 septembre.
La Biennale de la Danse à Lyon du 4 septembre au 10 octobre 2010.
Le Festival ACTORAL à Marseille du 25 septembre au 13 octobre 2010.
Le Printemps de Septembre à Toulouse du 24 septembre au 17 octobre.
Le Festival d'Automne à Paris du 9 septembre au 31 décembre.
« Je
pense à vous, épisode XX » de Didier Ruiz fera date. Imaginez dix personnes âgées russes, assises face à nous, issues de différents milieux sociaux. Tout commence par
la projection d’un album photo, comme si nous étions côte à côte. C’est le début d’une « photo romance » qui prend le temps, quitte à ce que les trous de mémoire s’invitent et que la
traductrice, un peu seule dans sa cabine, soit prise de signes de fatigue. A tour de rôles, ils nous racontent un instant de leur histoire qu’ils restituent avec leurs cinq sens pour nous y
inclure : le parfum posé sur la peau, le goût du premier baiser, l’odeur d'un champ de fleurs, les objets et les chansons de l’enfance. Malgré la guerre, ils ont poursuivi leur route
qui les conduit jusqu’à nous. Ils semblent avoir eu peur de tout, « même d’une souris » mais ils ont surmontés. Ils nous délivrent un message percutant : nous sommes aussi
acteurs de nos propres peurs. Ces dix femmes et hommes sont au cœur du théâtre du monde où ils ont traversé la seconde guerre mondiale, le totalitarisme soviétique, l’avènement de l’économie de
marché. Ils ont cherché un père, une sœur, disparus sans savoir ni où, ni comment. L’une en a même perdu la parole, tandis qu’une autre s’est mise à bégayer à l’adolescence. L’histoire est
ainsi : elle se répète parfois, devient mutique quand les états refusent leur travail de mémoire.
C’est un moment
unique, fragile, car ces hommes et ces femmes sont les derniers témoins d’une époque qui a vu naître l’idée d’une Europe politique. Didier Ruiz s’appuie sur eux et leur offre une mise en scène de
la transmission : les objets qu’ils nous tendent font maintenant partie de notre imaginaire, leurs photos sont un patrimoine de l’humanité et leurs chants résonnent tels des hymnes à la
joie.
Quelques heures plus tard, nous retrouvons à nouveau dix témoins. Ils sont Allemands, Polonais, Ukrainiens et on tous vécus
enfants et jeune adulte l’enfer de la Deuxième Guerre mondiale. Pour « Transfer ! » du polonais Jan Klata, ils sont assis face à nous, mais au fond de
la scène. Ils viennent un à un raconter leur guerre. On s’émeut, on sourit, on apprend ce que l’on ne nous a jamais dit : sur l’agonie des Polonais humiliés de toute part, sur la
douloureuse introspection des Allemands, sur l’horreur vécue par les Russes au cours de cette boucherie. Ils sont tous exceptionnels à poursuivre leur devoir de mémoire sur une scène de
théâtre comme si la guerre ne s’était jamais arrêtée. Il y a dans leur regard, une détermination à interroger les valeurs de l’époque pour nous aider à les projeter dans un futur certes
incertain, mais ouvert.
Mais Jan Klata ne leur fait manifestement pas confiance. Il leur soumet une scène surélevée où officient trois comédiens dans les rôles de Staline, Roosevelt et Churchill. Entre les témoignages, ils s’imposent pour jouer un concert rock ( ?) et débiter des dialogues censés nous faire comprendre que décidément, quelles que soient les époques, les dirigeants sont d’une bêtise crasse. Cette farce n’apporte strictement rien, elle fait violence à la mémoire tel un spot de publicité au cœur d’un film sur un génocide. Cette scène lacère le plateau, nous éloignent des acteurs – témoins. Elle nous prouve que la résistance doit aussi s’organiser contre cette société du spectacle qui tend à brutaliser ce qu’il y a de plus fragile : notre capacité d’indignation.
Pascal Bély – www.festivalier.net
"Je pense à vous, Episode XX" de Didier Ruiz et "Tranfer!" de Jan Klata, joué le 19 septembre 2009 dans le cadre du festival "Sens Interdits" à Lyon (jusqu'au 26 septembre).
"Transfer!" sera joué dans le cadre du Festival d'Automne à Créteil les 5, 6 et 7 novembre 2009.
Le projet du Tadorne pour
Marseille 2013

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