Partager l'article ! A "Visa pour l’Image", Eugène Richards peint les dommages collatéraux de la guerre.: Cela pourrait être un film, mais Eugène Richards e ...
Cela pourrait
être un film, mais Eugène Richards en a fait des séries de portraits. Quinze au total. Quinze vies torpillées par la guerre en Iraq Quinze vies bien rangées d’Américains totalement
dévastées par la bureaucratie.
En entrant dans la salle du Couvent des Minimes, un premier cadre m’accroche. Comme un générique, il projette le titre de la série, « War is personal », qui enchaîne photos, texte, fonds noirs et finit par troubler le festivalier insouciant de cette fin d’été. Le cheminement se fait dans un silence quasi religieux. Ces familles prient pour leurs proches partis à la guerre, se réveillent angoissées à l’idée d’entendre une sonnerie de téléphone, mais continuent de croire en leur bonne étoile. On y rencontre cette mère qui sait que son fils ne reviendra pas, cette femme de vingt-cinq ans reposant dans son cercueil, ce père de famille devenu tétraplégique à la suite d’une embuscade, cet autre soldat dépendant des drogues pour éviter une souffrance insidieuse le torturant à vie, ou bien encore ce soldat trépané à qui il manque la moitié de la tête…
Le travail d’Eugène Richards produit une esthétique de la douleur, de la vie
déchue, mais aussi de l’identité retrouvée grâce à la photo. Si notre conscience collective est peuplée d’images de guerre, il en va tout autrement des soldats rapatriés qui ne sont que des
visages sans noms ou des matricules. Le photojournalisme trouve dans cette série méticuleuse son point d’ancrage : révéler aux yeux du monde la réalité de ces rapatriés de guerre et la vie
de leurs proches tout en libérant, peut-être, ces familles meurtries à vie, d'un peu de leurs
souffrances.
Laurent Bourbousson. www.festivalier.net
Le site internet d'Eugène Richards, ici.
Eugène Richards, “War is Personal”, dans la cadre de Visa pour l’image à Perpignan. Couvent des Minimes. Jusqu’au 13 septembre 2009.
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