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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /2009 22:03

Le chorégraphe et danseur espagnol de flamenco, Israel Galván, est à la carrière de Boulbon. On oublie vite le titre de sa proposition: « El final de este estado de cosas, redux ». C'est une lecture très personnelle d'un texte biblique de l'Apocalypse, « unique manière de comprendre un texte comme celui-là » précise Galván. Et puis, une promesse : que la patá, en atteignant des « dimensions stratosphériques », « abattra le monde » et nous aidera à faire face à n'importe quelle catastrophe, n'importe quel chagrin. Cela tombe plutôt bien, nous sommes à la fin d'un cycle.

Alors, il fait face. À lui-même. À son art. Masqué, il nous offre dès les premières minutes une mise en scène époustouflante. Dans un petit carré de sable, il danse l'essence, les sens. Pureté absolue. Le masque tombe. Tout peut commencer. Soudain, sur un écran vidéo, un extrait de NON, pièce musicale et chorégraphique conçue par le compositeur Zad Moultaka, créée le 2 juin 2006 à Beyrouth à l'occasion du premier anniversaire de l'assassinat de Samir Kassir. Yalda Younes, disciple d'Israel Galván, danse cette résistance à la guerre et à la violence sur la bande son faite à partir du bruit des tirs d'une nuit de guerre.  Le combat est là : la danse coûte que coûte. C'est de nouveau époustouflant. Et qu'importe la qualité de l'image : sur scène, le flou nous éclaire. A l'issue de film, il poursuit. La transmission continue. La scène, montée sur ressorts, fait échapper la poussière. Sous ses pieds, il terrasse. Le pacifisme a sa danse de guerre. Exceptionnel.

On en tremble. Vous avez dit danse contemporaine ? Non, c'est au-delà.

Il ose se travestir. En rouge et noir. Avec de gros seins. Le masculin dans le féminin ; le genre au-delà du sexué. La patá terrasse les clichés. Exceptionnel.

Ines Bacan s'assoit. Une voix, au milieu de tous ces hommes. Sur sa gauche, un ensemble traditionnel andalou ; sur sa droite, un groupe rock, Orthodox, dont les musiciens portent une capuche grise, genre Ku Klux Klan. "Il va falloir y aller" pense-t-il peut-être. Le rock, musique du diable, embarque la voix d'Ines Bacan dans des profondeurs inouïes, puis incarnées dans le corps d'Israel. À ce moment précis, le flamenco électrise. C'est un Nouveau Monde, celui où le rock enrôle. Exceptionnel.

Mais où va-t-il ? Ce n'est pas fini ?

Ma voisine de gauche pleure. Mon voisin de droite serre la main de son amie.

Et le public applaudit. C'est plus fort que tout. C'est notre patá.

Il continue d'affronter les démons, les diables, les Satan. Il s'approche de sa destinée. Il tremble aussi. Il est le funambule que nous attendions lors de ce festival.

 



C'est alors que le corps d'Israel Galván devient une caisse de résonance, une antichambre de la mort. Il danse et joue avec elle.  Son corps tambourine et se fracasse. L'orchestre est alors une symphonie mortuaire qui finit par l'aspirer. Son corps restitue le bruit de l'ambivalence. Sur un fil. Rideau. Du jamais vu.  

Mais l'onde de choc est à venir. La dernière scène est un séisme. Nous retenons notre souffle. Des gravats de Beyrouth, Israel bâtit sa cathédrale pour y mourir.

« El final de este estado de cosas, redux » est une œuvre sacrée.

 

Pascal Bély - www.festivalier.net

 

« El final de este estado de cosas, redux » d'Israel Galván est joué du 18 au 26 juillet 2009 à la Carrière de Boulbon, dans le cadre du festival d'Avignon.

photos : Luis Castilla

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