Partager l'article ! La nuit avec Wajdi Mouawad au Festival d'Avignon. En étiez-vous ?: Trois regards de spectateurs...éclairés par une nuit de théâtre avec Wajd ...
Trois regards de spectateurs...éclairés par une nuit de théâtre avec Wajdi Mouawad.
7h40. Les oiseaux affolés crient dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes. C'est une fête au cœur de leur migration. Le public ovationne. Cela n'en finit pas. Depuis combien de temps la Cour n'avait-elle pas résonné, déraisonné ainsi ? Wajdi Mouawad rejoint sa belle troupe sur scène. L'homme est touché. Il entre dans l'histoire du Festival d'Avignon.
Comment un tel miracle a-t-il pu se produire ? Comment onze heures après, sommes-nous encore là, décomposés de bonheur, regards illuminés et couverts des sédiments déposés par nos imaginaires incendiés. Trois œuvres ont fait leur travail. Nous avons fait la traversée. Ensemble. Car ce théâtre ne nous a jamais isolé, mais englobé dans un « vivre ensemble », une mémoire vive, une nation de spectateurs. Ce « nous » s'est construit tout au long de la nuit : à la troupe de comédiens sur scène répondait l'assemblée des femmes et des hommes venus le temps d'une nuit, se retrouver, dans la cour, « abattre ce mur », pousser les cloisons, pour un festin orgiaque de théâtre !
Ici, l'homme travaille, ne renonce jamais face au poids de la transmission : on s'émancipe pour ancrer l'histoire dans un futur à réinventer : cela en est presque magique. Avec Mouawad, les liens sont si tissés qu'ils vous accueillent pour soulager vos peurs et vos pleurs : ressentir sa mère trop tôt disparue, imaginer la grand-mère que l'on n'a pas connue, retrouver le frère, le jumeau, pour se rassurer et calmer sa violence. Et l'on traverse les terres (dans le désert, au loin, dans la forêt de France, pays des contes et des légendes) pour aller vers la mer ; et l'on traverse les corps décomposés, statufiés et dansés.
De ces terres arpentées et labourées, nait le jardin des délices.
Mouawad fait d'une scène le tableau du peintre, la focale du photographe. Tout n'est que visions inanimées que l'artiste « mouvemente ». Ses arts florissants nous redonnent de l'unité, recollent les morceaux : cela va chercher loin tout ça.
Il me faut maintenant revenir.
Pascal Bély - www.festivalier.net
Ce que j'ai appris. Tout. Ce que je sais. Rien. J'ai été spectateur d'une nuit. Un temps. Un lieu. Que j'ai aimé ? Oui. Que j'ai aimé chacun de vos mots avec force, avec rire, avec froid, avec douleur. Chacun des mouvements articulés autour de la parole dans cet espace de la cour d'honneur. J'ai assisté à la première, le 8 juillet dernier et cependant, une question m'interroge encore. Peut-on aimer le malheur des autres, comme le sien ? Je n'arrive toujours pas à répondre à cette interrogation. Elle me cavale dans la tête en résonnance à des images de votre nuit. De notre nuit. Et pourtant, j'ai été touchée profondément dans vos propos sur la femme, l'enfant, la jeunesse, l'Histoire, la mémoire, la mort, la vie, ma vie, notre vie. Votre public vous l'a dit lors de vos interventions publiques du festival. Il vous aime d'avoir dit ce que nous vivons tous tout bas, il vous en remercie tout autant. Et vous de recevoir l'écho de vos paroles humblement, naïvement car la tâche de donner n'est pas aisée. Nous sommes restés toute une nuit pour réfléchir ensemble à notre intime collectif. Ensemble, nous avons vécu des vies vraies, de la joie et du chagrin.
Plusieurs fois j'ai regardé les gradins. Nous sommes tous restés, enchaînés à la vérité.
Ensemble une nuit.
Diane Fonsegrive
Loup, Nawal, Wilfrid... J'ai fait votre connaissance le temps d'une nuit. Une rencontre issue de
l'écriture de Wadji Mouawad . Une journée s'est écoulée, et pourtant, je vous entends encore, je vous vois encore, je vis avec vous encore.
Douze heures. Il a suffi de douze heures de représentation dans le lieu magique de la cour d'honneur, pour être ému. C'est dans un élan naturel que je me suis levé pour vous applaudir au petit matin. La couverture, qui a recouvert mes jambes durant la représentation, est tombée à terre, comme ses corps torturés, en mal d'existence, chahutés par la remarquable écriture de son auteur.
Je vous ai scruté du regard de spectateur que je suis. En entrant dans l'enceinte du palais des papes, j'étais un, en ressortant, j'étais un autre. Oui, car l'écriture de Wadji Mouawad bouleverse, met en lumière la véritable nature humaine. Il s'agit d'un théâtre de l'humain, fait de chairs, de sentiments, d'amour.
L'année dernière, vous m'aviez fait exploser l'idée du cadre identitaire que je me représentais avec votre pièce « Seuls ». Aujourd'hui, vous m'avez ouvert les yeux sur notre condition humaine et je vous en remercie.
C'est à l'unisson que le public vous a regardé, c'est à l'unisson que nous vous disons bravo.
Laurent Bourbousson
Vos prises de bec