Samedi 8 juillet 2006 6 08 /07 /Juil /2006 12:01

Voir les 6 commentaires

Le Festival de Marseille, installé au Parc Henri Fabre, donne l’impression d’un camp retranché dans ce quartier chic. En effet, depuis l’an dernier, la Vieille Charité au coeur du Vieux Panier, n’est plus son lieu névralgique. Ce transfert a certes permis au Festival de se rapprocher symboliquement du Ballet National de Marseille dont le bâtiment jouxte le parc. Pour le reste, ce lieu confirme une tendance lourde depuis onze ans : le festival se coupe de la ville, privilégie la classe bourgeoise et les salariés des entreprises. L’observation du Parc, lors de deux soirées, est riche d’enseignements.

En arrivant, quelques âmes perdues piquent — niquent avec les enfants. Ils ne sont pas nombreux, mais leur présence rassure sur l’aspect convivial du Festival (sic).
Juste après, sur la droite, trône l’accueil du Festival. De jolies hôtesses attendent comme lors d’un défilé de mode pour maison de haute couture. À l’heure où les institutions culturelles subissent la baisse des subventions, leur grand nombre contraste.
Sur ma droite, un restaurant installé provisoirement. Point d’étudiant (les prix sont élevés) mais plutôt une classe moyenne aisée. Il leur faut du courage pour supporter la longue file d’attente quand vient l’heure de payer.
Tout près, un jardin éphémère. Comme le fait remarquer un spectateur : « c’est le seul jardin que je connaisse où il n’y a rien à bouffer ». Certes, mais la question n’est peut-être pas là. Pourquoi un jardin aussi laid ?
Après ce jardin, deux hôtesses attendent, assises à une table. Au fond, des salariés d’entreprise dînent ou prennent l’apéritif (je ne vois pas bien). Evidement, je demande si je peux m’y rendre afin de pouvoir acheter une bouteille d’eau. « Vous n’êtes pas invité », me rétorque-t-on avec condescendance. Trop occupés à déguster leurs agapes, ces salariés voient-ils les perturbations chorégraphiques de Bernard Menaut (série d’improvisations où le public est souvent sollicité. Hilarant la plupart du temps !) Rien n’est sûr. Toujours est-il que le contraste est saisissant : Menaut, ses deux musiciens et une danseuse peinent à perturber cet agencement savamment élaboré. Autant leur chorégraphie trouve la poésie et leur dynamique dans les rues de la ville, autant elle tombe à plat dans cet environnement si policé.
Le clivage est tout autant observable le mardi 4 juillet. À 19h, Pierre Rigal pour « Érection » et The Guests Company pour « Popular Music » sont programmés, isolés, à l’écart, dans le Grand Studio du Ballet National de Marseille. J’en sors à 21h15. Je ne trouve ni de quoi boire, ni manger alors que les agapes pour les salariés des riches entreprises se tiennent au fond du Parc. A 22h, Fréderic Flamand propose « Metapolis II ». Il me reste peu de temps. Avec d’autres spectateurs, nous devons marcher jusqu’à la Plage du Prado pour pouvoir nous restaurer un peu. Je ressens ce moment comme une disqualification pour le public. Mais ce n’est rien à côté de la désinvolture affichée par le Festival lorsqu’il vend des places sur les marches à 10 euros, au mépris des règles élémentaires de sécurité.
Je pourrais évoquer ce public…majoritairement blanc alors que la ville de Marseille est de toutes les couleurs. Comment ne pas s’étonner de voir les salariés de ces entreprises suivre le match de foot sur leur téléphone portable pendant la si belle chorégraphie d’Emmanuel Gat. Dois-je évoquer les commentaires entendus lors de cette soirée à la fin du spectacle ? Pour « Métapolis II » le contraste est encore plus saisissant : la classe bourgeoise et politique aux premiers rangs, de prés le public d’entreprise, puis en hauteur et sur les marches le public des habitués et les moins fortunés.
À ma connaissance, Le Festival de Marseille est le seul, qui sépare autant les publics. Il y a comme un paradoxe à se réclamer « manifestation pluridisciplinaire » et faire en sorte que les publics ne se mixtent pas. Il y a comme un malaise à utiliser la culture comme produit d’appel auprès des entreprises alors que la mission de Service Public exigerait une ouverture vers la population de Marseille par des propositions artistiques plus en lien avec cette ville cosmopolite.
Au final, le Festival de Marseille ne peut accompagner dans la durée le public vers des œuvres pluridisciplinaires à l’instar d’Avignon, de Montpellier Danse ou du KunstenFestivaldesArts de Bruxelles. Pour cela, il faut une autre vision de la société. Une autre culture du lien.

Crédit photo: © Gérard Ceccaldi et Aurélie Martin.

Pour réagir, cliquez ci-dessous sur "ajouter un commentaire". Une fenêtre s'ouvre alors. Tapez votre texte puis recopiez les trois lettres qui vous sont proposées dans la petite case. A bientôt de vous lire.

Pour revenir à la page d'accueil, cliquez ici.

Retour à l'accueil

Commentaires

Absolument d'accord avec votre analyse! Je m'etonne que la presse ne se fasse pas plus l'écho d'un festival si loin des marseillais.
Partons en Avignon!
Commentaire n°1 posté par martial.L le 08/07/2006 à 20h16
Je suis tombé sur ce bolg par hasard! La critique acide du Festival de Marseille trouve un certain écho chez moi. Mais je m'étonne sur un point: ce festival est coupé de la ville depuis longtemps. Votre coup de colère est quand même un peu tardif...
Cordialement
Florent
Marseille
Commentaire n°2 posté par flo13 le 05/10/2006 à 23h10

ok pour la colère froide...mais basta pour la carricature marseillaise un peu automatique...et franchement ringarde...


seriez-vous d'ailleurs que Marseille ? ...ça tombe bien, on n'attendait plus que vous ...et je suis sûr que vous allez tout changer...


amicalement, de la part d'un marseillais italo-espagnol de couleur blanche, vivant en plein 8é arr. et  RMiste...

Commentaire n°3 posté par eric le 23/11/2006 à 07h21
Bonjour,
Etiez-vous au Festival de Marseille cet été? Où voyez-vous dans mon analyse une caricature? Ce qui est caricatural, c'est la vision de la ville portée par les organisateurs du Festival.
Il est trop facile de réduire mon propos et de me mettre dans une case. Cette démarche est loin d'être constructive.
Cordialement.
P. Bély.
Commentaire n°4 posté par pascal le 23/11/2006 à 11h04
Bonjour cher volatile,
Marrant de lire cet article un an après...car savez-vous, cher Tadorne, que rien n'a changé dans le monde si marchandising du Festival de Marseille!!!! A noter quand même une interview d'Apoline Quintrand, directrice du Festival, qui souhaite revenir au centre ville l'an prochain. aurait-elle lue votre article??
En tout cas, j'ai pas mal déserté ce festival cette année...
A bientôt de lire vos posts souvent acides!!
Commentaire n°5 posté par patricia le 04/07/2007 à 22h48
avec un public catapulté au port autonome de Marseille, c'est encore pire cette année. Apoline Quintrand ne vous lit pas! a moins qu'elle s'acharne dans l'erreur!!!
Commentaire n°6 posté par pierre le 02/07/2008 à 16h39

Ecrire un commentaire - Par Tadorne - Publié dans : LES CHRONIQUES DU TADORNE

Les vidéos

Vos prises de bec

Les syndications

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés