Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /Juin /2009 22:37

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Cette femme distinguée a l'air surprise quand je lui avoue : « c'est la première fois que je viens au Théâtre National de Chaillot ». Elle se méfierait presque de moi! L'endroit évoque les années glorieuses du Théâtre Français ; il s'impose, intimide avec ses hauts plafonds et ses dorures. La France d'en haut m'écrase. Pour la pièce d'Yves-Noël Genod, il faut se rendre au sous-sol. L'auteur, étrangement déguisé avec un bonnet en côte de maille, nous accompagne. S'il salue chaleureusement ses hôtes, il peine à transformer ce moment en acte poétique.

En entrant, on se croirait dans la cave d'un immeuble désaffecté. C'est la France d'en bas. Celle des artistes et des précaires qui, souterrainement, poursuivent leur travail. Malgré tout. Malgré eux. Toujours est-il que la culture institutionnalisée semble avoir quelques difficultés à assumer Yves-Noël Genod, si « underground » qu'on lui réserve un lieu si souterrain.  « Sous les escaliers du palais » comme se plaît à préciser dès le début du spectacle, cet artiste décidément inclassable. Les institutions  belges seraient avec lui bien plus courageuses !

Nous sommes donc une cinquantaine à nous asseoir sur un tout petit gradin. Autant rester groupé.  Les acteurs arrivent un par un, s'installent symétriquement face à nous.

Eux, c'est nous.

Ils sont isolés, presque tristes. Le champagne ne tarde pas à couler. Elle vide son sac. Cela semble lui faire du bien. Se déshabille et enfile un masque de vieille femme. « Viens voir les comédiens » qu'il chantait ! L'ami Charles ne pensait probablement pas à ces acteurs-là !

Pour nous emmener, ils sont prêts à tout. Le grotesque est envahissant. Est-il nécessaire qu'elle se vautre sur une scène maculée d'eau pour nous plonger dans les méandres de ses largeurs ? On  préfère quand il arrive nu, pour s'asseoir et sculpter délicatement son corps. La poésie est dans ces plis là.  On est radicalement suffoqué alors qu'un autre s'accroche à une rambarde, bascule puis disparaît. Le courage est alors un acte artistique. Il illumine cette œuvre avec son accent germanique, ses yeux de poète fatigué et ses gestes « spidermaniques » !

Ici, les corps flottent, se fracassent. Les langues se délient, avant qu'un couteau tranchant ne coupe la parole. Rien n'est lisible, tout n'est que chaos et abandon dans un espace où la singularité se voit, mais ne s'entend plus.

Mais pourquoi nous laisser avec ce miroir déformant qui éblouit parfois, mais n'éclaire pas. Le burlesque suffit-il à élargir la focale ? L'épais brouillard qui finit par envahir la scène n'est-il pas un écran de fumée d'un univers artistique qui sépare bien plus qu'il enveloppe ? Comment donner du sens à cette œuvre « sans nom » dans ce lieu parisien fortement connoté ? Je finis par ne plus savoir pourquoi je suis là sauf à démissionner : qu'importe le sens et que vive l'ivresse de faire partie du cercle d'initiés parisiens facebookés !

J'ai fui ce théâtre. La culture n'a pas vocation à m'emprisonner. Même dans l'un des plus beaux palais de Paris.

Pascal Bély - www.festivalier.net


"Yves-Noël Genod" au Théâtre National de Chaillot à Paris jusqu'au 6 juin 2009.


Photo Patrick Berger. Marlène Saldana.

Yves-Noël Genod sur le Tadorne:

Au Festival Actoral, l’acte anal d’Yves-Noël Genod.

 


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Commentaires

Eh ben, elle est pas déprimante, votre critique ! Vous allez bien ? Faut pas se forcer, vous savez. Tout vient de là : vous n'êtes jamais aller à Chaillot et puis à la fin vous fuyez. Bon, moi, je trouve que ça se soigne... J'essaie de faire du bien aux gens, mais à l'impossible, nul n'est tenu.
Yves-Noël  
Commentaire n°1 posté par ledispariteur le 02/06/2009 à 00h45
Il est rare qu'un artiste réagisse sur ce blog. Il est exceptionnel qu'il le fasse avec mépris. Il y a dans cet article des éléments qui devraient vous réjouir. D'autres devraient vous interroger. Mais il n’y a rien ici qui puisse vous autoriser une telle désinvolture à mon égard. Rien.
Pascal Bély.
Commentaire n°2 posté par le tadorne le 02/06/2009 à 07h19
Vous avez parfaitement compris : c'est en effet vous, personnellement, que je méprise. Désolé. 
Commentaire n°3 posté par le dispariteur le 06/06/2009 à 01h44
Alors voilà la vraie nature du bonhomme... un courtisan de plus qui se pare de bijoux et de poésies pour se faire aimer un peu plus ! A ce rythme, Yves Noël Genod devrait vite rejoindre le panthéon des idiots mégalomaniaques dont regorgent nos années de proliférations scéniques.
Commentaire n°4 posté par Pomme-citron le 09/06/2009 à 14h53
Messieurs, vous rejouez avec une grande force le débat Bayrou vs Cohn- Bendit...
Commentaire n°5 posté par Guy le 09/06/2009 à 18h32
Sauf qu'ici nous ne sommes pas sur un plateau de télévision et que nous échangeons sur un "objet artistique".
Commentaire n°6 posté par LE TADORNE le 09/06/2009 à 22h20
La critique est tout un art. L'art de la recevoir est un moment critique.

Le débat commence ici normalement... à moins que je ne me trompe et qu'il ne faille se comporter comme devant un écran, apprécier le divertissement ou éteindre le poste.
Commentaire n°7 posté par lectrice attentive le 09/06/2009 à 23h28
je suis scandalisé par la réaction de Mr Genod; j'ai parcouru son blog qui n'est qu'une apologie de sa personne. J'ai lu aussi un autre blog où l'auteur lui écrit quasiment une lettre d'amour! Bref, je trouve que l'article de monsieur bély restitue avec honnêteté toute l'ambiguïté de cette pièce et le rapprochement qu'il fait avec Chaillot n'est pas inintéressant.
en tout cas, ce soir-là, invitée par une amie qui avait été invitée par Genod, on s'est vraiement demandé ce que l'on foutait là; moi je pense que Genod a fait cette pièce pour se faire aimer du landerneau culturel!
merci pour votre blog que je consulte poour le première fois; il est percutant, c'est le moins que l'on puisse dire!
patrice
paris 20ème
Commentaire n°8 posté par patrice le 10/06/2009 à 09h50

Ecrire un commentaire - Par LE TADORNE - Publié dans : PLURIDISCIPLINARITE

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