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Cela commence par une mauvaise plaisanterie. Il est 20h20. Dans l’attente de voir la dernière création du chorégraphe italien Emio Greco, « Hell » (l’enfer en français), le public de Montpellier Danse installé dans le beau Corum, a droit à un amuse-bouche. Ils sont six à danser sur des tubes
pop-rock. C’est plaisant cinq minutes. Mais il est 20h45 et l’enfer a déjà commencé. Pas de doute, ce sont les danseurs de Greco qui nous offrent cette chorégraphie vulgaire et insipide. Est-ce
une provocation ? Toujours est-il qu’un bruit violent vient signer la fin de la partie et revoilà nos danseurs de cabaret transformés en…piètres danseurs d’un ballet contemporain.
Je vis l’enfer in situ : endormissement
progressif suivi d’une colère intérieure (« mais à quoi rime cette chorégraphie ? ») puis d’un stress de plus en plus fort (« je veux partir. Mais quand ?
Comment ? »). L’évolution de ces ressentis n’est pas sans me rappeler les quelques colères dont je suis capable d’avoir au cours d'un spectacle. Elles ont souvent les mêmes
origines : la forme prime sur le fond, le geste annule le sens, la case empêche le tout et je me sens exclu de la danse (ce qui n’est pas sa finalité me concernant !).
« Hell » est donc un cauchemar artistique. Mais revenons aux intentions de ce chorégraphe prétentieux : « Nous n’avons rien contre la virtuosité, au contraire, nous
aimons la danse, alors il faut la dépenser pour mieux la faire partager. La vitesse est très importante pour moi, parce que quand je danse, je suis toujours porté vers l’avant, je sens que des
choses en avant sont disponibles, après lesquelles je dois courir. J’ai toujours la sensation que si je n’y vais pas le plus vite possible, elles vont s’effacer. La vitesse est une nécessité, nos
interprètes et moi devons en passer par là, c’est une question de vérité ». Face au vide abyssal du propos, j’aurais dû me méfier. En tout cas, Emio Greco me permettra de douter de son
amour de la danse. Il s’en sert comme un outil pour soutenir son propos fumeux.
Au mieux, je n’ai rien compris. Au pire, cette danse est le joujou d’un nouveau riche venant de
découvrir que tout lui est acquis. Il ferait mieux d’arrêter de courir après le vide, de se poser avec ses danseurs pour remettre du sens, et rechercher la vérité ailleurs que dans une course de
fond. Après quoi, il pourra revenir à Montpellier Danse avec moins de prétentions et donner à ce public de connaisseurs ce qu’il est en droit d’attendre : ni l’enfer, ni le paradis, mais la
scène.
Crédit photo : Barbara Meneses et Guiterrez Basil Childers.
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Je suis à peu près d'accord avec vos impressions.
Pour le début, pour faire patienter le public montpellierain toujours en retard, ce play-back chanté et dansé vulgaire était sûrement de la provoc. Mais ça ne donne pas envie...
Dans le spectacle, il y a eu quelques moments forts et beaucoup d'ennui. Forts, comme une venue de Béjart il y a quelques années, où la seule virtuosité avait été la puissance de la troupe pour faire applaudir le public, c'est-à-dire qu'ils auraient juste fait ça, faire se lever tous les gens pour une ovation, c'était émouvant, c'était magique. Mais le spectacle était en trop. Là, pour Emio Greco, les moments forts sont de la puissance, de la virtuosité, mais qui tournent à vide, comme la fin, avec le premier mouvement de la 5ème symphonie de Beethoven dansée. On ne sait plus qui soutient l'autre.
j'ai surtout été déçu par la danse elle-même, les mouvements, cette façon de bouger codifiée, datée, sans recul, sans réflexion à son sujet, sans invention.
Je viens de découvrir votre blog, il est intéressant. J'attends votre critique de de Keersmaeker avec impatience.
Amicalement,
Octave
Vous semblez attendre une danse faite pour vous, votre personne, une dans qui offre à chaque spectateur ce qu'il est en droit d'attendre (il a payé son billet après tout), une sorte d'art prêt-à-porter, que l'on consomme et juge de son petit point de vu indivuduel que nous croyons tous essentiel.
J'ose croire, comme vous l'écrivez, qu'au mieux vous n'avez rien compris (même si je préfèrerais écrire "rien ressenti"). Car s'il ne s'agit pas de "sens" (le sens concrêt et rassurant comme vous l'entendez), il s'agit bien dans ce spectacle de sensoriel, de sensations, de sensitif... Mais vous semblez passer à côté. Sans doute aurait-il fallu aller plus dans le "sens du sens" ? Un bétonnage carré, solide et efficace, une trame lisible sans peine et compréhensible sans mal. Surtout ne pas déranger le spectateur dans son rôle passif d’avaleur de culture (qu’il aime tant tenir).
Pour finir, vous parlez de prétention ; je vous renvoie la balle, relisez votre critique si sûr d'elle et de son bon goût (et de son bon droit)...
Le spectacle de Greco n'est pas parfait (qu'est-ce que la perfection dans l'art ? — mais cela devient bien moralisateur tout ça...) ce qui me le rend d'autant plus attachant. J’y ressens quelque chose d’essentiel, une nécessité brûlante, une fulgurance indicible. Par sa danse, Greco transcende, magnifie et illumine. Si tout cela ne crée pas du sens…
RJ
D'autre part, vous n'hésitez pas à m'enfermer dans vos jugements méprisants sans avoir pris le temps de lire les nombreux articles que j'écris sur la danse. Vous constaterez à quel point je travaille mon regard de spectateur en écrivant sur ce blog. Je vous invite à faire la même chose et cela pourrait vous éviter d'écrire avec ce style quelque peu hautain.
La forme ne donne jamais le sens! Seule la publicité se croit autoriser à nous faire avaler cette imposture. Permettez-moi d'être exigeant et d'attendre de la danse qu'elle fasse travailler nos inconscients et pas seulement nous cantonnner dans une posture d'observateur esthétisant ("magnifie", "illumine", "fulgurance indicible" tels sont vos mots!) dans laquelle vous semblez vous complaire.
Bonjour, je vous trouve un peu sévère. La première partie « avant » spectacle est une provocation, en tout cas surprenante quand on connaît Emio Greco.
Moi je ne reviens toujours pas de ce spectacle, les mots qui me viennent sont intensité, folie, violence et audace.
Pour trouver du sens (si c’est absolument nécessaire), les références sont assez évidentes (chants nazis, le buki, Hiroshima, renaissance avec 2001 odyssée de l’espace ...), mais le spectacle dépasse cette nécessité.
Surtout, j’ai eu la chance d’être très près de la scène, et j'ai été complètement emportée par le mouvement.
Ce qui m'a plut avant tout c'est d'en avoir pris plein les trippes, et plein la tête. J’ai rarement vu de spectacle avec autant d'intensité. En entendant leur respiration, leur souffle, en voyant l’expression de leur visage j’étais « dedans ».
Au-delà de sa maîtrise du mouvement Emio Greco a une présence impressionnante sur scène
Danser nu c'est audacieux, et au delà du choc (et/ou de la gêne) de la nudité, c'était beau !!! Cette lumière crue nous montre la danse sans artifice, des corps en vie. Même si le spectacle c’est « l’enfer » la danse d’Emio Greco est « vitale ». Et moi je bouillais d’envie de bouger. (Bon excusez moi ça fait très cliché) Mais je suis sans doute plus sensible au mouvement et à la vie qu’au sens… J
C’est une performance pour les danseurs. C’était très fort!!!
Quand je suis sortie de là je n’avais qu’une envie c’était d’y retourner.
Je précise que ce n’est pas le 1er spectacle de danse contemporaine que je vois (on pourrait le croire)
Et Emio Greco est de loin le chorégraphe le plus "physique", et à chaque fois, c’est un choc.
Ce que je ne ressens pas avec Keersmaeker ou Bausch (par exemple)… mais je ne veux pas me faire des ennemis ;-)
Et pour moi, le mot fulgurance est le mot qui convient.
Je suis d'accord avec notre migrateur parlant, quoique un peu plus modéré.
La danse de Greco ne m'a pas paru vulgaire. J'ai même trouvé beaucoup de bons éléments dans cette pièce qui auraient pu en faire un bon spectacle. Son plus grave écueil réside dans son titre, qui appelait immanquablement une évocation de l'enfer. Mais Greco-Scholten effleurent à peine leur sujet, donnant l'impression que leur danse, qui pouvait aisément se suffire à elle-même, a été plaquée dessus. Impression, donc, de gâchis. Le final sur la 5e de Beethoven, par exemple, malgré l'intention visible des chorégraphes, ne se détache pas du reste : même chorégraphie qu'auparavant, pas de discours pour la soutenir ; du coup il m'a laissé froid.
Imaginer un enfer noir, voilà qui était pour le moins original et méritait d'être développé ; mais aucun indice n'est donné au spectateur pour comprendre s'il s'agissait réellement d'une intention signifiante des chorégraphes, ou le fruit d'un hasard diabolique.