"Visa pour l'image" à Perpignan du 28 août au 12 septembre.
La Biennale de la Danse à Lyon du 4 septembre au 10 octobre 2010.
Le Festival ACTORAL à Marseille du 25 septembre au 13 octobre 2010.
Le Printemps de Septembre à Toulouse du 24 septembre au 17 octobre.
Le Festival d'Automne à Paris du 9 septembre au 31 décembre.
Il
nous reste le théâtre, quoiqu'il arrive.
En quittant le Théâtre Universitaire Antoine Vitez d'Aix en Provence, nous sommes sereins, sûrs d'avoir été respectés, considérés comme des sujets échappés d'une société médiatique et politique qui ne sait plus nous parler sauf à nous abreuvoir de considérations stratégiques et d'incantations à consommer toujours plus. La metteuse en scène Marie-José Malis et sa compagnie « La Llevantina » ont présenté « Le prince de Hombourg » de Heinrich von Kleist dans ce petit théâtre au cœur d'une université en grève. La représentation fera date.
Pourtant, dans la file d'attente, nous sommes quelques-uns à nous inquiéter : « Trois heures ?
Allons-nous résister ? ». La durée de l'œuvre se confronte déjà avec le temps de la société de l'information et de la consommation. Derrière cette inquiétude, s'en cachent d'autres
: « Serais-je compétent ?», « Suis-je encore en capacité de penser après une journée de travail ? », « Le théâtre de texte peut-il encore
m'émouvoir dans une société de l'image ? ». Je choisis le premier rang.
Les lumières éclairent le plateau, mais aussi les gradins. La sensation d'être dans un « dedans dehors », espace du sujet autonome, est immédiate. Le décor est celui d'une salle des fêtes des années soixante incluant une petite scène de théâtre d'où je distingue sur le fronton les initiales : « RF ». Le théâtre dans le théâtre : cette mise en abyme fait le pari de la complexité. La fête, le divertissement, la patrie, s'incluent dans le débat philosophique : Marie-José Malis relie ce que notre société clive. Mon inquiétude disparaît.
C'est alors qu'il apparaît, éclairé par une lumière hypnotique. Ce prince (stupéfiant Victor Ponomarev) est un
doux rêveur. Il est juste assez rond pour vous envelopper de ses mots d'amour destinés autant au théâtre qu'à sa fiancée Nathalie (troublante Sylvia Etcheto). La couleur de ses yeux cernés
propage la tension du poète. Nous sommes en guerre (les Suédois approchent) mais il est ailleurs. Le temps s'étire, les voix caressent et le spectateur poétise. La mise en scène pose un
principe : les acteurs n'ont nullement besoin d'hurler pour se faire entendre. Ils incarnent avec brio le corps « institué » pour affirmer le sens (intimidant Didier
Sauvegrain dans le rôle du Grand Électeur, impressionnant Claude Lévèque dans la peau du colonel Kottwitz). Le corps « biologique » personnifie l'émotion et sa fragilité
diffuse une énergie vitale communicative (inoubliable Hélène Delavault). La guerre est là et notre Prince poète est rappelé à cette réalité. Il doit partir au front, quitter la petite
scène de sa vie pour celle de l'Histoire. Alors que le Prince désobéit et provoque l'assaut contre l'ennemi suédois, il gagne la guerre. L'Électeur de Brandebourg le condamne alors à mort pour
désobéissance à la loi.
Par un jeu subtil de lumières, Marie-José Malis nous positionne au cœur du débat. Alors que les néons symbolisent le principe absolu de respect des règles qui protège la démocratie, les lumières orangées rappellent la décision intuitive du Prince.
La mise en scène enchevêtre l'ordre et le chaos par une utilisation recherchée de l'espace de la salle des fêtes et de
sa petite scène de théâtre. Car il en est ainsi des questions complexes : loin de cliver, Marie-José Malis met en abyme (la force de la loi avec en arrière plan la tragédie du Prince). A
l'écart du totalitarisme ambiant de notre société, la fragilité a toute sa place ici. Elle s'entend même alors que résonne la voix d'Anthony and the Johnsons dans "Hope". Pour affronter ce débat, Marie-José Malis s'appuie sur la force du collectif et donne au jeu
des acteurs l'espace pour que le sens ne soit jamais étouffé. Elle offre au spectateur les ressources pour qu'il ne tombe jamais dans une sensiblerie qui l'empêcherait de réfléchir aux enjeux
politiques et sociétaux d'un tel dilemme.
Cette troupe nous fait aimer passionnément le théâtre : les comédiens, en incarnant l'humilité, nous libèrent du
poids de leur statut et nous permettent d'élaborer notre pensée. Et l'on s'interroge sur la confusion du dernier acte alors qu'Heinrich von Kleist permet une issue heureuse et où
viennent s'immiscer des textes du philosophe Alain Badiou.
On ne résiste décidément pas au chaos sublime de Marie-José Malis. « Yes, we
can ».
Pascal Bély
www.festivalier.net
"Le Prince de Hombourg" par Marie-José Malis a été joué les 3 et 4 avril 2009 au Théâtre Antoine Vitez d'Aix en
Provence.
A Arles les 7 et 8 avril puis au Forum de Blanc-Ménil les 14, 15 et 16 mai 2009.
Le projet du Tadorne pour
Marseille 2013

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