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C’est avec cette œuvre inclassable
que s’ouvre le Festival de Marseille ! J’ai la douce impression de poursuivre le KunstenFestivaldesArts de mai dernier à
Bruxelles tant « l’homme de février » de Gildas Milin est profondément transdisciplinaire.
Cristal arrive sur scène (magnifique Julie Pilod) ;
elle ne cesse de répéter « je ne suis pas sûre ». Elle court, se jette à terre, se relève. Les mots sont mécaniques, comme un robot. Elle est entourée de huit plongeurs qui,
comme dans une salle des machines, donnent des consignes. Cristal, chanteuse de rock de son état, est donc sous contrôle et l’espace scénique semble sous l’œil d’une vidéosurveillance. Cristal
est désespérément seule et la prise de médicaments est son alternative pour survivre dans ce monde si complexe. Elle se promène avec sa mallette remplie de potions (des bêta - bloquants) qui vont
diffuser dans son corps des milliers de molécules aux missions très précises (être rationnel, avoir des émotions contenues,…). Christelle, son amie, veut l’aider pour sortir de cette souffrance.
Elle invente un clone, « l’homme de février », dont le pouvoir est de la rendre heureuse. Ce clone la suit du regard; il s’installe dans le public (comme un simple
spectateur) ; se lève parfois pour être à côté d’elle puis reprend sa place parmi nous. S’enchaîne alors différentes scènes où alterne transe, conscience, et inconscience. Nous voyageons
dans la psyché de Cristal. Comme des voyeurs, nous rions, observons les moindres faits et gestes. Certains spectateurs n’hésitent pas à se déplacer pour changer d’angle de vue notamment lors du
concert où Cristal semble se jeter à corps perdu dans le rock (magnifiques comédiens – rockeurs – musiciens !). Je bouge peu comme intrigué par ce que je vois et entends. Et pourtant, je ne
cesse de bouger dans ma tête : est-ce du théâtre ? de la danse ? un concert Rock ? En fait, l’histoire de Cristal prend sens à partir du regard que je porte sur elle. Je peux
y voir ce que je veux. Par cette prouesse artistique où nous passons du réel à l’imaginaire, Gildas Milin m’envoie de beaux anti – bêta – bloquants qui donne à l’ensemble un aspect euphorisant,
ouvert et me positionne comme spectateur actif. Au bout de deux heures trente d’un spectacle mené tambour battant, je sors quelque peu sonné, mais heureux d’avoir assisté à une œuvre
« politique » en ces temps de perte de créativité dans les milieux médiatico – politique.Pour réagir, cliquez ci-dessous sur "ajouter un commentaire". Une fenêtre s'ouvre alors. Tapez votre texte puis recopiez les trois lettres qui vous sont proposées dans la petite case. A bientôt de vous lire.
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