Samedi 13 mai 2006 6 13 /05 /Mai /2006 12:18

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Le KustenFestivaldesArts nous invite à l’heure des Vêpres, un dimanche, au Théâtre National de Bruxelles, pour « VSPRS », la nouvelle chorégraphie d’Alain Platel. Celle-ci sera présentée au Festival D'Avignon en juillet 2006. Après Bach (« Lets op Bach »), Mozart (« Wolf »), Platel intègre Monteverdi revisitée par Fabrizio Cassol, compositeur et musicien « éclectique » de la scène musicale bruxelloise. Imaginez…Monteverdi joué par un orchestre de jazz, accompagné par une soprano, entourée de onze danseurs, dans un décor où des lambeaux de tissus forment une montagne que l’on peut escalader et traverser. Ajoutez à ce bouillon créatif, une chorégraphie s’inspirant des films du neurologue Arthur Van Gehuchten sur l’hystérie et ceux de Jean Rouche sur les transes africaines, et vous avez une œuvre magistrale, transdisciplinaire, euphorisante. Elle atteint votre inconscient, comme un rêve éveillé. La danse flamande et belge bouleverse profondément les repères du spectacle vivant. Ainsi, pour évoquer « VSPRS » de Platel, je dois passer par mon histoire (le blog devient le cadre idéal). Rarement le théâtre m’amène vers ce cheminement.
Très jeune, le dimanche vers 17h, ma mère m’emmenait de force aux vêpres. Je vivais ce moment-là comme un supplice, mais j’étais fasciné par le cérémonial, l’odeur, la lumière. J’observais cela comme un spectacle même si j’étais obligé de chanter des paroles dont je ne comprenais pas le sens. À dix ans, je me questionnais déjà : pourquoi ? Vers quoi ? Quel sens a le religieux ? Je me sentais bien seul avec ces interrogations ; mon environnement familial ne se posait pas toutes ces questions, trop occupé à maintenir ses liens de dépendance avec l’Église.
La neuropsychiatrie est également apparue par la famille. Adolescent, je ne savais pas comment communiquer avec ce père « mutique ». J’ai du supporter l’approche « médicamenteuse » de la maladie mentale. Rien ne se libérait par la parole. Un pacte était scellé entre mes parents et la psychiatrie pour que rien ne change. J’ai su qu’un jour, ma parole se libérerait. J’ignorais que la psychanalyse existait et qu’elle changerait le cours de mon existence.
Il y a quinze ans, j’ai découvert le jazz, loin de ma famille, par hasard, par amour. Je l’ai progressivement apprivoisé pour en ressentir toute sa complexité. Aujourd’hui, le jazz guide mon écoute de toutes les musiques.  Il met en transe les musiciens (il suffit d’observer les visages et le corps des artistes pour s’en convaincre !) et provoque intérieurement un beau chaos. Il m’arrive de quitter un concert de jazz totalement contorsionné !
Avec "VSPRS", Alain Platel recolle les morceaux de mon histoire ! Cet artiste travaille le conflit. Il remet du lien là où vous êtes fragmenté. En reliant le jazz, la folie, le religieux, Platel vous guide pour redonner du sens à votre histoire. Vous quittez « VSPRS » différent et vous attendez, comme après une séance d’analyse, qu’un « travail » se fasse !
Pour en arriver là, Platel s’appuie sur le collectif. C’est sa matière comme  un sculpteur avec  l’argile. Sous nos yeux, un groupe de femmes et d’hommes « en transe » se forme, se sculpte. Comme dans la cour d’un hôpital psychiatrique, ils se parlent, se relient avec leur corps qu’ils plient, contorsionnent. Quand un membre bouge, change de place, de rôle, l’ensemble se modifie. La solidarité fait le groupe, le cimente. À mesure que le processus de création du groupe se joue, les danseurs se transforment. Cette métamorphose est accompagnée par le jazz qui change de « forme » pour devenir requiem. La cantatrice quitte sa place, s’approche du groupe pour devenir « folle » à son tour. Les musiciens intègrent le groupe, le batteur échange sa caisse contre une chaise tendue par une danseuse. Le lien solidaire entre danseurs et musiciens provoque le sentiment religieux. Le groupe solidaire se substitue à Dieu. Il permet à chacun de se dépasser, d’escalader cette montagne (qu’il y a-t-il derrière elle ?), voire de la traverser. Avec « VSPRS », Platel désacralise les rites religieux pour les replacer au cœur du groupe, de l’humain. J’en perds tous mes repères. A mesure que le spectacle avance, cette perte provoque l’émotion, me met en « transe ». Grâce à Platel, je vois ce que je ne peux plus approcher par mon passé. «VSPRS» devient alors une œuvre sublime, à l’image d’une peinture de Michel-Ange à Florence.
Alain Platel m'aide à sculpter mon histoire autrement. En me replaçant au cœur de ces hommes et femmes que tout pourrait éloigner, Platel me donne la force d'aimer au moment où j'en doutais...
Pascal Bély
www.festivalier.net


A lire le bel article du Blog "Images de danse" , de "Clochettes" sur  "VSPRS" et la consécration de Platel au Festival d'Avignon.

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Commentaires

J'ai vu ce spectacle à Paris. Votre approche de la pièce de Platel est originale. J'avoue n'avoir pas fait tout ces liens mais je n'ai pas la même histoire que vous. J'en viens presque à le regretter!!
En tout cas, bravo pour la qualité de  ce blog culturel. Sans aucun doute, l'un des meilleurs.
Merci.
Commentaire n°1 posté par syvlie b. le 13/05/2006 à 23h42

Voilà, enfin je me suis autorisée à lire ton article. ça fait un bien fou de pouvoir avoir un autre ressenti, de se dire qu'il n'en existe pas un et que toute forme finalement de production artistique peut éveiller des échos très loins.


J'aime beaucoup ton article, il est très juste, même si nous n'avons peut-être pas eu la même vision du spectacle.

Commentaire n°2 posté par Safran le 23/07/2006 à 18h00
ARTE a donc diffusé "Danse et extase", un documentaire de Sophie Fiennes sur "VSPRS" d'Alain Platel, joué en Avignon en 2006. Cette documentariste a-t-elle compris le sens de cette oeuvre magistrale? On peut sérieusement en douter s'il on en juge par la piètre qualité des plans filmés où elle n'a cessé de courir après le mouvement pour finalement s'écraser en cours de route! Mais le plus extraordinaire est que, malgré ce tournage calamiteux, l'émotion passe. "VSPRS" est décidément un chef d'oeuvre.
Commentaire n°3 posté par le tadorne le 15/01/2008 à 13h49
Je ne sais pas si Sophie Fiennes n'a pas compris le sens de cette oouvre, mais j'ai trouvé qu'elle laissait au moins la place à chacun de donner son interprétation.
J'ai pris l'émission en cours de route et j'ai été captivée.
Savez-vous si ce spectacle tourne encore et où ?
Merci
Maria
Commentaire n°4 posté par Maria Pacha le 15/01/2008 à 18h06
Je suis d'accord avec vous sur la place qu'elle donne à la parole des acteurs et du public. Malgré tout, elle n'en a rien fait. Elle aurait pu filmer autrement "VSPRS".
"VSPRS" n'est actuellement plus en tournée. ARTE a suscité pas mal d'envies (l'audience de mon blog a explosé hier soir!!) mais la compagnie est déjà passé à autre chose!!
A bientôt.
Commentaire n°5 posté par le tadorne le 15/01/2008 à 18h16

Ecrire un commentaire - Par Tadorne - Publié dans : PLURIDISCIPLINARITE

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