Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 15:43

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En validant mon ticket, un homme me tend un livret, « Six mois, un lieu », à la place de l'habituel prospectus. Le lieu, c'est le Centre Chorégraphique National de Montpellier. Six mois, c'est la durée que se donne Xavier Le Roy (chorégraphe associé pendant deux ans) pour inviter des artistes et stopper momentanément leur « nomadisme ». Il s'agit de prendre le temps de « remettre en question cette vie liquide qui devient la norme de notre société contemporaine, nous poussant à toujours plus de mobilité, de flexibilité, à changer, à produire sans cesse de la nouveauté ». Les cinquante pages qui suivent sont un vrai régal : on y décrit le processus de création à la fois transversal et articulé aux logiques verticales (la durée, le lieu). Ce fascicule contient les germes d'un nouveau paradigme de la création en phase avec les enjeux de notre époque qui requièrent une créativité pour « une pratique d'une éthique d'Open Source où les idées circuleront, se transformeront, de nouvelles idées émergeront en de nombreux endroits (souvent inattendus) ». Dans ce cadre, la chorégraphe hongroise Eszter Salamon présente « Dance ≠ 1/driftworks », qu'elle interprète avec Christine De Smedt.

Le spectacle est terminé. Elles sont deux, de dos, en sueur, toutes de blanc vêtu. Elles se tournent, nous sourient, s'avancent vers nous. Nous pouvons relâcher, déplier nos jambes, étirer nos bras. De la scène, elles observent nos corps se mettre en mouvement après nous avoir immobilisés pendant plus de soixante minutes. « Dance ≠ 1/driftworks » est une appellation étonnante pour ce spectacle hybride qui plonge le spectateur dans un étrange système d'interactions où la danse ni conceptuelle, ni narrative, explore un nouveau territoire qui dynamise notre regard critique. Eszter Salamon, surprend le public attentif de Montpellier Danse quand elle ne sidère pas.

Le premier tableau est fulgurant, où le contraste se fait lumière, où deux corps allongés sur le sol noir, l'un au-dessus de l'autre, frétillent tel un spasme, un spermatozoïde. Le mouvement de l'une, se prolonge dans les vibrations de l'autre. Des pieds à la tête, le corps danse, couché. Cette danse de l'imperceptible, de l'infiniment petit dans le corps complexe est belle, envoûtante, englobante. Je ne bouge déjà plus malgré la fatigue. Elles sont habitées par le propos pour se mouvoir ainsi, pour donner au corps cette fluidité prête à se métamorphoser. D'une musique douce naît le chaos qui les fait se lever. Du couché au debout, je pense au travail du chorégraphe Pierre Rigal, avec "Erection". Je relie.

C'est alors qu'elles sautillent comme des femmes -robot où s'immiscent des mouvements issus du corps social (je revois « Publique » de Mathilde Monnier). On ne peut imaginer l'une sans l'autre, non qu'elle soit dépendante, mais dans une interdépendance : là où l'une se rigidifie, l'autre prolonge, élargit.

De l'intime au sociétal, « Dance ≠ 1/driftworks » se déploie dans un espace à trois dimensions où le corps est cette masse critique, où l'intrapsychique, l'émotionnel, le duo communiquant, le lien social forment un ensemble profondément relationnel dans cet espace aux frontières mouvantes et imprédictibles, au croisement du virtuel et du réel. Les corps s'articulent et se désarticulent en continu et font émerger des formes hybrides étonnantes où je me ressens propulsé  au carrefour du théâtre, de la danse, du chant, voire du cinéma !   Le corps chante par le cri et fait danser la voix. Entre animalité et humanité, le corps joué par Eszter Salamon est à la fois drôle, émouvant, empathique. La danse m'inclut enfin pour réveiller mon regard sur nos corps endormis par la modernité finissante. Surgit alors de mon imaginaire William Forsythe et sa création présentée lors du Festival Montpellier Danse l'été dernier (« Heterotopia »). Eszter Salamon met en mouvement mes images, mes ressentis, mes visions du corps dansant.

Je suis aussi ce spectateur de Montpellier Danse qui relie l'été et l'hiver. Le printemps s'annonce décidément très ouvert.

Plus que six mois, un lieu.


Pascal Bély
www.festivalier.net


Photo: © Herman Sorgeloos


♥♥♥ « Dance ≠ 1/driftworks »d'Eszter Salamon a été joué le 25 novembre 2008 dans le cadre de la saison Montpellier Danse et des projets "6M1L" du Centre Chorégraphique National de Montpellier. 


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Eszter Salamon sur le Tadorne:

Les femmes éclaireuses d’Eszter Salamon au KunstenFestivalDesArts.


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Commentaires

Je partage vos impression,bien sûr...

Que rajouter,...L'heure à regarder ces femmes,à observer attentivement leurs corps,m'a semblé long mais, pas par ennui.C'est L'intensité du spectacle qui donne cette impression.

On se plonge dans ce noir où leurs 2 corps flottent,puis se répondent dans des gestuels trés sensuels.Puis on suit l'histoire de" l'homme" qui quitte cet état horizontal pour devenir bipède.Ce bipède communique par les frissons,les émotions...Ce travail du geste imperceptible est incroyable,presque surnaturel.Je me demande comment font elles pour vibrer ainsi,des orteils à la tête.

Après l'amour,les disputes ,mimée mais de façon trés juste , exagérée mais assez proche tout de même de la réalité ,quand on y réfléchit bien...

Pour finir comme des animaux sauvages ou éprouver la nécessité de se lacher ,peut être pour s'accomplir...enfin.

Spectacle décapant.Il me restera longtemps en mémoire.

Je me suis dit qu'il n'était pas obligatoire de casser sa tirelire pour voir un spectacle de qualité.Il faut juste avoir le bon conseil!

Commentaire n°1 posté par lefrere le 27/11/2008 à 22h50
Merci pour votre commentaire. Vous y ajoutez les émotions "transpirantes" de ce beau spectacle. Vous avez raison d'insister sur la longueur que l'on ressent à un moment donné. Quand l'intensité s'étire...
Commentaire n°2 posté par pascal bely le 29/11/2008 à 11h52
Je suis désolée car je sais pas où faire le commentaire du spectacle de Preljocaj que j'ai vu le 17.12 à Montpellier.
J'avais bien démarrée ma soirée car j'avais fait une heureuse ,à qui j'avais donné une place qui me restait.Nous étions des inconditionnelles de ce chorégraphe...Et là ,dés les premières minutes ,je sens un drôle de sentiment.La créativité disparait au profit de la narration du conte.J'attends d'êtreémerveillée comme les fois précédentes,mais rien.Au contraire l'ennui commence à me gagner,je baille,regarde ma montre ,gesticule sur mon siège,attends l'entracte impatiemment.Ouf,le rideau se baisse,je pense à la boisson fraiche que je vais prendre ,mais Brouhaha derrière le rideau et ça repart,pour finir ...de m'ennuyer.
Vraiment trop classique et trop léché à mon goût.
Il y a eu quelques échanges de danseurs interessants.J'essaye de me persuader que le spectacle va vraiment démmarrer,Mais je continue de m'ennuyer ferme.
à la fin du spectacle,standing ovation Montpelliéraine.Je me sens décalée.Soit ,je n'étais pas en forme ce soir là,soit je n'ai rien compris...Je suis repartie déçue et pas détendue comme après un beau spectacle.
Même la musique de Malher ,que j'adore ,n'a pas réussi à réveiller mon appréciation.J'étais même agaçée par la mièvrerie de la scène de Blanche Neige endormie sur sa plaque en verre et son prince éploré.
Commentaire n°3 posté par lefrere le 19/12/2008 à 13h57
Commentaire n°4 posté par le tadorne le 21/12/2008 à 10h17

Bonjour Sylvie,

Où poser un commentaire sur cette « Blanche neige » que je n’ai pas vue ? Ici ou là, qu’importe. Vu votre analyse, la rubrique « commentaire » suffit. Elle rejoint certains critiques qui notent comme vous une « normalisation » de cette Blanche-Neige. Je me souviens de critiques réunis autour dans l’émission « Tout arrive » sur France Culture qui analysaient ce « flop » malgré l’unanimité de la presse. Impossible de retrouver qui en étaient les invités !

Réponse de LE TADORNE le 21/12/2008 à 10h21

Ecrire un commentaire - Par LE TADORNE - Publié dans : DANSE

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