Jeudi 20 avril 2006 4 20 /04 /Avr /2006 18:15

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L’Encyclopédie Agora définit Edgar Morin comme « l'un des penseurs français les plus importants de son époque, directeur de recherches émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Son oeuvre multiple est commandée par le souci d'une connaissance ni mutilée ni cloisonnée, apte à saisir la complexité du réel, en respectant le singulier tout en l'insérant dans son ensemble ». Fatigué par les cloisonnements que la société et mon éducation m’imposaient, je me suis intéressé à la théorie de la complexité développée par cet historien, sociologue et anthropologue hors pair. Il n’y a pas une œuvre artistique que je ressens et vois sans faire référence à la pensée d’Edgar Morin. Libéré des cloisons, je me suis ouvert à la danse, au théâtre contemporain, aux œuvres pluridisciplinaires. Le chaos du Festival d’Avignon 2005 ne m’a pas fait peur même si j’en suis sorti ébranlé.
J’ai reçu le programme papier du « KunstenFestivalDesArts » de Bruxelles qui aura lieu en mai. J’ai ressenti avec émotion à quel point la pensée d’Edgar Morin était le fil conducteur de cette manifestation. Ci-dessous, un extrait de l’éditorial (en italique, les concepts développés par Edgar Morin) :

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Vingt-quatre jours de printemps à Bruxelles pour s’absorber dans le courant de trente-trois regards acérés d’artistes contemporains...Profondément à l’œuvre, le principe de diversité. Pour le KunstenFESTIVALdesArts, il n’est ni mode, ni hasard, mais nécessité et raison d’être. Oui, pour reprendre les mots de Glissant, notre monde actuel vit un « bouleversement perpétuel où des pans entiers de culture basculent et s’entremêlent… » Ce monde-là, les vieilles pensées de système ne peuvent plus l’appréhender, pense-t-il. C’est aussi notre conviction. En mai 2006, le festival vous convie à découvrir des artistes qui, de toutes les manières, s’attachent à désenclaver notre regard sur le réel. Tels des physiciens du chaos, ils appréhendent l’humain dans son enchevêtrement au monde.
Oui, plus que jamais, le KunstenFESTIVALdesArts se veut hybride et sa pensée se veut « créole » car, de toutes ses forces, il s’oppose à l’idée de séparation et à ses dangereuses extrémités. D’abord et avant tout à Bruxelles où la division entre Flamands et Francophones fait le jeu du pouvoir. Puis estomper plus loin d’autres frontières pour que s’offrent ici des ailleurs bienvenus.
La diversité cimente notre programme. Elle accepte le doute et l’imprévisible. Elle ausculte le certain comme l’incertain. Les artistes du KunstenFESTIVALdesArts sont tous engagés, à leur manière, au cœur de cette errance entre l’ordre et le désordre, ce qui congèle et ce qui dissout. Ils s’immergent dans l’utopie d’un espace commun, changeant car fertilisé par l’échange. 
En 2006, il est des pensées rétives aux systèmes monolithiques qui témoignent de leur destruction encore au travail, qu’ils soient religieux – enraciné dans l’Ancien Testament – (Groupov), communiste (Wang Bing), colonialiste (Ho Tzu-Nyen) ou racial (De Parade / David Strosberg). Il est des pensées qui se heurtent à l’enfermement : dans le secret des familles (Christoph Marthaler) ou dans la course à l’avoir qui asservit la marche de l’être (Béla Pintér). Il est des pensées qui soulignent les heurts entre la marge « authentique » et le centre qui la convoite (Federico León et Marcos Martinez), entre le désir d’être autre et sa satisfaction instantanée (Meg Stuart). Il en est qui composent de nouvelles présences : du corps à l’univers (Brice Leroux), de la tradition à l’aujourd’hui (Pichet Klunchun)…
Et si la mobilité est à l’œuvre dans tous ces contenus, mobiles sont aussi les contours qui les expriment. En 2006, il est des langues d’insurrection brisant leur syntaxe (Patricia Allio), des rétines qui s’impriment de l’intérieur (Raffaello Sanzio, Bock & Vincenzi), des passants aux pensées sous-titrées (Mariano Pensotti). Il est du sens qui chavire par les sens, des voix déteignant sur les corps (Thomas Hauert), du spirituel qui irrigue les muscles (Alain Platel) et des caméras comme des pinceaux (Yang Fudong). Il est des découvertes technologiques qui métamorphosent le théâtre (Chris Kondek), et des avancées scientifiques qui manipulent déjà la nature de l’humain (Frank Theys)…
Il est des lisières outrepassées et des seuils à franchir.
Il est un KunstenFESTIVALdesArts qui, en 2006 s’engouffre, radicalement et librement, dans ces diversités entretissées car elles sont aujourd’hui cette matière composite dont sont faits les êtres et leur présent, les arts et le rêve…
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Tout est en italique! Edgar Morin est omniprésent à Bruxelles. Ce festival est profondément moderne car, loin des barrières, il ouvre notre regard quand d’autres voudraient tant nous le fermer.
J'émigre donc à Bruxelles le temps de deux week-ends. Cette démarche trouve une résonance toute particulière dans le choix de Dominique A, chanteur français de talent, de vivre dorénavant à Bruxelles. L'extrait du  "chat" organisé par Télérama le 19 avril 2006 confirme la place de la Belgique chez les artistes:

Pierre
: "Pourquoi donc Bruxelles ? Quand tous les Belges rêvent de Paris, s’exiler à Bruxelles la brumeuse, la ségrégationniste, la banale semble incongru. En parlant d’incongruité, pour ou contre le rattachement de la Wallonie-Bruxelles à la France lors de l’éclatement prochain de la Belgique ?"

Dominique_A : En matière de ségrégationnisme, je pense que Paris n’a de leçon à recevoir de personne. Je pense que de moins en moins de Belges rêvent de Paris ou de la France en général. Il suffit de lire la presse belge pour s’en rendre compte. Je ne souhaite à aucune partie du monde d’être rattachée à la France actuellement.

Aujourd'hui, vendredi 21 avril 2006, Bruxelles fait encore parler d'elle. Le Parlement a voté un texte permettant l'adoption d'enfants par un couple homosexuel. A la même heure, Jean-Marie Le Pen était l'invité de France 2 à 20h30. Son retour médiatique, métaphore du coup de bâton, intervient après le chaos social provoqué par le CPE. Où est donc la pensée complexe chez les médias français? Effrayant.
Sommes-nous un pays perdu comme semble le croire l'auteure Cécile WAJSBROT dans un article publié par
Libération?
Nous avons besoin plus que jamais de la pensée d'Edgar Morin.

A lire, « Vision épistémique de la pensée créatrice » par Evelyne Biausser.

 
 
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