Partager l'article ! Philippe Vincent largue les enfants du rock.: 11 novembre 1918, 9 novembre 1989, 4 novembre 2008. En me dirigeant vers le Théâtre des ...
11 novembre 1918, 9 novembre 1989, 4 novembre 2008.
En me dirigeant vers le Théâtre des Bernardines à Marseille, je fredonne « Les enfants de novembre » de Barbara. Chanson révolutionnaire, si Rock and Roll.
J'aime ce mois qui bouscule, bascule.
En entrant, le public reflète une diversité qui sied a priori à la proposition de Philippe Vincent, «
Nico - Medea - Icon ». En mettant en résonance deux mythes, l'un de la tragédie grecque (Médée), l'autre du rock (Nico, chanteuse allemande et ex-mannequin aujourd'hui
décédée), le metteur en scène propose une articulation entre théâtre et musique sous la forme d'un Opéra-Rock. À partir des poésies écrites par Nico et Lou Reed et
de trois textes d'Heiner Muller (« Rivage à l'abandon", "Matériau-médée" et "Paysage avec argonautes"), Philippe Vincent tente cette mise en abyme
pour que le destin hors du commun de cette égérie de l'Underground se fonde dans une dramaturgie théâtrale.
Mais l'intention s'effondre dès les premières minutes. À peine la comédienne Anne Ferret se fraie un chemin sur
ce plateau encombré de musiciens et de machines, qu'un malaise s'installe. À peine chante-t-elle, que tout paraît factice, ailleurs. La tragédie se désincarne, se conceptualise pour finir par
nous imposer quatre-vingt-dix longues minutes d'un double miroir entre Médée et Nico sans profondeur, où le lien paraît plastique. Philippe Vincent empile textes, vidéos et musiques (à partir
d'une composition plate, très loin d'une révolution rock and roll) où la mise en scène ne s'émancipe jamais de la fin des années soixante-dix. Alors que notre époque requiert une vision en trois
dimensions (c'est le minimum), ici tout paraît à plat, sans relief. À aucun moment, le regard du spectateur n'est stimulé : rien ne résonne, tout se joue en dehors de
lui.
Philippe Vincent manie des symboles usés (la guitare que Nico casse sur scène, les lettres de sang qui dégoulinent sur l'écran vidéo) pour nous imposer une dernière
partie qui n'en finit plus de s'étirer dans une verticalité désarmante entre le texte, Nico quasiment statufiée et la musique. L'un des musiciens se croit sur un plateau de théâtre alors que son
corps n'a jamais quitté la scène musicale. Crispant. Il n'en faut pas plus pour m'exaspérer.
Je déserte cet espace démesuré cinq minutes avant la fin. Cet acte, rarissime, témoigne de ma profonde lassitude à voir
le théâtre courir après le pluridisciplinaire, après le sens.
Une transdisciplinarité aurait peut-être permis d'ancrer le destin de Nico dans les souvenirs de cette semaine de folie douce.
Pascal Bély - www.festivalier.net
Crédit photo: Jacques Bonnot.
♥♥♥♥♥♥ "NICO
Medea-Icon" de Philippe Vincent a été joué le 7 novembre 2008 au Théâtre des Bernardines de Marseille.
Vos prises de bec