Samedi 26 juillet 2008
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11:18
Nous sommes une cinquantaine de spectateurs à attendre dans la cour de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. Il arrive avec son costume
gris, un casque audio sur la tête et sa mine des mauvais jours. L'homme ne rigole pas. Nous non plus. On l'écoute sans broncher nous donner les consignes du spectacle déambulatoire de Kris
Verdonck, «Variation IV». On dirait un homme-machine. Sûrement pour nous mettre dans l'ambiance. Les 7 installations dégageront-elles plus d'humanité que ce guide certainement
viré de l'Office de Tourisme de Bruxelles ?!
Une heure trente plus tard, alors que la nuit est tombée, j'ai l'étrange sensation d'être seul au monde. J'ai presque peur de l'obscurité avec l'envie de quitter Avignon pour ne plus y
revenir.
Est-ce le « In » qui m'aurait angoissé à retardement ? Pas le
festival...mais le titre d'une des installations où l'on voit un homme en costume cravate immergé vivant dans l'eau. À mesure que nous entrons, le silence est quasi religieux et le public se
tient éloigné. Puis, un brouhaha envahit l'espace. Les spectateurs s'approchent, scrutent le corps sous tous les angles (c'est sûrement la seule fois de leur vie qu'ils peuvent le faire avec un
inconnu et sans risques !). Le spectacle est saisissant. Je reste à distance. On ne sait jamais. Cet homme pourrait mourir devant mes yeux.
Est-ce « Heart » qui m'aurait alors impressionné jusqu'à me tétaniser quelques heures plus tard ? C'est une jeune femme, petit sac en bandoulière. Elle se tient debout, face à nous. On
dirait l'un des quatre filles du Docteur March. Tous les 500 battements de son cœur, elle est projetée par un fil en arrière contre un mur. Un crash test en direct. Certains spectateurs en colère
quittent la salle. Je n'ai pas peur. Je la trouve de plus en plus jolie à mesure qu'elle se fracasse contre le mur. C'est le regard du public qui lui fait battre le cœur. Nous tirons les ficelles
du jeu de l'acteur...Troublant, non ?
Est-ce « Duet » alors ? Ce sont deux danseurs, enlacés, dépendants,
en l'air, accrochés à une machine invisible. A deux, ils tournent dans le sens des aiguilles d'une montre (et inversement). La madame est sur le monsieur. C'est lui qui tient la dame. Elle tourne
autour de lui.
Puéril. Dépassé. Déjà oublié.
À moins que mon ressenti de solitude ne trouve son origine dans « Dancer ». C'est une barre de fer, courbée et actionnée par un petit moteur. Elle bouge : on croirait un mouvement
humain. Tout explose et disparaît en fumée. Envoûtant et asphyxiant.
À moins que ce ne soit « Box ». Une sculpture de lampes à l'énergie
débordante qui me fait transpirer. Le texte est incompréhensible comme dans le théâtre de François Tanguy. J'étouffe. Première installation pour être dans l'ambiance.
N'est-ce pas alors cette femme, allongée dans « Patent Human Energy », emprisonnée dans un dispositif où son corps bouge à peine. Est-elle en train de mourir ? Je la scrute dans ses
moindres détails...
Mais que m'arrive-t-il ce soir pour être à la fois si distant et engagé ? Le spectacle ne vient pas seulement des machines, ni des acteurs qui s'y fondent dedans. Le spectacle, c'est nous,
surtout nous. « Variation IV » parle de notre rapport au corps, du lien que nous entretenons avec lui dans un environnement où les machines interagissent de plus en plus avec lui (dont
les outils de communication que nous « humanisons » comme les téléphones portables !). Ce parcours nous immerge dans cette interaction que nous connaissons, mais dont nous feignons d'ignorer la
portée psychologique et sociétale. Et le malaise est à chercher dans ce lien : l'homme-machine, c'est aussi nous. Kris Verdonck nous permet de l'approcher en faisant bien attention de ne pas
jouer avec le feu, mais en découvrant aussi toutes ses potentialités créatives.
Demain, je reviens en Avignon pour retrouver la chorégraphe Mathilde Monnier et le chanteur Philippe Katerine. Le titre de son dernier album ? « Robots après tout ».
Après tout, pourquoi pas ?
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "Variation IV" de Kris Verdonck a été joué le 24 juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon.
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Par LE TADORNE
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Publié dans : PERFORMANCE
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