Vendredi 25 juillet 2008
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En mai dernier, le Théâtre du Merlan à Marseille, programmait "Je tremble (1)" de Joël Pommerat. A l'affiche du
Festival d'Avignon, j'ai donc revu le (1) pour voir le (2). Joël Pommerat a de la suite dans les idées, mais semble s'égarer dans ce deuxième épisode très convenu et pour tout dire, sans intérêt
majeur.
J'ai de nouveau rendez-vous avec lui, avec eux. Je les reconnais quasiment tous depuis notre dernière rencontre mémorable lors du Festival d'Avignon en 2006. Lui, c'est Joël Pommerat, metteur en
scène. Eux, de la compagnie Louis Brouillard, c'est peut-être vous, c'est sûrement une partie de moi, c'est à coup sûr un fragment animé de notre lien social. C'est une troupe de comédiens qui
jouent avec nos maux, nos parts d'ombres et de lumières, pour remettre en mouvement ce que nous figeons, faute d'espace et de liens. «Je tremble (1)» m'essore, me plie et me déplie,
comme un processus d'inclusion et d'exclusion permanent.
Cela n'échappe plus à personne. Le politique se fond dans la société du
spectacle. Encore une fois au cours de cette saison théâtrale, un animateur (télévisé ?) ouvre le bal sur fond de rideau pailleté. Sur un ton décomplexé et détaché, il nous annonce qu'il va
mourir ce soir, sous nos yeux. Puis se met à danser sur « Sex bomb ». Nous voilà donc positionnés en voyeur d'une tragédie humaine que nous feignons tous d'ignorer à force de fusionner
le lien social dans le lien économique et médiatique. Joël Pommerat pose d'emblée le contexte en insinuant, « regardez ce que nous avons fait de notre vivre ensemble ». Il accentue le
malaise quand une jeune femme s'approche du micro pour hurler son besoin vital de rêver, de se projeter, de faire appel à son imaginaire. Elle finit par dénoncer le silence des intellectuels et
des politiques.
« Je tremble (1) » est une succession de tableaux, qui en disent long sur la déliquescence du lien social. Joël Pommerat allume les projecteurs, les éteint puis remet la lumière là où
nous aurions bien remis une couche de paillettes. Avec empathie, il nous montre une souffrance à la fois intime et sociétale, loin du misérabilisme marchand de nos médias et de l'humanisme
calculé de nos politiques. Ce modèle que nous co-construisons depuis une vingtaine d'années fait souffrir parce que nous ignorons « le vivre ensemble », nous enfermons l'autre dans une
lecture comportementaliste, nous marchandons notre corps, nous censurons l'utopie. Il ressent notre impuissance alors que nous sommes habités d'intentions honorables (issus des idéaux de mai 68)
mais qui ne peuvent plus rien face à ce modèle économique destructeur du lien social groupal. La force de Joël Pommerat est d'offrir un bel espace à l'expression de cette souffrance tout en
suggérant, par sa mise en mouvement des mots et des corps, que nous pourrions imaginer un autre futur en nous appuyant sur le collectif comme force transcendante. Il positionne constamment le
spectateur dans un dedans - dehors troublant, entre introspection, interpellation, mise à distance, dans un mouvement perpétuel entre le « moi » et le « nous », propice pour inventer nos
utopies.
«Je tremble (1)» est la magnifique fresque d'un homme profondément à notre écoute. Joël Pommerat est un clinicien du sociétal, un peintre impressionniste d'une société déprimée.
Mais «Je tremble (2)» casse ce bel équilibre entre le « nous » et le « je ». L'animateur du cabaret devient central et nous propose sa descente aux enfers, dans les entrailles du
«mal». À partir de cette métaphore, Joël Pommerat met en lumières ses représentations du « mal » mais on finit par se perdre dans une confusion des niveaux logiques. Entre la scène du tribunal où
les témoins sont corrompus, les petits meurtres entre amis, la mutilation du corps des femmes par soumission au désir des hommes, les trahisons dans le couple, le spectateur ne sait plus comment
relier ces instantanés. Joël Pommerat met au même niveau des scènes du réel, d'autres plus symboliques où il questionne les paradigmes dominants. Mais on cherche la cohérence de l'ensemble. Le
texte se désincarne, ne dit rien de bien nouveau comme si l'auteur et le metteur en scène n'étaient plus en lien, comme si le réel n'était plus transcendé. Joël Pommerat répète son propos en
tentant de conceptualiser ce qu'il positionnait auparavant sur un terrain beaucoup plus «résonnant». «Je tremble (2)» se refroidit sans qu'une pensée émergente puisse nous
stimuler.
Comme beaucoup d'artistes, Joël Pommerat bute lui aussi à dessiner les contours d'une nouvelle société, d'un nouveau monde. Il semble tourner en rond et je me surprends à m'ennuyer. Je redoute
qu'il devienne, lui aussi, un metteur en scène français institutionnalisé : de beaux effets d'images, mais un propos qui ne change pas nos représentations du monde, qui nous enferme dans le « non
changement ».
«Je tremble (1)» se suffisait à lui-même. Le (2) n'est qu'un tremblement, là ou j'attendais la secousse.
Pascal Bély.
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ "Je tremble" (1) et (2) de Joël Pommerat a été
joué le 24 juillet 2008 au Festival d'Avignon.
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Par LE TADORNE
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Publié dans : THEATRE
Pour moi, c'était une étape de travail : gloups !! à 28 euros, ça fait réfléchir.
Mais j'apprécie le théâtre de Pommerat, et j'attends vraiment de le revoir en décembre à Marseille. J'imagine qu'après une longue période de répétitions aux Bouffes du Nord (lol) il sera "à point" !!!
Une étape de travail?? J'en doute fortement! Cela n'a jamais été présenté comme cela au public. Et comme vous le dite fort justement, à 28 euros, cela ferait cher l'ébauche.
Je ne vois pas comment "Je tremble" (1) et (2) pourrait changer dans sa structure. Quelques réglages certes, mais de là à changer le sens de la proposition.
Bien à vous,
Pascal Bély
Je rentre tardivement de ce spectacle "Je tremble 1 & 2" auquel j'avais hâte de me rendre étant donné le plaisir que j'avais eu à lire "les marchands" ou "cet enfant". Je sors déconfit; encore en désaccord avec un spectacle de renommée. Je retrouve la force de ses textes, j'apprécie même à votre différence la cohérence retrouvée entre le 1 et le 2 (qui, paraît-il, auraient été retravaillé), l'aspect presque comme biographique, engagé, par contre mon corps est rompu, presque énervé par tant de démonstration...
Joël Pommerat est l'un de nos plus grands auteurs dit-on. Il amène par son écriture à des pistes de réflexions urgentes et essentielles mais a-t-il vraiment besoin de tout cet appareillage, de ce renfort de carnaval désuet, référencé à un monde de clichés cinématographiques et télévisuels (disons vraiment trop à David Lynch), étouffant d'apparitions, de disparitions, de sons (Arvo Pärt encore et toujours...) et de lumières ?
Prendre les armes d'une société qu'on dénonce est effectivement une grande difficulté de nos metteurs en scène aujourd'hui et j'en vois si peu qui y parviennent. Joël Pommerat ne semble pas y échapper. Je me suis retrouvé assourdi, méprisé finalement par ce trop de spectacle. J'ai l'impression que les risques de ce genre de tentative critique sont toujours les mêmes : cyniques ou moralistes. Au corps défendant des spectateurs qui pensent, je dirais que ce n'est pas parce que la société du spectacle veut faire de nous des consommateurs que nous le devenons.
Je ne comprends pas : je me demande encore comment cet esprit a-t-il pu conclure une scène aussi intime, empathique et complexe sur le mal par le spectacle désolé et si naïf d'un jeu de roulette russe ? Etait-il à cours d'imagination ou voulait-il se moquer ? Je vais encore y réfléchir....
à bientôt.
J'aime cette image du "corps rompu" du spectateur à l'issue d'une représentation. Votre ressenti rejoint celui de pas mal de spectateurs d'Avignon, l'été dernier. Je pense que Pommerat est fatigué et qu'il est peut-être arrivé à la limite de sa mise en scène. Cet "appareillage" dont vous parlez va progressivement à l'encontre de son propos.
Le "spectacle" risque fort bien de l'anéantir lui aussi...
A bientôt de vous lire ici et chez vous.
PAscal
Je suis absolument pour le droit à l'erreur quand elle n'est pas fatale aux autres.
On ne peut pas aller voir que des choses excellentes.
Quant au prix des places, cela dépend du lieu autant que des exigences de l'artiste, non?