Vendredi 25 juillet 2008
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Cette « mouette » n'aurait jamais dû survoler le ciel d'Avignon. Claire Lasne Darcueil, metteuse en scène sur le papier en provenance de
Poitou- Charentes, doit bien se douter que cela ne fonctionne pas, à voir le visage désabusé de ses comédiens et la mine déconfite du public. Nous venons de subir pendant plus de deux heures
trente un jeu que même les plus petits conservatoires de région n'autoriseraient pas. Par respect pour les acteurs, nous n'avons manifesté aucune hostilité lors du salut final. Nous savons nous
tenir. Et pourtant, face à une mise en scène aussi vulgaire, nous aurions pu faire le bruit qui sied aux artistes qui usurpent leur fonction.
« La mouette » de Tchekhov mérite-t-elle un décor aussi laid, fait de
matériaux achetés à Conforama dont ce mobilier de jardin affligeant et ses portes vitrées assemblées n'importe comment ? Mais quelle idée se fait Claire Lasne du théâtre, du Cloître des Célestins
pour se permettre de le défigurer ainsi ?
Sait-elle au moins qu'un acteur est fragile si on ne le dirige pas ? Mais que s'est-il passé pendant les répétitions ? Je les imagine négocier pendant des minutes interminables pour finalement
devoir faire de petits arrangements entre amis pour que cela tienne un peu la route. Le résultat ? Ils ne cessent de courir sur scène et dans les allées du cloître. En haut, puis en bas. Il faut
bien occuper l'espace. Je suppose également que Claire Lasne Darcueil n'a pas vu que les corps des acteurs avaient une tendance à se déhancher d'une étrange manière (à chaque fin de phrase,
une tape sur les cuisses), que la vieille servante marchait à petits pas pour caricaturer la vieillesse et que les trois musiciens avaient une fâcheuse propension à s'imposer là où l'on aurait
aimé plus de discrétion.
En l'absence d'un metteur en scène sûr de ses choix, certains comédiens en ont profité pour se la couler douce. Le plus important, n'est-il pas de jouer en Avignon ? Prenons l'exemple d'Anne Sée,
dans le rôle de l'actrice Arkadina. Quel jeu détestable ! Pourquoi un tel laisser-aller, une telle vulgarité ? Une honte.
Si « La mouette » évoque la condition de l'artiste et son statut dans la société, Claire Lasne Darcueil ne s'est pas embarrassée de cette question, encore moins de l'actualiser à la France de
2008 (il y aurait eu de quoi, me semble-t-il). Elle aurait pu faire un théâtre politique pour accompagner le projet de Vincent Baudriller et Hortence Harchambault, directeurs du Festival. Au lieu
de cela, elle empaille cette mouette comme un taxidermiste débutant en stylisant à outrance le phrasé des acteurs à défaut de les guider vers un jeu porteur de sens.
Cette pièce a été jouée la première fois le 2 mai 2007 puis a effectué une tournée dans les villages de Poitou-Charentes. À croire que nos directeurs ne sillonnent pas la France (cela nous aurait
évité ce désastre) lui préférant les mornes plaines de la Belgique.
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥
"La mouette" d'Anton Tchekhov mise en scène par Claire Lasne Darcueil a été joué le 23 juillet 2008 dans le cadre du
Festival d'Avignon.
Extrait vidéo ici.
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Par LE TADORNE
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Publié dans : THEATRE
Avons-nous vu le même spectacle ?
Hier soir cette mouette était subtile, légère, éclairée. La nature toute entière accompagnait ces âmes blessées. Et le public ne s'y trompait pas, saluant ce bel oiseau d'applaudissements nourris. Nous n'avons pas vu le même spectacle... Mais s'il est respectable de donner son sentiment, d'où me vient cette impression que votre critique ne se contente pas de "critiquer", Etes-vous obligé d'être si cassant et si blessant ? Je suis surprise d'une telle violence face à un travail que l'on a le droit de ne pas apprécier mais qui ne se moque de personne.
Sophie Bauret
Cela dit, René Solis de Libération, n'hésite pas à parler de "désinvolture".
Cordialement.
Pascal Bély
désolé de vous l'écrire (pourtant j'aime beaucoup ce que vous écrivez d'habitude) mais là, vous dépassez les bornes. Cet article est un torchon. pourriez-voius le réécrire? (après tout intenet permet cela).
salutations respectueuses;
guy
J'ai quelque peu modifié certains passages pour tenir compte de vos observations.
Le Tadorne.
Bilan dans quelques jours!
Oui, décidement, les "guy" sont partout!!!
Etrange, non...?
sandra
Je suis d'accord avec vous sur le jeu d'Anne Sée; cela faisait longtemps que je n'avais pas vu une comédienne aussi vulgaire. en phase avec l'époque.
Nathalie Moirain
Avec tous ces commentaires, ça donne envie de se faire sa propre opinion (cela dit, j'ai rencontré des étudiants du conservatoire de théâtre qui me l'ont déconseillé...)
Voilà un commentaire assez tardif mais que je n'ai pu m'empêcher d'écrire tant cet article semble aller à l'opposé de ce que j'ai ressenti face à cette représentation. Je confirme, à un jour d'intervalle, nous n'avons pas vu le même spectacle. Certes, je comprends votre point de vue, mais je peux retourner la question : la Mouette nécessite-t-elle vraiment du mobilier d'époque et des acteurs guindés récitant leur texte d'un ton pompeux parce qu'"on ne touche pas à Tchékhov" ? J'ai précisément apprécié le décor épuré et la mise en scène, moi qui craignait au contraire un rendez-vous pédent. Il est vrai que certaines attitudes d'Anne Sée ont pu me déplaire (notamment son fameux geste de connivence avec le public) mais il s'agit de moment infimes sur une représentation de 2h, l'actrice pouvant être par ailleurs excellente. Quant au musiciens, leur présence, loin d'être dérangeante m'a transportée et j'aurais, au contraire aimé les entendre plus. Enfin, le monologue d'Emmanuelle Wion à la fin de la pièce rachetait, selon moi, tous les petits désagréments que l'on aurait pu trouver. Personne, ce soir là n'avait la mine déconfite dont vous parlez et les applaudissement ont été longs et sincères. Ce soir, Claire Lasne Darcueil n'a pas assassiné la Mouette, elle lui a donné vie. Mais n'ayant pas une connaissance pointue du théâtre, mon regard se borne à être celui d'une simple spectatrice sans aucune prétention critique et aucune connaissance des codes autres que ceux de mon goût personnel.