Alors que le mistral se déchaîne dans le Cloître des Célestins provoquant un
bruit infernal (l'enfer est très tendance cette année à Avignon), ils sont sept hommes des cavernes à s'extraire d'une Ax Citroën en panne, au beau milieu d'un paysage enneigé. Le chien, Hermès,
sort tranquillement tandis que l'autoradio passe subitement d'AC/DC à la musique du moyen-âge. Isabelle, arrive sur son vélo et propose de les aider. Elle finit dans le moteur et diagnostique un
changement de delco. Vive les femmes...
C'est incroyablement ridicule. Je souris, car c'est poétique («on est
finalement tous des artistes en devenir »). Je m'inquiète souvent (« ils n'ont trouvé que cette idée pour démontrer l'absence de propos et de créativité des artistes français en ces
temps troublés ? »). Je m'endors parfois («respire, détends-toi, tu es au 62e festival d'Avignon»).
Mais ils sont si fragiles sur ce plateau. Ils parlent si doucement. Ils ont
l'air si improductif dans un pays où le slogan « travailler plus pour gagner plus » va finir par orner les façades des écoles, des théâtres et des entreprises. Ils sont incroyables dans
leur processus de création à s'appuyer sur tant d'immatérialité pour nous offrir, là, rien que pour nous, une oeuvre d'art contemporain . Et je comprends qu'il faut se laisser porter, sans
chercher le sens caché si ce n'est celui d'une émotion tant contenue depuis deux jours. Ces ballons gonflés emportés par le mistral dans ce paysage enneigé ne sont-ils pas une réponse construite
à l'envahissement des jolies formes dans le spectacle vivant (Roméo Castellucci serait-il un peu visé ?)
J'applaudis à peine presque plus intéressé par les réactions du public :
enthousiasme, circonspection, indifférence polie....♥♥♥♥♥♥ "La mélancolie des dragons" de Philippe Quesne a été joué le 20juillet 2008 dans le cadre du Festival d'Avignon.
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Je me répète, mais c'est parce que ("off" avignon encore à ce jour) je me prépare à découvrir dans 2 soirs (entre autres) cette Mélancolie...
mais je suis content que Philippe Quesne vous ait tout à la fois fait sourire, inquiété, bercé (je traduis ainsi votre endormissement), et mis en colère. Lorsque vous invoquez les mânes des bien-vivants Jan Fabre, Olivier Dubois, Chris Haleb, Pippo Delbono. c'est un peu comme si, écoutant les Gymnopédies d'Erik Satie, un auditeur de l'époque avait imploré Où sont Wagner, Debussy, Mahler ? et où est passé Stravinski ? Mais bon, cool, vous avez toutefois saisi que ce que les amis de Quesne ont à nous dire, et disent depuis quelques saisons, c'est déjà dans leur ton si doux que ça se place. Alors, face à l'envahissement du vociféré germanique (je plaisante, car Dieu (enfin Dieu...) sait que j'aime Ostermeier, et Franz Castorf, etc.), cette douceur, mélancolique qui plus est, doit avoir un conduit de notre cerveau à toucher.
Je n'en dirai pas plus après avoir vu le spectacle dans 2 soirs, et j'ai eu plaisir à n'en dire que du "rien" avant.
a'tchao
arthurH