Le premier tableau est saisissant. Tel le banquet de Platon, la table et les six protagonistes sont cachés derrière un rideau de lamelles dorées. La scène, posée sur des rails
s'approche sur la musique rock symphonique de Nils Ostendorf. Un à un, ils franchissent cette séparation, s'avancent vers nous. Comme dans la série américaine humoristico-macabre « Six Feet
Under », nous assistons médusés à l'enterrement du Roi du Danemark, tué par son frère Claudius. Le cercueil tombe (il ne pleut que sur cette minuscule parcelle de territoire dans l'immensité
de la Cour d'Honneur), et les corps trébuchent dans la terre. Du sol métallique du banquet à la scène recouverte de terre où est enterré le Roi, Thomas Ostermeier ne cessera de jouer sur ce
contraste des matières pour inscrire cet «Hamlet» dans le terrain glissant de la folie et la structure d'un pouvoir corrompu, rouillé par la bêtise. Car c'est un « Hamlet » de
folie qui nous est présenté, le manifeste d'un metteur en scène Allemand qui me paraît s'inquiéter de cette Europe confisquée par des politiques «bling-bling" opportunistes (le Roi, lunettes Ray
Ban et son épouse qui n'hésite pas à pousser la chansonnette...la France serait-elle ridiculisée ?), menacée par le terrorisme (ce Claudius barbu m'effraie), gangrenée par le Show Bizz. Avec
Ostermeier, on passe dans la seconde de l'enterrement au mariage de Claudius avec Gertrude (sa belle sœur). Je m'interroge sur le piétinement des valeurs: l'Europe serait-elle dans la boue
?
Dans ce contexte, la folie d'Hamlet (incarnée par Lars Eidinger, exceptionnel) est un processus de résistance actif, où il ne suffit pas de penser le changement, encore
faut-il l'acter dans une démarche globale. Sa folie, c'est notre peur de changer, notre angoisse de la postmodernité. Et ne croyez pas que je sois sagement assis. Hamlet et Claudius quittent la
scène pour venir nous chercher, nous apostropher, nous prendre à témoin. À un moment, nous aurions pu descendre sur le plateau pour fouler la terre, la retourner pour reconstruire!
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Ma trilogie du Festival ce n'est pas la Divine comédie mais bien ces deux Shakespeare et le Ordet !
je parcours votre blog avec plaisir. J'aime bien votre ton assez insolant. continuer
georges.