Depuis « Origine », pièce vue au printemps dernier, la vision du monde de Sidi Larbi Cherkaoui n'a pas beaucoup bougé. Aux cases d'un
immeuble imaginaire, se substituent des caisses en bois, dont une en fer pour « Larbi », comme aime à l'appeler l'enfant. Nous ne sommes effectivement pas tous fait de la même matière,
mais de là à imaginer un tel déséquilibre, c'est un choc de civilisation. La planète est émiettée, éclatée : entre populations à la dérive, génocide, amputation des corps, me vient une image qui
ne me quitte plus: l'agencement des caisses forme le Mémorial de l'Holocauste de Berlin dans lequel les touristes s'amusent parfois à cache-cache comme pour mieux conjurer
l'angoisse. Ici, celle de Cherkaoui est palpable, tandis que les Moines l'expulsent avec leur danse aux allures guerrières, où la voix prolonge le mouvement.
On se lève alors pour applaudir, comme un geste de survie. Mais une fois sorti,
dans la rue balayée par un mistral glacial, je rêve d'un autre monde, plus féminin et moins guerrier. Le Festival d'Avignon a décidément bien du mal à nous le proposer.
♥♥♥♥♥♥ « Sutra» de Sidi Larbi
Cherkaoui a été joué le 13 juillet 2008 au Festival d'Avignon.
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