« Je m'appelle Roméo Castellucci ». L'homme s'habille, enfile une combinaison. Une meute de chiens se jette sur lui. Bienvenue dans
l'« Inferno » de l'artiste associé du Festival d'Avignon 2008. Sur l'immense scène du Palais des Papes, j'assiste pendant plus d'une heure et cinquante minutes à une divagation
nombriliste, tachetée de quelques références au texte de Dante, parsemée de beaux effets, pour ne retenir finalement qu'une performance. Nous sommes loin d'un théâtre qui éclaire sur le monde,
mais recentré sur le petit territoire de l'artiste (aussi joli soit-il). « Inferno » sonne terriblement creux, mais c'est une œuvre en phase avec son époque où la forme est une «pensée».
Avec Roméo Castellucci, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi et Hu Jintao peuvent dormir tranquilles.
«
Inferno » est une succession de tableaux sur l'univers artistique de Roméo Castellucci. Après les chiens, un homme escalade la façade du Palais pour atterrir sur le toit (à noter le
silence du public sidéré par l'exploit). Il pourrait dominer le monde, nous montrer ce que nous ne pouvons voir. Arrivé là-haut, il balance un ballon de basket à un enfant. Consternant.
Une troupe d'hommes et de femmes arpente la scène où chacun finit par zigouiller un proche. L'enfer, c'est les autres.
La bande-son ? Des bruits d'accidents de voiture. La torture en Chine, la dictature en Birmanie, l'enfer médiatique, ne doivent pas faire assez de tapage pour les oreilles manifestement obstruées
de Castellucci.
Quoi d'autre ?
Des gosses enfermées dans un caisson transparent. La crèche, c'est l'enfer surtout pour les parents qui n'y trouvent pas de place pour leur cher chérubin.
Un piano qui brûle (référence à Dante j'imagine...les vrais rockeurs, eux, balancent leurs guitares).

J'oubliais Andy Warhol qui sort d'une voiture broyée (spot pour la prévention
routière ?) pour signifier sa descente aux enfers. Quand l'art contemporain occupe la scène pour écraser les comédiens.
Imparable.
Stop.
Les images s'accumulent et je cherche toujours le propos. Roméo Castellucci est un homme libre, il a le panache de celui qui sidère par les formes. Il s'est affranchi de Dante pour explorer ses
pistes. De cet espace de liberté exceptionnel, il n'en a rien fait. Le Festival d'Avignon a perdu une belle occasion de faire un peu de raffut alors que la démocratie vit des temps troublés en
France, en Europe et dans le monde.
Au cours d' «
Inferno », me revient une image. Celle de Daniel Cohn Bendit apostrophant Sarkozy au Parlement Européen : «
Vous êtes minable d'aller à la cérémonie d'ouverture des
Jeux Olympiques ».
À mon tout petit niveau, je me suis senti un peu minable de payer 30 euros pour le spectacle raté d'un enfant gâté du Festival.
ps: à lire l'analyse pertinente de
Sylvain Pack sur Roméo Castellucci.
Pascal Bély
www.festivalier.net
© Christophe Raynaud de Lage.
♥♥♥♥♥♥ «Inferno»
par Roméo Castellucci a été joué le 12 juillet 2008 au Festival d'Avignon.
Pascal Bély
La Divine comédie de Castelluci, ou Disneyland en Avignon.
Inferno me fait l'effet d'un grand huit: une attraction aussi sensationnelle qu'inutile, un divertissement mémorable et grandiloquent, une macrostructure dans laquelle l'argent semble jeté par les fenêtres (pendant que les budgets des DRAC et autres descendent en flèchent et que notre vénéré président nous annonce un plan de rigueur....)
Pourquoi "divertissement"? Parce que comme l'explique le tadorne, ce spectacle esthétiquement très réussit n'est en réalité qu'une grosse farce, vide de tout propos. L'enfer, c'est un accident de voiture; voila ce que nous dit Castellucci. C'est ce qu'on appelle un artiste engagé, munit d'un regard sur le monde d'une intelligence rare! A l'heure au cent mille chinois meurent pour permettre la création d'un pont, ou la famine et la guerre se banalise partout dans le monde, ou l'individualisme, l'égoïsme, le racisme ou l'abdication deviennent monnaie courante, Castellucci nous rassure: l'enfer, c'est un accident de voiture!!! Alors tout va pour le mieux dans le meilleur des monde, et en effet nous pouvons tous hurler en cœur: "Vive Disneyland, vive les chamalos grillés, vive Castellucci". Ici, dans son monde merveilleux, les gens chantent tous en cœur des "je t'aime" pathétique, puis meurent en s'allongeant gentiment sur le sol.
Narcisse se torche avec des dollars.
Roméo Castellucci entre sur scène, se présente et se fait dévoré par les chiens. Le créateur (Dieu?) est déchiqueté "l'enfer" peut débuter. Alors j'ai réellement l'impression qu'on veut me rouler dans la farine, car ce qui suit n'est qu'une longue succession de "symboles qui symbolisent le symbole qui symbolise le symbole qui symbolise rien" (olivier Py). Mais c'est raté, ça ne prend pas. Seconde injure envers le public, c'est de vouloir nous faire croire que tout cela est révolutionnaire, alors que c'est en réalité du vieux théâtre. Il étend par exemple un draps sur le public et voudrait qu'on hurle au génie? Faut t il rappeler que Ben fit cela il y a 20 ans? Castellucci compte sur notre inculture, mais encore une fois, ça ne prend pas. ("Caramba, encore raté").
Anecdote: en sortant de ce spectacle, je discute avec une spectatrice conquise. Je lui dit mon sentiment quand a la pietre qualité des comédiens, et elle me rétorque que c'est parce que Castellucci n'est pas metteur en scène mais plastiscien! (No comment)
Petits ajouts à cette nouvelle prise d'otages commanditée par l'institution avignonaise:
Il va sans dire ici que les places d'artistes associés et les invitations au festival IN font de nouveau effet de mascarade: Le ballon de basket envoyé au petit enfant qui a écrit Jean sur le mur du palais des papes au début du spectacle pourrait se lire à travers la sordide "private joke" que Roméo Castelluci renverrait à son ami Jan Fabre, comme un remerciement de l'avoir invité la dernière fois et peut-être à l'avoir toujours vivement recommandé... Sinon la suite des évènements semblent être à l'évidence l'exercice dans lequel Roméo Castelluci excelle depuis ses débuts, le pillage... Rien à voir avec le remix, la réitération, voire la copie mais à mon sens beaucoup plus fallacieux et symptomatique de la société que nous annonçait Debord, un pillage à grand renfort de moyens et d'argents. Heureusement tout ceci n'aura qu'un temps. Les pillés (Jérôme Bel, Andy Wharol, Dante, Oleg Kulik et tous les artistes qui lui ont envoyé ces dernières années des projets pour sa résidence à Cesena...) l'oublieront vite si ce n'est déjà fait.
A trop attendre un contenu politique et un dégommage de Sarkozy&cie c'est sûr on est déçut... Mais bon le théâtre n'a pas que vocation à être dans le dégommage ou l'évocation politique, non ? C'est sûr que Castellucci n'a jamais pris la peine d'invectiver Berlusconi ou Bush pour ne citer qu'eux... comme d'autres artistes d'ailleurs qui questionnent la forme, la place de l'acteur et de l'individu dans la communauté, le groupe, la reconnaissance artistique et poétique... Après tout Dante, dans sa traversée de l'enfer, ne fait que reconnaitre une famille artistique et observer une humanité prise dans la mélancolie, le désir simple, l'absolution impossible... Une traversée étonnante et sensible où Dante est bien cet homme perdu et égaré. A ce titre je trouve que Castellucci a rempli son contrat et m'a offert un voyage passionnant et intriguant qui me fait encore réfléchir. Et je ne suis pas le seul, mais vous n'avez pas aimé c'est très bien il faut de tout pour tout le monde... Quand à cracher sur la presse qui semble aimer aveuglement, je ne suis pas d'accord ! Déjà ils n'aiment pas tous et loin de là, et si ils aiment écoutez ils ne représentent pas les français que je sache ce sont des critiques individuelles, si vous n'êtes pas d'accord vous n'êtes pas d'accord mais respectez l'avi des autres et ne cherchez pas de complot ou je ne sais quoi ou alors expliquez vous et argumentez...