Samedi 12 juillet 2008
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Le Festival
d'Avignon s'est installé à l'École d'Art. Le personnel d'accueil aime à le décrire comme la maison, le foyer du spectateur. Canapés, lit pour la sieste, accès internet avec wifi gratuit
parrainé par Arte, café, thé à disposition : c'est un espace que l'on peut investir pour lire, se reposer, échanger avec les spectateurs. Le matin, c'est un lieu de débat entre artistes et
public. Lors de la 25ème heure (dans la nuit), l'École est un théâtre d'ombres et de lumières pour des œuvres iconoclastes.
À mon arrivée, un agent d'accueil étend sur une corde à linge les articles de presse du jour. Elle les met dans l'ordre, retire les anciens. L'article n'est qu'un bout de papier fragile, isolé,
sans lien, prêt à être rangé dans l'armoire dès qu'il aura séché par l'air soulevé des passants. Ainsi, l'article perd de sa superbe et pend comme une vulgaire paire de chaussettes. Je serais
journaliste, je le prendrais très mal.
Voir côte à côte le magnifique article de Fabienne Darge du Monde sur « Ordet » et un communiqué de presse qui fait office de critique pour journaliste paresseux, c'est comme mettre un Picasso à côté d'une pâle copie d'un Monnet. Je
m'étonne de n'y trouver aucun article de la blogosphère : « ils sont sur l'étagère », me dit l'agent étendeur.
À bon entendeur.
Le dialogue s'engage. « Mais, nous organisons des ateliers d'écriture pour les spectateurs....Inscrivez-vous ». Je fais remarquer que j'ai un blog depuis 2005 et que ma parole n'est
encadrée par aucune institution.
Au final, deux visions s'opposent : les articles de presse sont alignés dans une linéarité déconcertante pendant que les écrits de spectateurs sont cachés sur une étagère. Métaphore d'une société
où rien ne se relie, tout se cloisonne. Pendant ce temps, les artistes du festival nous proposent des formes toujours plus complexes, nous positionnant dans des articulations qui ne le sont pas
moins. Il faut donc au Festival d'Avignon un commissaire pour mettre en valeur l'écriture.
Que suggérer pour sortir de ces enfermements d'une autre époque, celle où internet n'existait pas et où le public n'écrivait rien?
De ces échanges de qualité avec les agents, naît un rêve...Sur un grand mur de l'école d'Art, articles de presse, écrits de la blogosphère et contributions de spectateurs se répondent, entrent en
résonnance. Cela aurait le mérite de développer la créativité des agents d'accueil de l'École d'Art (cela pourrait leur servir dans leurs études et dans leur futur métier...) et les visiteurs
pourraient proposer leurs liens. Nous demanderions à un artiste de créer le cadre qui permettrait de contenir toutes ces reliances. Le festival pourrait constituer et animer un collectif de
spectateurs (à l'image d'une troupe) qui produirait à la fois des écrits individuels et collectifs à destination du site officiel, mais aussi commenterait sur leurs sites les articles des
blogueurs et des journalistes. ARTE suivrait cela de près et proposerait un feuilleton documentaire journalier dans son journal de la culture.
Il est temps, même pour le Festival d'Avignon, d'investir dans l'intelligence de ses salariés et de ses partenaires. Et qui sait, l'année prochaine, je n'entendrais plus cette phrase terrible de
la part de jeunes agents du Festival dès que vous leur faites une proposition :
« Vous savez monsieur, moi, je ne fais qu'exécuter ».
Pascal Bély
www.festivalier.net
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Par LE TADORNE
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Publié dans : LES CHRONIQUES DU TADORNE
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