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  • : Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
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Le Printemps de Septembre à Toulouse du 24 septembre au 17 octobre.


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Le Festival d'Automne à Paris du 9 septembre au 31 décembre.



Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /2008 15:33

Le chorégraphe japonais Zan Yamashita a écrit « It is written there » en 2002 avec l'intention d'offrir sa partition au public, livre de cent pages numérotées, distribué à l'entrée du spectacle. Un homme, au micro, situé à droite dans un coin de la scène, tel un chef d'orchestre, nous guide dans les déambulations écrites et dansées des différentes œuvres du chorégraphe. Si le surtitrage en français et néerlandais nous permet de suivre ses recommandations du début, le livre n'est traduit qu'en japonais et anglais. De la partition à la scène, le spectateur est invité à s'immiscer dans cet interstice, à faire lui-même le pont entre l'écriture et la danse, à recoller les morceaux d'extraits d'œuvres de Zan Yamashita. Pendant quatre-vingt-dix minutes, le bruit des pages ponctue les différents tableaux et nous sommes positionnés écolier, jury, metteur en scène ou spect'acteur. C'est au choix, suivant l'humeur du moment et les espaces possibles offerts par Zan Yamashita.

Tout commence par les quatre premières pages blanches. Notre animateur semble pressé comme s'il fallait combler le vide. Et pourtant, le spectateur aurait pu, comme lors d'une séance de relaxation, se préparer pour se glisser dans l'interstice. Tout va trop vite, mais les premières expressions écrites (« bridge », « shake », « fall down » « ship ») trouvent leur prolongement poétique sur scène. Comme un jeu d'enfant, la danse épouse le mot et le tend comme un élastique. Le public sourit, l'ambiance est enveloppante. Je me faufile. Comme autant de pétales de roses posées sur un lit de nénuphars, je saute d'une feuille à l'autre, d'un corps ici, à ce corps-là.

A la page 65, une danseuse se poste devant nous et de chaque sein, sort des morceaux de papier où sont inscrites des phrases en français, puis en néerlandais. Moment magique où le Japon se la joue « Belgique » ; l'espace s'élargit et là voilà à nous demander de choisir les mots ou expressions écrites sur la page. Les propositions fusent du public qu'elle danse sans lien apparent ! D'autres instants enrichissent cet espace de communication unique entre artistes et spectateurs lors notamment d'un dialogue de toute beauté sur le 11 septembre où la logorrhée verbale de l'une trouve son prolongement dans une posture physique désarticulée de l'autre. 

Mais à mesure que nous avançons, le livre se métamorphose en bible du chorégraphe et l'interaction s'appauvrit. Une partie du public délaisse cet objet encombrant, une autre s'accroche, tandis qu'une majorité décroche par lassitude. Je perds le lien entre l'anglais et la danse ; je cherche à rationaliser les phrases par les corps et le tout s'amoncelle : je me sens débordé par cette pile de mots, qui telles des assiettes dans un évier, est prête à tanguer pour se fracasser. Cet interstice voulu par Zan Yamashita n'est plus en soi un espace de reliance permettant de revisiter son œuvre. Entre le temps de la feuille et celui de la scène, il y a l'imaginaire du spectateur qui, à force d'être sollicité à plusieurs niveaux, s'épuise pour plonger dans la passivité. L'orchestre « chorégraphique » finit par jouer en roue libre tandis que mon livre glisse de mes genoux.

Le public n'a plus la force d'applaudir. Il repart, sac plastique gentiment distribué à la sortie de la salle du Beursschouwburg, pour d'autres espaces proposés par le KunstenFesitvalDesArts.

Il n'en manque pas cette année. Le monde s'invite à Bruxelles.

Pascal Bély - www.festivalier.net

Crédit photo: Luk Vleminckx - Academie Anderlecht


♥♥♥♥♥♥ «It is written there" de Zan Yamashita a été joué le 10 mai 2008 dans le cadre du KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.


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