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 En juillet, Le Tadorne sera au "In" d'Avignon. En "off", communiquez vos coups de coeur à l'adresse suivante:
 pascal.bely@free.fr
Samedi 26 avril 2008

 

Avec « Le sous-sol », le collectif Belge « Peeping Tom » s'incruste dans la terne programmation du Pavillon Noir, Centre Chorégraphique National d'Aix en Provence. Avec ce partenariat, « Les amis du Théâtre Populaire » auraient pu réussir l'exploit de bouleverser les lignes droites, de bouger les espaces bien définis de ce Centre qui protège son précarré, comme les Chinois surveillent leur flamme olympique. J'avais acheté mes billets à la FNAC où il était indiqué « 19h30 ». Mais « le spectacle commence à 20h30 » me dit avec dédain, l'ouvreur du Pavillon. Certes, mais le « 3bisF », lieu d'Art Contemporain situé à quelques centaines de mètres, programme à 21h, la Compagnie NÖ (une danse à partie d'un diptyque de cordes). Je comptais m'y rendre. Ce que j'avais cru comme une coordination entre les trois structures, n'en ai finalement pas une. Le modèle concurrentiel fait rage, même dans une toute petite ville de 140 000 habitants. Ces œuvres auraient pu entrer en résonance à partir de passerelles qui suscitent l'imagination du spectateur et des artistes. Par paresse, on continue d'ériger des murs.
J'attends pendant près d'une heure. L'ouvreur pose sur les tables du bar, le journal culturel gratuit « Zibeline ». C'est tout de même étrange : une institution distribue un média dont le rôle serait précisément de dénoncer les aberrations citées plus haut ! Mais « Zibeline » est un « partenaire média » du Pavillon Noir. La boucle est bouclée. Dans ce contexte de filiation, où est la liberté de la presse ? Journalistes et structures culturelles sont quasiment consanguins. Toute proportion gardée, je repense aux leçons de démocratie que nous donnons à la Chine...
Je lis donc l'interview de « Zibeline » avec Sophie Joissains, 9ème adjointe à la Culture de la Mairie UMP d'Aix en Provence. Elle a appris la politique sous les jupes « panthérisées » de sa mère, magistrat de la ville depuis 2001. La République bananière n'est pas bien loin. Et qu'affirme-t-elle alors que débute son mandat ?
« La culture est sans doute un des domaines où les affaires sont le moins « politisées », c'est-à-dire partisanes. Les différences entre les politiques culturelles des villes ne correspondent pas aux couleurs politiques des mairies. Parfois, mais pas constamment, la gauche à tendance à saupoudrer les subventions, à confondre l'associatif social et le culturel, voire à faire du clientélisme - mais aucun parti n'est à l'abri de ces pratiques. Je reste attaché à une politique culturelle de projets, avec des normes de qualité visant à l'excellence, qui n'oublie pas de toucher un public large en gardant une politique tarifaire basse comme le Grand Théâtre de Provence ou le Pavillon Noir... ».
Traduisons : la culture n'est pas politique sauf avec la gauche. Quant à la droite, le langage du management des services fait office de pensée politique ! « Zibeline » retranscrit tels quels les propos sans chercher leur sens caché ! Qu'entend Mme Joissains par « normes », par « qualité » ? Que peut bien vouloir dire « politique culturelle de projets », si ce n'est d'encourager les acteurs à entrer en concurrence ? Qu'est-ce donc « l'excellence » appliquée à l'art ? C'est terrifiant. Voilà une jeune adjointe qui nous promet de gérer la culture comme elle le ferait avec un réseau de transport en commun ! Qu'elle ne s'inquiète pas trop : le Pavillon Noir semble déjà être un pôle d'excellence...

 

C'est avec ces mots que j'entre dans le théâtre pour «Le sous-sol ». Me voilà six pieds sous terre. Ouf, je quitte le monde « normalisé » de l'UMP ! La scène, recouverte de terre, voit déambuler des morts-vivants où la notion d'âge n'a plus d'importance. Les ancêtres, aussi célèbres soient-ils, côtoient les anonymes sans passé, ni futur. Les vieux copulent longuement avec les jeunes. Les corps s'enlacent comme des vers de terre. Mais l'ensemble est lourd comme de la terre sous les pieds qui empêche d'avancer ! Il n'y a rien de nouveau et c'est ennuyeux. Si le contexte change, Peeping Tom n'invente rien. Les êtres s'articulent avec un modèle (la provocation, l'obscénité) qui fatigue à force de ne pas se renouveler. La danse se fait « boue » là où j'aurais aimé qu'elle soit langage ! Le sous-sol ne fait ni rêver, ni peur, car il ne se passe rien de transcendant. Je me surprends à regarder vers le haut du décor où un homme immobile s'appuie contre son arbre. J'étouffe d'ennui avec cette terre qui recycle du déjà vu (la folie chez Alain Platel dans « VSPRS », la vieillesse « rajeunie » chez Pina Bausch avec « Kontakthof »). Il n'y a rien de scandaleux dans cette proposition. Les « normes de qualité » sont respectées et « Le sous-sol » est un « projet » qui s'inscrit dans le désir « d'excellence » de l'UMP. Le public d'Aix en Provence ne s'y trompe pas en applaudissant chaleureusement la troupe.
Je quitte le Pavillon Noir ; je fais des liens comme pour mieux résister à la norme. En rentrant chez moi, je glisse un DVD de la série « Six Feet Under ». Chef d'œuvre télévisé où une famille de croque-morts nous accompagne vers l'au-delà avec humour noir, émotions et rebondissements.
Excellent.

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

« Le sous-sol » de Peeping Tom  a été joué le 25 avril  2008 au Pavillon Noir d'Aix en Provence dans le cadre de la programmation des "Amis du Théâtre populaire".


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commentaires (10)    ajouter un commentaire
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Commentaires

Comment laisser aller ainsi son esprit à un un tel vague à l'âme... L'humeur n'est pas bonne conseillère en matière critique. Vivre son mal être et son raz le bol est sain. Encore faut-il trouver la force de l'exprimer par sois même. Distiller son opinion et sa colère molle en se cachant derrière des oeuvres qui n'ont rien à voir et ne méritent pas cela est injuste. Cette mélancolie de ce soir là, de cette politique là, ne doit pas injustement ternir un très beau spectacle. s'appuyer sur la force et le courage des autre pour glisser rapidos ses sentiments "du moment" n'est pas faire oeuvre critique. Merde. Un peu de déontologie, vous donnez à lire ce que vous écrivez.
Yann.

commentaire n° : 1 posté par : Yann le: 27/04/2008 06:02:27

Yann,
Merci pour votre commentaire, mais je me dois de vous préciser certains points. Vous évoquez "l'humeur", "la mélancolie". Je vous réponds: "résonance". En effet, voir une pièce sur la mort, "sous terre", n'est pas sans échos. Chacun a le droit d'y ressentir ce qu'il veut. Pour ma part, j'y ai vu mon pays. À un autre degré, "Le sous-sol" est le type de spectacle que je dénonce plus que tout, car il ne s'y passe rien malgré les belles apparences poétiques. À l'image de mon pays.
Vous évoquez faire "oeuvre critique", "déontologie". Mais, au cas où vous cela vous aurez oublié, je ne suis pas critique, mais un spectateur. Le blog est l'espace de rencontre entre l'art et le public en dehors de tout médiant. Je persiste à écrire que "Le sous-sol" n'est pas un bon spectacle. Il se trouve que ce soir-là, il s'est trouvé sur ma route, en même temps que le positionnement du Pavillon Noir et l'interview de cette adjointe à la culture.
Yann, tout n'est pas dans des cases. Les événements peuvent aussi se relier. Surtout quand l'art, la politique et le citoyen s'en mêlent.
Bien à vous
pascal

réponse de : Tadorne (site web) le: 27/04/2008 09:50:06
J'ai retrouvé ce matin la critique de Marie-Christine Vernay du journal Libération datée du 15 septembre 2007. JJe rajoute une deuxième critique du site internet "les trois coups".

Il est toujours étonnant, voire inquiétant de voir des compagnies dont on a aimé le travail s’enliser au bout de quelques années dans la convention, si actuelle soit-elle. C’est le cas de Peeping Tom. Découvert il y a cinq ans au festival d’Uzès, ce collectif bruxellois né, en 1999, de la rencontre de l’Argentine Gabriela Carrizo et du Français Franck Chartier, alors chez Platel et Lauwers, avait un style. Brassant les genres, danse, théâtre, performance et cinéma, le mélange des générations, une constante dans la compagnie, avait du sens et du charme.
La nouvelle pièce, le Sous-Sol, annulée la saison dernière pour cause de blessure, programmée à Uzès cet été et reprise là au Théâtre de la Ville dans sa salle des Abbesses, est beaucoup plus ennuyeuse.
Faisant suite au Jardin, sur les névroses du couple, puis au Salon, sur la déchéance et la vilenie, le Sous-Sol, troisième volet de la trilogie familiale, se passe de l’autre côté, chez les morts. Le vieux du Salon est le seul à ne pas avoir cassé sa pipe et médite au-dessus de la tombe, de la scène, immobile. Au-dessous, c’est le charivari. Les tabous n’ont plus cours, c’est la débandade.
On reconnaît les qualités de la compagnie, inventive, instinctive, mais cela tourne court. Et même si dans ce bas-fond, pas si loin de la surface, on saute les vieilles, cela ne suffit pas à nous émoustiller. Après un premier solo, où le corps se cabre tel un cheval, la danse, à trop toucher le sol terreux, s’étiole, et les roulades en tout genre deviennent lassantes.
Ce petit bal perdu, mené à la baguette par la mezzo-soprano Eurudike de Beul, se situe chez les fêlés, pas loin de l’HP. Mais les tabous liés à la mort et à la vieillesse, qui semblaient devoir éclater en début de spectacle, résistent encore et les morts sont également et terriblement vivants. La seule chose qui touche un peu, c’est l’obsession de la mère morte qui, régulièrement, tente de partir chercher sa fille à l’école. Pour le reste, il s’agit d’une saga familiale plutôt banale. On espère que la boucle est bouclée et que Peeping Tom ne fera pas le coup de la cuisine ou de la salle de bains. Du moins, on leur souhaite.

L’odeur qui nous saisit dès qu’on entre dans la salle est celle de la terre qui recouvre le plateau. Cette odeur forte et un peu étouffante nous met tout de suite en confrontation avec la matière sensible de cette pièce. Le sujet est la mort, ou plutôt l’existence après la mort. Mais oublions tout de suite la symbolique éthérée ou l’atmosphère lugubre. Ici, c’est de manière sensitive et humoristique que le thème est abordé.

 

Il y aura des règlements de compte et des jeux cruels dans cet espace où le rapport de force habituel ne signifie plus rien. Comme si l’abus d’autorité que s’octroyaient certains vivants sur d’autres était finalement inversé. Il s’agit d’entrer dans une galerie souterraine, dans le lieu des renversements, où la parole est débarrassée de ses conventions hypocrites. Où elle va droit au but.

 

Critique du site "les trois coups"


L’odeur qui nous saisit dès qu’on entre dans la salle est celle de la terre qui recouvre le plateau. Cette odeur forte et un peu étouffante nous met tout de suite en confrontation avec la matière sensible de cette pièce. Le sujet est la mort, ou plutôt l’existence après la mort. Mais oublions tout de suite la symbolique éthérée ou l’atmosphère lugubre. Ici, c’est de manière sensitive et humoristique que le thème est abordé.

 

Il y aura des règlements de compte et des jeux cruels dans cet espace où le rapport de force habituel ne signifie plus rien. Comme si l’abus d’autorité que s’octroyaient certains vivants sur d’autres était finalement inversé. Il s’agit d’entrer dans une galerie souterraine, dans le lieu des renversements, où la parole est débarrassée de ses conventions hypocrites. Où elle va droit au but.

 

Parmi l’ensemble des personnages, la vieille dame est particulièrement remarquable : tour à tour amante érotisée, petite fille capricieuse, nourrisson tétant le sein, puis redevenant tremblotante de vieillesse. Certains tableaux mettent mal à l’aise. D’ailleurs, l’esthétique d’ensemble est assez déstabilisante. Rien de joli ou de lisse, mais des corps étonnamment vivants, et qui se désirent avec rage.

 

Des corps qui, par ailleurs, se laissent voir dans leurs imperfections, leurs rides, leurs rondeurs… et il faut bien admettre que mort aura été rarement aussi charnelle. À travers cette imagerie iconoclaste, on remarque donc un réel parti pris de mise en scène. Un choix qui annonce que le beau n’est pas évident.

 

Certaines chorégraphies sont exécutées plusieurs fois, avec juste de légères variations. Le mouvement semble sous l’influence de ce lieu d’où il n’est pas possible de s’échapper. Les personnages s’enterrent, rampent, se cramponnent l’un à l’autre, sont réduits à des gestes obsessionnels.

 

Mais comment font-ils ? Pour réussir de telles prouesses physiques ? Pour être à la fois drôles et poétiques ? Absurdes et philosophiques ? Pour réussir à évoquer en si peu de temps les frustrations des corps, les déceptions, les régressions, la peur ?

 

Pour toutes ces questions qui m’ont assaillie en quittant la salle, je recommande ce spectacle. Je le recommande également si vous désirez être surpris. Si vous demandez au théâtre qu’il vous bouscule. Si l’électrochoc ne vous fait pas peur. Si vous aimez la beauté surréaliste : celle qui sera convulsive… ou ne sera pas. 

Aurore Krol

commentaire n° : 2 posté par : le tadorne (site web) le: 27/04/2008 10:10:23
j'etais au pavillon vendredi soir. J'ai ressenti l'ennui. vous faites quelques rapprochements interessants entre ce type de spectacle et l'UMP. Faut oser. Après tout, pourquoi pas...A l'UMP, ils osent toutes les caricatures; il serait quand même temps de relever toutes les conneries qu'ils balancent dans la presse sans contre pouvoir. C'est sûr, ce "sous-sol" est danss l'air du temps. superficiel 
nadia - Eguilles près d'Aix
commentaire n° : 3 posté par : nadia le: 27/04/2008 14:24:14
et bien moi, ça me fait du bien de lire un papier pareil. Après tout, pourquoi ne pas relier tant que cela a du sens; pour le tadorne, cela en a.
Yann, lisez Mouvement ou les Cahiers du Cinema si vous voulez des critiques avec une déontologie. Quoique...
commentaire n° : 4 posté par : françois le: 28/04/2008 11:42:00
j'ai vu "le sous sol" à Paris. votre article est complétement malhonnête. vous mettez tout le monde dans le même sac; la déontologie n'est pas le monopole des critiques; le tadorne pourrait au moins donner des "normes qualité" à son écriture! J'aimais bien vous lire...Là, vous dépassez les bornes
commentaire n° : 5 posté par : fouzia le: 28/04/2008 22:11:47
Vous vous dites non critique et vous vous permettez de dire que "ce spectacle n'est pas bon"... Il y a quelque chose qui cloche dans votre vilan "pays".
commentaire n° : 6 posté par : Pouergue le: 30/04/2008 18:44:34
Pouergue,
Que je sache, en France, les spectateurs ont encore le droit d'écrire qu'ils n'aiment pas une oeuvre! Quand j'évoquais la critique, j'évoquais le statut! Je ne suis pas critique professionnel mais spectateur critique.
Le Tadorne.
commentaire n° : 7 posté par : le tadorne le: 30/04/2008 21:33:36
Mais c'est ce que je vous reproche, relisez vous!
Vous ne dites pas "j'aime pas cette oeuvre" mais cette oeuvre n'est pas bonne... ce qui n'a rien à voir. 
commentaire n° : 8 posté par : pouergue le: 01/05/2008 22:07:52
Je n'ai pas aimé "Peeping Tom" et c'est écrit. Prenons cet extrait: "La danse se fait « boue » là où j'aurais aimé qu'elle soit langage... Je me surprends à regarder vers le haut du décor où un homme immobile s'appuie contre son arbre. J'étouffe d'ennui avec cette terre qui recycle du déjà vu (la folie chez Alain Platel dans « VSPRS », la vieillesse « rajeunie » chez Pina Bausch avec « Kontakthof »). Il n'y a rien de scandaleux dans cette proposition. Les « normes de qualité » sont respectées et « Le sous-sol » est un « projet » qui s'inscrit dans le désir « d'excellence » de l'UMP. Le public d'Aix en Provence ne s'y trompe pas en applaudissant chaleureusement la troupe"
Il se trouve que je n'aime pas cette oeuvre parce que cette oeuvre n'est pas bonne. Entre le "je" et "l'oeuvre", je m'autorise cette liaison (souvent dangereuse...oui, et alors?).
C'est un exercice difficile et j'assume face à ceux qui voudraient bien me mettre dans une case.
commentaire n° : 9 posté par : le tadorne (site web) le: 01/05/2008 22:22:01
d'accord avec vous : programmation du Pavillon Noir , culture UMP... (et sur Six Feet Under que j'adore! )
dommage que vous n'ayez pas vu Le Sacre au GTP lundi soir : Josette Baïz a su évoluer et le programme était riche : un hommage à forsythe par quatre jeunes filles affutées, un duo plein d'humour et enfin le Sacre revisité par des petits jeunes qui ne se la pètent pas, qui dansent avec une énergie épatante. Beaucoup d' enthousiasme dans ce bel écrin
( première programmation du GTP plutôt terne aussi... )
commentaire n° : 10 posté par : mandarine le: 02/05/2008 13:39:56

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