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Lundi 31 mars 2008

 

J'aurais tant aimé vous en dire du bien. J'aurais tant voulu quitter le Théâtre de Cavaillon, heureux, ému d'avoir retrouvé sur scène mes racines ouvrières, mon héritage familial et syndical. J'aurais pu vous écrire un joli petit papier sur « les vivants et les morts » de Julien Bouffier d'après le roman de Gérard Mordillat. J'aurais pu...
Quatre heures, deux actes, dix comédiens (dont une journaliste vidéaste) et trois musiciens d'un groupe rock. Au final, je n'ai suivi qu'un acte, fatigué de ne voir que quelques acteurs, aux silhouettes projetées sur un écran en plexiglas, grâce à l'ingéniosité d'un dispositif vidéo qui diffuse différentes images superposées. La scène se limite aux quatre murs d'une usine de plastique vouée à la fermeture, transformable en appartement d'un jeune couple d'ouvriers, lui-même en crise économique et sentimentale. On passe de la cuisine à l'usine, du bureau du DRH au lit conjugal.

« Les vivants et les morts » raconte la bataille du pot de terre (les ouvriers) contre le pot de fer (le groupe allemand). Tous les ingrédients d'une (longue) saga populaire sont réunis: histoires intimes et lutte collective, combats entre les bons et les méchants, tractations entre traîtres et fidèles, fusions entre amis - amants, empoignades entre amis-ennemis. J'assiste quelque peu surpris au tournage d'une série télévisée d'access prime time ! Le plastique est partout : dans l'histoire, entre les artistes et le public. La mise en scène est lourde, dépendante de l'outil vidéo qui se doit de produire ses effets. Les acteurs jouent pour la caméra et non pour le théâtre. Les retombées sont dévastatrices : l'histoire prend le pas, tout devient linéaire et l'on passe de case en case ; il ne manque plus que les coupures publicitaires. Les comédiens ne sont jamais convaincants, échappés d'un plateau de télévision. Le rideau de plexiglas masque la pauvreté de l'adaptation et de la mise en scène. Seule la vidéo sauve cette entreprise théâtrale malheureuse. Le vernis de la modernité ne peut cacher la vieillesse des jeux d'acteurs et la chorégraphie (genre « comédie musicale ») d'Hélène Cathala. Pourquoi de tels choix ? Pourquoi renforcer l'aspect guimauve d'un récit qui aurait mérité plus de mordant et de vraies prises de risque dans la mise en scène ?
En adoptant les techniques de la télévision, Julien Bouffier est en phase avec son époque. Il ne lui reste plus qu'à poursuivre son adaptation pour les "Zeniths" et autres « Palais des Congrès ».
Le théâtre ne peut plus rien pour lui.


Pascal Bély
www.festivalier.net

♥♥♥♥♥♥ « Les vivants et les morts» par Julien Bouffier Philippe Jamet a été joué le 29 mars au Théâtre de Cavaillon.

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commentaires (3)    ajouter un commentaire
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Commentaires

Mais euuuuh! Il vaut mieux ne pas tomber sous la férule de ta plume... Blague à part, moi aussi, j'ai assisté à des pièces mal jouées, lourdes, clinquantes. Le pire, c'est quand c'est le fils de ta copine qui tient la vedette et que la maman rit à chaque bon mot d'un acteur. Toi, tu donnes l'air d'un bonnet de nuit parce que rien ne t'inspire. Pourtant, j'ai la réputation, autour de moi, d'être bon public. Mais hélas, je suis incapable d'apprécier quelque chose qui (à mon sens) ne le mérite pas. Cordialement.
commentaire n° : 1 posté par : lorange-violette (site web) le: 02/04/2008 20:04:15
C'est vrai que Mr Bély a la plume tranchante, probablement à juste titre dans pas mal de cas. Mais en l'occurrence, se permettre de juger de façon aussi assassine et définitive un spectacle dont on n'a vu que la moitié me semble peu déontologique. J'ai vu ce spectacle dans son intégralité, et la 2ème partie dénonce justement ce qu'il critique là (plus de rideau plastique, moins d'artifices...). Mais bon, si l'on considère qu'utiliser les technologies et les référence télévisuelles est une insulte au théaâââtre, on est évidemment mal barré avec ce spectacle...Et en plus il va y avoir une saison 2 !!
commentaire n° : 2 posté par : Benoit Charmy le: 05/07/2008 13:32:49
Monsieur,
Je vous invite à parcourir mon blog et vous constaterez que je promeut l'utilisation des nouvelles technologies lorsqu'elle soutiennent un propos. Il faudrait quand même éviter de me faire passer pour un vieux con!
Vous posez par contre une question toute à fait intéressante: puis-je critiquer un spectacle que je n'ai pas vu dans sa totalité? Sur 150 spectacles annuels, seuls 2 ou 3 font les frais de ma fatigue. Ce soir là, j'ai cru bon partir car je ne voyais pas comment Julien Bouffier pouvait radicalement changer de mise en scène. Il ne suffit pas d'enlever un rideau pour changer le jeu. Il se trouve que plusieurs spectateurs m'ont ensuite faitt part oralement de leur désarroi lors de la 2ème partie.
Mon départ ayant du sens, j'ai estimé que je pouvais écrire sur les deux heures vues. Julien Bouffier m'avait épuisé et ma liberté de ton m'autorisais à donner les raisons d'une telle rupture.
cordialement
Pascal Bély
commentaire n° : 3 posté par : Le Tadorne (site web) le: 07/07/2008 20:43:51

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