In et Off

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 En juillet, Le Tadorne sera au "In" d'Avignon. En "off", communiquez vos coups de coeur à l'adresse suivante:
 pascal.bely@free.fr
Dimanche 30 mars 2008

 


Peut-on confier le corps à n'importe qui, pour n'importe quoi ? « Elephant people » de Renaud Cojo est une oeuvre encore inclasssable. La liste des co-producteurs qui défilent sur l'écran est impressionnante (collectivités territoriales, scènes nationales, ministère, théâtre national, Adami, ...):

Comment expliquer cette union « sacrée » pour une œuvre aussi tragique sur la perte du sens ? Est-ce cela que l'on nous promet pour « démocratiser » le spectacle vivant ?  Et que penser de cette formule publicitaire idiote trouvée dans le programme du Théâtre du Merlan pour présenter le spectacle de ce soir :"...Allons à la rencontre du monstre, celui qui est en chacun de nous ! " Mais pour quoi nous parle -t-on comme cela?
À défaut de diffuser le travail des chorégraphes (ils ne sont sûrement pas assez marketing), il est plus rentable de promouvoir la « pluridisciplinarité », mélange d'un groupe rock (avec tubes à la clef pour vendre la bande-son à la sortie), de vidéo , de théâtre (avec texte poétique pour rassurer l'intello de « Télérama » et des « Inrocks »), d'une « star » déchue de la télé-réalité pour faire tendance  (ici, Vincent Mc Doom, ex « célébrité » de TF1).
Par paresse (sûrement calculée), Renaud Cojo plaque au monde contemporain (la télévision) un thème porteur, « les monstres », qui soulevaient les foules dans les foires d'antan. Dans le rôle de l'animateur « monstrueux », un clone de Jean-Luc Delarue fait défiler les « monstres » d'aujourd'hui si « chers » à son émission. Quelle trouvaille ! Le tout joué et filmé façon talk-show avec vue sur les coulisses. On agite le plateau comme une bouteille d'Orangina afin de créer du désordre, un zapping dilueur de sens où les comédiens ne sont que des pantins téléguidés. À ce rythme, nous n'avons plus qu'à nous laisser porter dans cette parodie où tout est si facile à décrypter (plus c'est gros, plus ça passe !). Le plateau, sans cesse manipulé, rarement transcendé, est ramené à la portion congrue, envahi par l'orchestre et les machines, ce qui a pour effet de réduire l'effort d'une mise en scène.
Renaud Cojo s'évite tout propos politique, préférant le limiter au lien « coupable »  que nous aurions à ces monstres exhibés en longueur de journée dans les émissions de télévision. C'est de la sociologie sur scène, là où on aimerait y voir de l'art.
Cette production permet de multiplier les financements, de rassurer les mécènes sur ses aspects métaphoriques et divertissants. Elle est donc pour l'instant en phase avec son époque : tout dans l'apparence, si peu dans la construction d'une pensée.
« Elephant people » est un spectacle « monstrueux » : que l'on ose appeler cela « théâtre » est une insulte à l'intelligence du spectateur.
Je mets le cap sur le KunstenFestivalDesArts de Bruxelles en mai. Pour oublier tout cela. Et ranger définitivement « Elephant people » dans des bocaux de formol des laboratoires des programmateurs français qui courent après la modernité sans jamais la précéder.


Pascal Bély
www.festivalier.net


♥♥♥♥♥♥ « Elephant people» de Renaud Cojo a été joué le 28 mars 2008 au Théâtre du Merlan de Marseille. Préférons le KunstenFestivalDesArts à Bruxelles du 9 au 31 mai 2007.


Revenir au sommaire Une vidéo du spectacle: ici
Consulter la rubrique Spectacles pluridisciplinaires.

 

commentaires (20)    ajouter un commentaire
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Commentaires

A 100% d'accord avec votre critique. On se fout de notre gueule...désolé de l'écrire comme çà mais là, je ne trouve plus les mots.
Bernard
marseille
commentaire n° : 1 posté par : berny le: 01/04/2008 14:30:18
Salut,
Spectacle nullissime. je partage votre critique. Voius n'insistez pas beaucoup sur le groupe rock qui est bien le seul a avoir du talent!!
 Pourquoi le Merlan diffuse-t-il une pièce pareille?
commentaire n° : 2 posté par : sophie le: 05/04/2008 00:22:03
Je ne comprends pas toute cette haine!
Nous avons étés toutes les trois enchantées par ce que nous avons vu ce soir là au Merlan. Probablement un des spectacles les plus forts de l'année!!! Si votre idée du Bling Bling est celle de la vraie modernité alors restez sur votre point de vue.. Le public était enthousiaste et nous avons trouvé avec Elephant People les signes forts d'un Vrai théâtre en marche.
commentaire n° : 3 posté par : myriam le: 05/04/2008 23:18:38
Myriam,
Le mot "haine" est un peu fort...Avis tranchés peut-être...
Je ne doute pas que ce théâtre-là puisse trouver un public pour qui la télévision occupe l'espace culturel. Je suis convaincu qu'il aura du succés et j'invite les programmateurs à signer les yeux fermés. Mais connaissant certains théâtres exigeants sur le sens, cet "elephant people" devra se contenter de certains zoos ou de contrées lointaines (rires!)
Vous pourriez nous expliquer ce que vous entendez par "vrai théâtre en marche".
commentaire n° : 4 posté par : le tadorne le: 05/04/2008 23:41:46
Du même avis que Myriam. Ayant lu la bonne critique de TELERAMA je me rendais au théâtre du Merlan dans les quartiers nord. Quelle ne fut pas ma joie de voir ce magnifique spectacle et sa troupe formidable. Le texte est fort et d'une intelligence rare comparé à nos dramaturges français. Une vraie découverte. La mise en scène est d'une rare force et exprime avec brio un propos essentiel sur notre rapport au monstrueux. Le groupe des musiciens est extraordinaire aussi.JE ne comprends pas votre méchante critique pleine de mépris.
commentaire n° : 5 posté par : balanchon le: 06/04/2008 14:24:05
Voilà donc la critique de Télérama, pas si enthousiaste que ça et quelque peu "gênée":

Il y a des pièces qui vous laissent songeurs, voire perplexes, longtemps après le délai naturel de digestion. Des pièces mille-­­feuilles, comme Elephant People, que son concepteur, Renaud Cojo, qualifie d'« opéra pop ». Pop pour The Married Monk, groupe d'habitude visible sur les scènes musicales, judicieusement présent sur le plateau. Opéra parce que le « livret », d'un genre très lyrique, interprété par comédiens et musiciens, est signé Daniel Keene, auteur australien dont la plume trempe dans le théâtre comme dans la poésie.
Cet Elephant People, on peut l'avaler, à la louche, comme une satire de ces freak shows des temps modernes, pudiquement rebaptisés talk-shows, qui se repaissent de monstruosités humaines. Le parallèle est imparable, la mise en scène, irréprochable. La scène est transformée en plateau télé. Devant les caméras, un certain Merrick (Delarue n'est pas loin) fait défiler une galerie de « prodiges » exhumée du passé des baraques foraines : un « homme au frère parasitaire » (un petit corps foetal lui sort de l'estomac), deux siamois, une femme à barbe et un homme-chien, et Vincent Mc Doom dans son propre rôle. Jingles, boniments, séquences « documentaires » et interviews racoleuses, « tout est là, nous dit le Monsieur Loyal, offert à votre examen minutieux ». Tout est là, et même plus qu'il n'en faut. En arrière-goût, ce millénaire appétit humain pour la mise en scène de ces « monstres » aux frontières de la norme. On l'aurait bien goûté moins métaphorique, à la petite cuillère.

Cathy Blisson

Telerama n° 3034 - 08 mars 2008


Pris séparement, il y a tous les ingrédients d'une pièce intéressante:
- poésie du texte? Certes...mais aussi mal jouée, c'est presque une prouesse!
- qualité musicale? Certes...mais désolé, un groupe rock, aussi bon soit-il, ne suffit pas à donner de la contenance à un plateau. Dis autrement, où est la mise en scène?
- Le propos? Les monstres? Ouais...bof...Tout cela n'est pas nouveau. La télé d'aujourd'hui, c'est la foire d'antan! Par contre, Renaud Cojo aurait pu décrire la monstruisité d'un système plus élargit que celui de la télévision!

En tout cas, j'aimerais beaucoup que mes commentateurs expliquent un peu mieux certaines de leurs appreciations. "magnifique", "formidable"...un peu vague! Mais encore??
A moins que, de façon soudaine, les fans de monsieur Cojo se soient enfin donnés le mot pour commenter cette monstruosité théâtrale!
Je sais, j'ai mauvais esprit. Mais je n'ai pas oublié que j'étais aussi un monstre à la fin d'Elephant People!
commentaire n° : 6 posté par : le tadorne (site web) le: 06/04/2008 16:35:34
Désolée mais je ne vois rien d’autre que de la haine qui se transforme dans votre réponse en jugement cynique. Nous avons assisté avec une cinquantaine de personnes le jeudi à la discussion d’après-spectacle et Monsieur Cojo s’est parfaitement expliqué sur ses choix. Vous êtes bien un des seuls (mais étiez vous à la discussion ?) à avoir vu une apologie de la télévision. Serait-ce la présence de Monsieur Mc Doom qui vous a gêné ? Le metteur en scène a pourtant insisté sur « le déplacement de la norme » dont la télévision aussi se rendait complice aujourd’hui. Pourquoi le sujet même de la télévision pose t’elle problème dans votre jugement ??? Le théâtre doit-il faire abstraction du réel pour exister ? Cette présence ne fait que donner au propos toute la valeur du trouble. Le texte de Keene est lumineux en tous points notamment sur la scène de fin où apparaît la monstruosité du présentateur face au jeu remarquable des acteurs qui jouent les monstres… Il y a dans ce théâtre en marche l’apparition d’un fait nouveau : la présentation du réel dont la représentation seule ne suffit plus à revendiquer l’idée seule de théâtre. A lire vos dernières critiques assassines (Mr Bouffier dont je n’ai pas vu le spectacle) on a l’impression que vous accordez au geste artistique sa seule valeur patrimoniale, poussiéreuse et élitiste. De plus l’apparition du rock n’est pas quelque chose « tendance », souvenez vous de certains spectacles nord américains des années soixante et dix.
Et si comme vous dites « vous avez été un monstre » à la fin de ce spectacle c’est que la force du propos a donc été entendue.
Votre « insulte à l’intelligence du spectateur » est en elle même une insulte à ce spectacle et donc à la spectatrice que je suis. Oui votre propos est bel et bien haineux.
commentaire n° : 7 posté par : myriam le: 06/04/2008 18:21:16
Myriam,
Je n'assiste jamais aux explications d'après spectacles (ou très rarement); l'oeuvre suffit en elle-même. Je préfère de loin écrire plutôt que cet exercice qui se transforme très souvent en justifications de ce que le spectateur aurait du voir.
Je n'ai jamais écrit que renaud Cojo faisait l'apologie de la télévision; j'ai juste voulu démontrer qu'il me paraissait extrement paresseux de faire un copier-coller (télé vers une scène de théâtre), quand bien même ce serait pour dénoncer les dérives de ce média. L'art est quand même là pour transcender le réel. A moins que l'on ne se dirige tout droit vers le "théâtre réalité"! D'autre part, la télévision est votre réalité! Elle ne l'est pas pour pas mal d'individus dans ce pays! Quand à Vincent Mc Doom...les bras m'en tombent de le voir aussi mal jouer sur une scène de théâtre. Ce choix repose essentiellement sur un désir de Renaud Cojo de faire une audience. A un certain niveau, il s'en sert pour promouvoir sa pièce. Il utilise donc les mêmes outils "monstrueux" que la télévision.
Vous faites un rapprochement pour le moins douteux avec la pièce de Mr Bouffier. Je vous invite à parcourir mon blog et vous constaterez que j'ai souvent défendu des formes artistiques pour le moins atypiques (rendez-vous dans la rubrique pluridisciplinarité ou danse). Ma ligne est toujours la même: le sens, le sens et rien que le sens.
D'ailleurs, je vous invite à vous rendre au Festival d'Avignon cet été. "2008 Vallée" avec Philippe Katerine et Mathilde Monnier devrait vous ravir. "Elephant People" vous paraîtra bien fade...Le rock sur scène prend une toute autre dimension.
Et puis, arrêter de parler de haine! C'est un échange de points de vue, rien de plus! Mais pourquoi aurais-je de la haine?!! Laissez de côté ces arguments qui ne mènent à rien si ce n'est à réduire le débat.
Bien à vous.
commentaire n° : 8 posté par : le tadorne (site web) le: 06/04/2008 18:41:46
Philippe Katerine, mais j'ai déjà vu 2008 Vallée... Du play-back esbrouffe et pour le coup super bling-bling... Un coup marketing de Mathilde Monnier avec la Superstar Katerine.
Sur la présence de Mr Mac Doom je pense que vous n'avez rien compris car il ne s'agissait pas "de le faire" jouer ni d'axer une publicité. La question du trouble a du vous échapper... Votre propos me parait malhonnête et surtout déplacé vis à vis de ce que vous défendez avec le spectacle de monsieur Katerine (je vous emmerde) dans la cour d'honneur qui plus est.... Le bling sera sanctifié à Avignon cet été!
commentaire n° : 9 posté par : myriam le: 06/04/2008 18:51:11
Tout m'a échappé avec Vincent Mc Doom sur scène.

Pour rire un peu. Savez-vous d'où sont venus les nouveaux visiteurs du Tadorne cette semaine? De Google. La phrase tapée sur le moteur de recherche est... "bling bling cojot"
Alors là! Je n'en reviens pas!
Vais-je créer un buzz sur internet avec cette expression?
Monstrueux!
commentaire n° : 10 posté par : le tadorne (site web) le: 06/04/2008 20:51:59
c'est un papier qui sort un peu des tripes (je n'y vois pas de haine mais plutôt une colère) mais on ne sait rien en détail de ce que vous reprochez à cette pièce; la critique de télérama n'est pas plus précise.
commentaire n° : 11 posté par : valerie le: 09/04/2008 09:30:02
j'ai trouvé cette critique:
http://www.lestroiscoups.com/article-16322836.html
moins engagée que le Tadorne mais plus assassine!
moi je l'ai vu au merlan. J'ai toruvé cela mauvais pour toutes les raisons qui ont été données. C'est du théâtre en conserve.
commentaire n° : 12 posté par : philippe le: 09/04/2008 14:45:55
eh be !!!
Je salue la critique du Tadorne : quel ennui, mais quel ennuiiiiiii ce spectacle !!
Heureusement qu'il y avait le groupe de rock. A la sortie du spectacle, il me semblait que je n'étais pas la seule à penser  au "vide abyssal" auquel nous venions d'assister... et le journal "la Marseillaise" de le confirmer le lendemain (28/03/08):

"(...) bref, on reste en surface, sur des clichés, ça vise à côté, c'est prétentieux, visiblement coûteux, et surtout aussi malsain que ce que cela voudrait mettre en exergue"

ça laisse à réfléchir non ?
commentaire n° : 13 posté par : cerise le: 10/04/2008 18:41:39
Je viens de découvrir ce site en faisant des recherches sur le spectacle que j'ai vu la semaine dernière avec ma fille (qui m'a bien forcé la main pour l'accompagner).
Je suis dégoûté de ce soit disant "spectacle". C'est à ça que servent mes impôts ? C'est pas normal : qui contrôle ?  Je ne suis pas sûr de revenir dans ce théâtre. Ca me fait mal de payer pour voir ce genre de chose débile : qu'est ce que c'est censé nous raconter ?? Ca m'a laissé complèment froid.
J'ai lu tous les commentaires (mais je n'ai pas toutes vos références) et c'est à se demander si certains ne sont pas payés par ceux qui ont fait ce spectacle pour les écrire !
voilà ce que j'avais à dire.
merci

commentaire n° : 14 posté par : JeanPaul le: 10/04/2008 21:45:56
Jean-Paul,
Merci pour votre message. Je comprends votre colère mais je conteste vos arguments. Nos impôts doivent aussi permettre de financer ce type de création. L'argent public doit pouvoir favoriser la création dans notre pays et ce n'est pas sans risque. Renaud Cojo s'est planté mais ce n'est pas une raison pour fragiliser notre système de création, unique au monde. Concernant le Merlan, ils ont fait une erreur d'appréciation sur ce spectacle. Mais nous avons besoin de ce théatre, comme de tous les autres. Voulez-vous une culture qui se résumerait à "bienvenue chez les Ch'tis" et ses 17 millions de spectateurs?
Revenez au théâtre, avec votre fille. Il y a meme de bons petits plats au Merlan avant chaque spectacle!

commentaire n° : 15 posté par : le tadorne (site web) le: 11/04/2008 12:59:31
j'ai pêché sur le net une critique de la revue mouvement sur ce spectacle nullisime. si quelqu'un peut traduire ce que veux nous dire mme corbel, suis preneur. C'est avec ce type de papier que Cojo se fera mousser; autant dire que le tadorne et la marseillaise peuvent aller se coucher!

COMPTE RENDU
Les folies du regard
Elephant people, mise en scène Renaud Cojo, texte Daniel Keene
Renaud COJO

date de publication : 14/02/2008 // 12755 signes

La dernière création de Renaud Cojo, Elephant people, se présente comme un opéra contemporain sur le monstrueux. Poème surréaliste aussi, la pièce touche nos zones mentales les plus reculées, là où l’image se forme et déforme.

La monstruosité, pour le metteur en scène Renaud Cojo, est un objet inépuisable de théâtre. Sa dernière création Elephant people présentée au TNBA de Bordeaux puis à l’Hippodrome de Douai continue de tirer en ce sens le fil rouge qui relie depuis une quinzaine d’années ses mises en scène (1). Non pas qu’il ne jurerait que par l’acteur sensationnel qui serait entre le « monstre sacré » et la bête de scène, si difficile à dénicher comme à faire reconnaître. La participation de la célébrité télévisuelle et travesti Vincent Mc Doom (2), qui en a toutes les caractéristiques, pourrait pourtant constituer un indice... Cependant, Vincent Mc Doom n’a dans cette affaire d’autres intérêts que ceux du sens ; son engagement aux côtés d’acteurs, qu’on pourrait dire ordinaires du faible point de vue des médias, est le signe qu’Elephant people dénonce plutôt les mécanismes d’un formatage des regards dont lui, Vincent Mac Doom, a pu personnellement connaître les ravages. Mais pas seulement. Si Elephant people se construit comme la fiction du tournage d’un talk show intitulé « Elephant people », en référence à l’expression « les people », la dernière création de Renaud Cojo emmène vers des régions plus obscures, où les représentations se diluent dans les incertitudes de leurs bords et de leurs devenirs. Vincent Mac Doom y est à la fois lui-même dans le rôle que la société lui accorde et un acteur jouant Joséphine l’hermaphrodite. De même, la situation (celle du tournage) est toujours au bord de se confondre avec l’ici et maintenant de la scène (le théâtre) et la représentation, sur le point de se décomposer pour laisser place à un chaos.

Une pièce de théâtre
Sous cet aspect critique, Elephant people reste une pièce de théâtre, même si Renaud Cojo la présente comme un opéra contemporain. Même là, la frontière vacille, tant l’opéra contemporain prend des accents rocks. La composition musicale des Married Monk, groupe belge de rock électro et pop qui produit là son dernier album (http://www.myspace.com/themarriedmonk), tient plutôt de l’opéra rock populaire. En fait, on est plus exactement dans un théâtre qui joue au concert rock – le chanteur Christian Quermalet est en devant de scène, micro en main, et l’installation des Married Monk fait partie de la scénographie. Mais même la comparaison du concert, séduisante, ne tient pas devant les éléments théâtraux de la pièce. Il y a d’abord la fiction sur l’émission télévisée où le rôle du présentateur exige un travail d’acteur important. Ensuite, Elephant people ne déroge pas à ce critère sacré du théâtre, selon lequel il lui faut un texte, un corpus, pour exister.
Il y en a en effet un de taille, signé Daniel Keene, auteur répertorié parmi les auteurs dramatiques tout ce qu’il y a de plus classiques, même si l’aspect symbolique et mythologique de son écriture, certes souvent laissé dans l’ombre, en fait aussi un poète. Le fait même que Renaud Cojo s’adresse à Daniel Keene, dont il a déjà mis en scène La marche de l’architecte (2002, Avignon), est une affirmation du théâtre. Mais, comme dans bien des formes transdisciplinaires du théâtre d’aujourd’hui, le texte reste, malgré son importance et sa beauté, une force parmi d’autres, aux côtés du son, des lumières (Eric Blosse) et d’un travail complexe des vidéos (Benoît Arène, Renaud Cojo et Christophe Barbet, Thierry Lahontâa).

Du cri de l’organique
Elephant people propose un théâtre organique dont la forme, à haute technicité, métaphorise comme les automates et les machines du XVIIIe siècle, l’organicité du corps humain et plus largement, du vivant. Sous la peau, les rouages d’une vie autonome mais qui n’a pas de centre, donc d’identité fixe. Ce que l’observation apprend, c’est qu’un sujet d’aspect difforme et parfois infra-humain peut vivre ; le monde organique continue de s’assembler et de fonctionner malgré des dissemblances dans l’apparence humaine. Il y a une autonomie du vivant, une impuissance de la volonté humaine qui suggère une possession, une transe, un pathos de la vie. Le monde du corps échappe relativement, obscurément, et de cette faille entre la définition de soi et l’identité organique, qui se décline entre individu et famille, entre singulier et collectif, de cette déchirure jaillit l’angoisse de l’horreur et de la dégénérescence, de la mort, d’un excès qui nous emporte et nous rappelle notre appartenance à un cosmos démesuré, de la taille de l’univers. Les moyens sonores, lumineux et vidéos de mise en scène traduisent ce débord et ce vertige. Ils mettent en scène un lyrisme, un indicible dans la parole, du pathétique et de la douleur, du cri de l’homme prisonnier de l’infini. Car c’est de cela aussi qu’il est question, d’une pathologie de l’humain, au-delà même d’un enfermement claustrophobe dans des représentations qui sont nécessaires pour définir un espace habitable.
Parallèlement à la représentation, à Douai, était proposée la visite d’un faux cabinet des curiosités dit du capitaine Raffy. Il s’agissait d’une installation plastique de Bruno Coucoureux, Thierry et Bruno Lahontâa (fondation.raffy.free.fr). La magnifique fausse queue de sirène, personnage muet d’amour dans bien des légendes et doué de chant mortel, voisinait un boudoir imaginaire de la Callas.

Sous cet angle, Elephant people est plus qu’un barnum, une baraque de foire, ou un grand poème surréaliste kitsch ; il n’en a que les appâts séducteurs, piégeant notre goût éventuel pour le grotesque. Les prothèses de l’homme à tête de lion ou des frères siamois ne font illusion qu’un premier temps, et très vite nous font sentir que la première question qui nous vient, de savoir si c’est possible, cache une seconde question plus inquiète, de nous demander si nous ressemblons à cela. Sifan Shao qui joue le siamois est avant tout d’une grande beauté séductrice dans sa présence mystérieuse et comme inatteignable, et il peut faire l’effet d’une monstruosité. Si Renaud Cojo semble alors nous rassurer en dénonçant son théâtre comme un trucage (non, ça n’existe pas vraiment, les monstres), il rend perceptible la seconde question, sur l’identité, plus inquiétante et indicible, qui suggère que ce qui est désigné comme monstrueux est ce qui est unique, donc qui n’est pas représenté. La grosse ficelle de la critique de la télévision comme fabricant du faux sensationnel paraît alors trop évidente pour être le cœur du sujet. La présence de Vincent Mc Doom montrant au passage le ressort, que ce soit à la télévision ou ailleurs, des productions documentaires ou réalistes (un élément réel fait croire à la réalité de l’ensemble où il est produit), serait d’ailleurs contradictoire puisqu’il vit de la télévision et que dans la conversation, il dit volontiers lui devoir beaucoup, notamment d’avoir trouvé à être regardé comme un autre. Renaud Cojo n’a certainement pas pour seul objet cette critique consensuelle du mensonge de la télévision ou de toute prétention à représenter la réalité.

La mélancolie
Qu’est-ce qui fascine alors dans les monstruosités de la nature ? Qu’est-ce que cette curiosité-là ? Les monstruosités, autrefois considérées comme des prodiges et des signes divins, classées à partir du XIXè siècle comme des erreurs pathologiques dans une perspective eugénique plus ou moins assumée, ont depuis toujours excité la curiosité et même causé de sérieuses fortunes. Un premier film de Todd Browning, Freaks (1932), se passant dans un cirque, mêlait précisément histoire d’argent et d’amour chez des lilliputiens. Aujourd’hui, on retrouve cette fascination pour le monstrueux dans l’appétence publique pour les films d’horreur, les images d’actualité de mort en direct, dans la guerre, ou encore de façon inversée, dans ce qui sous-tend le clonage, par exemple. Ce que Renaud Cojo met plutôt en scène dans cette curiosité, c’est l’expression et la projection de terreurs inconscientes. L’exemple du jumeau soudé au corps d’un homme donne l’image, insoutenable, de ce qu’est un sujet mélancolique. Ce n’est pas pour rien qu’une vidéo donne la parole et l’image à ce frère perdu, éclairant comme de l’intérieur le corps de l’acteur. Ici, la vie fœtale hante et affecte le corps de l’ombre d’une vieille exuvie pourrissante. C’est l’image d’un deuil inaccompli, ce jumeau inabouti réclamant la mort, mais le sujet la lui refusant, car s’en séparer le ferait mourir. Soudé depuis sa naissance à sa vie utérine, l’individu ne peut pas faire le deuil de son origine organique, qui l’a fait entrer dans une série de métamorphoses l’emmenant de l’enfance à la vieillesse dans la mort. Cette interprétation d’une des images fortes d’Elephant people n’est qu’un exemple. Chacun des cas, de la femme à barbe à l’hermaphrodite et à l’homme à demi fauve parlent de cette première vie inconsciente précédant l’entrée dans le monde du langage.


Singulier et politique
Evidemment, le monstre n’est pas seulement la création imaginaire d’une fantasmagorie inconsciente. Il existe de réels êtres difformes et inclassables. Mais le succès, le drame des monstres et l’inflammation publique pour leur cause y renvoient directement, comme à des phobies enfouies. Le cas de l’hermaphrodite, joué par Vincent Mc Doom, est révélateur. La passion publique, dans presque toutes les cultures, contre l’homosexualité et les sexualités différentes, montre aussi comment l’identité se forme par exclusion des dissemblances et non pas connaissance de soi. La plupart des sociétés aujourd’hui ne demandent pas aux individus ce ils sont, mais de chercher l’intrus et de le désigner, et d’ainsi se définir. Le concept de normalité sert de référence à une définition phobique de l’identité. Sous des sociétés très normatives, tout un bouillon de culture de réelles monstruosités politiques ou sociales mijote, qui font droit à l’ostracisme, à la délation, à la mise au ban, à la vindicte et à la diffamation.
Elephant people est aussi une pièce sur l’identité, sur le singulier et le commun, avec une portée politique. Le titre, en référence au film de David Lynch Elephant man sorti en 1980, indique ce glissement de la curiosité pour le singulier à l’intérêt pour la pluralité. Un ensemble plural n’est pas composé d’éléments identiques ; aussi une communauté politique est d’abord un assemblage de singularités ou une assemblée qui a des procédures pour accueillir et reconnaître la différence. Selon la rhétorique manichéenne propre au cinéma américain, le personnage de Mérick, qui, dans le film de Lynch est celui de l’homme monstrueux mais enrichi d’une humanité supérieure, devient celui du présentateur télé monstrueux dans son exploitation commerçante de la différence. En brouillant les frontières entre l’ordinaire et l’extraordinaire, entre le normal et l’anormal, entre le repoussant et l’attirrant, Renaud Cojo éclaire l’objet monstrueux sous ses innombrables facettes pour faire réverbérer l’étrangeté de nos paysages ordinaires.

1. Entre autres exemples, il a déjà mis en scène Les Zootropistes (2005), Phaedra’s love (Sarah Kane, 2000), Pour Louis de Funès (Valère Novarina, 1999), Le voyage de Jean-Pierre Normal (1995), Les taxidermistes, écrit avec des handicapés mentaux (1992-1997), tous évocateurs d’un monde où le monstrueux entre en lice.

2. Vincent Mc Doom est une célébrité, dans la mode et la télévision. Lors de la présentation à l’Hippodrome de Douai, les adolescents présents dans la salle l’ont immédiatement reconnu, pour réclamer à la sortie une séance d’autographes. Vincent Mc Doom a écrit une autobiographie
L’homme que je suis (Michel Lafon, 2004). Il a créé une fondation Blue Angel, à Sainte Lucie, pour aider les enfants abusés.


Elephant people, du 23 au 26 janvier au TNBA-Théâtre National de Bordeaux, les 30 et 31 janvier à l’Hippodrome de Douai, le 7 février à l’Elmediator, Perpignan, les 27 et 28 mars au Théâtre du Merlan, Marseille, le 1er avril aux Sept Collines, à Tulle et le 4 avril au Centre Culturel de l'Agora, à Boulazac.

Mari-Mai CORBEL
commentaire n° : 16 posté par : monstre13 le: 12/04/2008 12:29:11

Me promenant sur « la toile » en quête d’informations sur ce spectacle que j’ai personnellement vu à Tulle chez moi en Corrèze je m’étonne en tombant sur votre site sur le conservatisme ambiant de Marseille où il semblerait que ce spectacle ait été déprécié… Que de mots violents contre cet objet théâtral qui fut pour moi et mon épouse un vrai bonheur de découverte… Nous voyons beaucoup de spectacles et sommes stupéfiés par ces réactions à la chaîne. « Eléphant People » nous a apporté une réflexion tout en sensibilité sur la monstruosité ambiante à travers les monstres de foire et surtout le commerce qui en était fait. Les Marseillais sont ils capables de décoller le nez de leur téléviseur en restant sur le premier degré de la proposition du metteur en scène… A moins que les « sudistes » n’aiment pas que le théâtre s’empare de ce média afin d’en livrer le cynisme à l’expertise de chacun… La grande intelligence de ce spectacle est de justement nous permettre d’être actifs et nous détourne de notre situation passive de téléspectateurs. Tout cela est fait avec une grande finesse et le trouble qu’il occasionne à la fin du spectacle est des plus émouvants…

Je suis ravi pour ma part qu’une infime partie de mes impôts puisse aller à la création et non pas seulement à L’Olympique de Marseille et toutes les magouilles qui vont avec…

La France peut-être fière de la richesse de ses talents et de ces jeunes artistes qui nous permettent, nous simples spectateurs de nous enrichir de la reconnaissance de notre propre monstruosité.

A Tulle chers gens de Marseille cet « Elephant People » a fait l’unanimité et vu le nombre de commentaires il aura marqué les esprits. Bravo à l’équipe de ELEPHANT PEOPLE !

commentaire n° : 17 posté par : phymenos le: 12/04/2008 15:34:53
Ah oui bien sur... s'en prendre également aux Ch'tis du Nord et de leur écrasante popularité, c'est faire de votre bonne ville de Marseille un ghetto quelque peu terne...
commentaire n° : 18 posté par : phymenos le: 12/04/2008 15:37:47
ATTENTION ATTENTION. J'ai publié ce matin un commentaire louant les bonnes qualités de ce spectacle. Il se trouve que mon article a bizzarement été effacé des commentaires...
Ce site est une FORMIDABLE ARNAQUE faite pour démonter certains spectacles... Je demande à ce que le webmaster rentre en contact avec moi sinon je publierai ma réponse sur nombre d'autres sites en racontant mon aventure sur ce pseudo site de critique de théâtre.. HONTE A VOUS!!!
commentaire n° : 19 posté par : phymenos le: 12/04/2008 18:21:22

ils deviennent dingues chez cojo pour laisser des commentaires aussi nuls    inquietant

commentaire n° : 20 posté par : marco le: 14/04/2008 10:15:18

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