Partager l'article ! Au Festival d'Avignon, la réévolution de Wajdi Mouawad.: Harwan se lève du lit, téléphone, se couche, puis écoute de la musique sur son ord ...
Harwan se lève du lit, téléphone, se couche, puis écoute de la musique sur son ordinateur. Nous sommes invités dans la chambre d'un
étudiant libanais au Canada, plus proche de la cellule que de la cabane. Il tente de finir sa thèse, mais il bute sur la conclusion. Prisonnier d'un savoir qui lui échappe, dépendant d'un
directeur qui avance la date de sa soutenance suite au décès d'un étudiant (l'échafaud approche), loyal à l'égard d'un père qui mise tant sur lui, obéissant aux caprices de Robert Lepage (auteur
de théâtre canadien, sujet de la thèse), le voilà pris dans un étau : réussir, mourir, changer.
L'acteur et metteur en scène Wajdi Mouawad joue «Seuls » pendant deux heures, en slip avec ses
petits bourrelets, et fait exploser son art dans un chaos indescriptible. Ce soir, au Festival d'Avignon, nous assistons à la métamorphose d'un étudiant immigré libanais, d'un metteur en scène
montréalais d'adoption, du théâtre français. Rien que ça.
Quoi de
plus banal que la vie d'un thésard ou du moins ce que nous en savons ? Mais derrière les apparences, il y a dans le lien entre l'étudiant et la thèse (objet perdu de l'enfance?) un
enchevêtrement de signifiants que Wajdi Mouawad restitue avec intelligence et beauté. La tension lors de la première heure est tangible entre Harwan prisonnier de ses loyautés et la vidéo qui le
projette contre le mur (au sens propre comme au figuré). Plus souvent allongé que debout, la dynamite du changement se prépare et le public semble plus en arrière de la scène (tel un
psychanalyste) que face. Effervescence d'autant plus palpable que la technologie rationaliste montre ses défaillances à l'image de ce téléphone, à terre, omniprésent, tel un cordon ombilical dont
on perd le fil à force de s'y enrouler.
J'en ai vu des spectacles mais je crois que rien ne m'a été donné de plus fort. Et dire que Mouawad sera l'artiste associé de l'an prochain, ça promet !
D'ailleurs, c'est le moment pour un premier bilan et dire que la reconduction d'Hortense et Vincent au regard de la programmation 2008 est vraiment justifiée !
En dépit de spectacles plus légers Airports Kids, carrément raté le Nordey, un peu vide Castelluci surtout pour l'Enfer, ou très beaux mais un peu long Atropa, ou inabouti Le partage de midi, l'ensemble demeure cohérent, fort avec des moments inoubliables, des envolées qui marqueront à jamais ma mémoire de spectateur.
On dirait bien que la polémique de 2005 s'est envolée. Même Jan Fabre fait l'unanimité. Il ya bien quelques grincheux mais c'est surtout pour l'organisation des navettes ou l'attente dans l'entrée des salles.
Dans mon tiercé de tête tout en haut , il y a Seuls puis les deux Shakespeare ( Ostermeier, Ivo Van Hove) et le Ordet, j'attends Ricercar et je ne dois pas oublier l'exposition des Frères Quay ou les Sujets à Vif dont Poitrenaud est une belle illustration.
Oui vraiment Avignon est un festival de théâtre emballant !
Seule réserve la presse 2008 comme Le Journal Le Monde avec qui je n'aurai quasiment jamais été d'accord, reste Jean Pierre Léonardini mais lui c'est un critique "hors catégorie" !
Voilà pour ce premier résumé matinal un peu foutraque.
Cette saison théâtrale m'aura permis d'être bouleversé à deux reprises : la première avec Pippo Delbono et la seconde avec "Seuls" de Wadji Mouawad. Comment ne pas trouver résonance à ce magnifique travail sur le cadre identitaire que chacun a de soi, a de l'autre, dans notre monde actuel. A l'heure où les reconduites à la frontière se succèdent, où les bateaux de réfugiés échouent sur les côtes de Gibraltar, Wadji Mouawad secoue la notion d'"identité" pour nous démontrer à quel point l'être humain est seul dans son rapport intrinsèque, tout en ouvrant une porte lumineuse à cette quête identitaire.
Merveilleux.