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Mardi 11 mars 2008

Il est impossible de parler de la danse.
Ce n’est pas une raison pour en parler n’importe comment.
Ce n’est pas une raison pour en parler en employant des mots pré-pensés, qui se reproduisent  ad nauseam de textes en textes, tels des pièges à connivence, des points de repères trop rassurants, vidés depuis longtemps de toute substance.
Ecrivons autrement.
Pensons autrement.
Pensons.
Je propose donc à mes camarades blogueurs d’adhérer à la chartre suivante, et de proscrire désormais de nos textes autour du spectacle vivant les 7 termes suivants:

 

Questionner
N’écrivons plus : « en sortant de la scène, Eric Bernard-Jean questionne son rapport à l’espace fictionnel »
N’interrogeons que des êtres pourvus d’intelligence, donc susceptibles de nous répondre.
Laissons l’usage de ce terme aux professeurs et aux policiers.

 

Interroger
Même faute, Même punition

 

Champs
N’écrivons plus: « Pendant 5 heures, Eric Bernard-Jean entreprend l’épuisement des champs narratifs »
Laissons l’usage de ce terme aux agriculteurs. 

 

Mettre à nu
N’écrivons plus : « La danse met le danseur Eric Bernard-Jean à nu et révèle son être intime »
Rendons l’expression à Edgar Poe et Charles Baudelaire.

 

Produire
N’écrivons plus: « Eric Bernard-Jean parvient à produire du rire avec de la danse » ou «le corps n’est produit qu’en se produisant » 
Laissons l’usage de ces termes aux industriels. 

 

Convoquer
N’écrivons plus: «  Avec Eric Bernard-Jean, la danse convoque l’ensemble des arts de la scène »
Laissons l’usage de ces termes aux proviseurs et aux Assedics. 

 

Intime
N'écrivons plus: « La performance d’Eric Bernard-Jean  traverse la notion d’intimité et ses différents modes de représentation dans le monde contemporain. »
Laissons l’usage de ce terme aux gynécologues.

Tolérons ces termes uniquement quand employés dans leurs usages premiers.
On continuera, à regret, à user des mots « corps » et « texte », trop lus, mais difficilement substituables.
En veillant à ne pas en abuser.

 

J’engage tous mes amis spect-acteurs, et au-delà, à signer ce manifeste du 9 mars 2008.
Sont aussi les bienvenus dans cette démarche les journalistes professionnels, les artistes qui s’expriment quant à leurs travaux, les responsables de lieux, leurs porte-plumes et de manière générale tous les acteurs de ce milieu amenés à produire -pardon, à rédiger- des textes à propos du spectacle vivant.

 

Guy - Un Soir Ou Un Autre

Signataire: Pascal Bély, Le Tadorne, www.festivalier.net


 

commentaires (5)    ajouter un commentaire
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Commentaires

cela tomba bien puisque je n'ai jamais écrit ainsi ;-)
commentaire n° : 1 posté par : freesia (site web) le: 11/03/2008 12:08:36
Merci Pascal infiniment de ton soutien. 
Nous sommes déja au moins deux, c'est ainsi que commencent les révolutions. 
Prochaine étape, suggérer à JD un équivalent (élégant) pour mettre à nu, car il a du mal à y renoncer.
commentaire n° : 2 posté par : Guy (site web) le: 11/03/2008 12:44:28
J'interdirais encore "baisse du pouvoir d'achat".
Exemple : "le corps [ah non pardon :] l'être matériel d'Eric Bernard-Jean exprime avec force la baisse de notre pouvoir d'achat." Laissons l'usage de ce terme aux journalistes d'opérette.
commentaire n° : 3 posté par : JD (site web) le: 11/03/2008 13:32:20
Quel plaisir de retrouver cet humour cynique .On peut toujours comparer l'art et ses commentaires à notre fonctionnement societal.Je jubile.Nous sommes pétris par nos histoires propres,par nos institutions.Grâce à votre regard incisif nous sommes plus attentfs,dans la réflexion, du "qu'est ce qui se joue..."Je respire en entrevoyant un milieu artistique encore riche en créativité et avec un public participatif.Il serait souhaitable que la société puisse évoluer ainsi...
J'adhère pleinement à votre charte!
commentaire n° : 4 posté par : lefrere le: 11/03/2008 19:17:04
Mesdames et Messieurs les blogueurs, en deuxième amendement à votre manisfeste du 9 mars 2008, je propose d'ajouter un terme redoutable qui fait de terribles ravages dans la critique du spectacle vivant : le mot "déjanté". Et je propose, si vous en êtes d'accord, de l'octroyer exclusivement à la corporation des constructeurs automobiles.
commentaire n° : 5 posté par : JD (site web) le: 12/03/2008 11:32:57

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