Samedi 13 octobre 2007 6 13 /10 /Oct /2007 09:18

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Deux festivals (Dansem, Actoral), une association (Marseille Objectif Danse), un lieu rassembleur (La Friche Belle de Mai), un public de fidèles, mais clairsemé: tels sont les acteurs de ce mois d’octobre marseillais. Pendant que les institutions locales ouvrent leur saison sans fracas (c’est le moins que l’on puisse dire), la Friche Belle de Mai tente de faire entendre une voix différente alors que tout semble consensuel et mou ailleurs. Premier arrêt sur un ovni salutaire.
Actoral, le festival international des arts et des écritures contemporaines acceuille le chorégraphe Yves-Noël Genod avec “Monsieur Villovitch”. Dans un des hangars de la friche, le décor est éclairé par la lumière du soleil. Elle traverse une longue bâche de plastique transparente: la scène se prolonge au-delà du plateau. Les six premières rangées du gradin sont réservées aux comédiens. Et comme si cela ne suffisait pas, l’extérieur de la salle fait office de caisse de résonance. Cet élargissement est à la mesure des intentions de cette œuvre inclassable: pousser les frontières tel un réflexe vital pour lutter contre l’enfermement d’une société repliée. Ce spectacle nous est directement adressé si bien que notre place assise n’est qu’une illusion: Genot sème le désordre sur scène et dans notre vision jusqu’à nous rendre acteur de ce qui se joue. Ce samedi après-midi, nous sommes au théâtre, à Marseille, ville rongée par le racisme…
yng1.jpg Il marche, avec sa valise et s’arrête pour se déshabiller et se transformer en femme blonde péruquée genre Marylin en cagole. Elle va arpenter la scène en chantant tel un haute-contre, des mélodies pop des vingt dernières années. Un vieil homme arrive, planche de surf à la main. Il tente quelques postures, mais derrière la bâche, une infirmière le ramène. Entre folie, travestissement et réalité, Genot crée un nouvel espace, aux contours incertains, mais propices pour nous immerger dans cette communauté humaine dont nous faisons partie. Un danseur quitte les gradins, monte sur scène et enlève-lui aussi ses vêtements. Nu, il se plaque au sol, puis contre la bâche. Le contre-jour sculpte son corps entre blancheur et noirceur. Sublime transformation où le corps restitue nos paradoxes. Un troisième homme avance, à la démarche lourde. Il se déshabille pour traîner avec lui une chaîne et une bassine. Métaphore de l’esclavage moderne, il urine et défèque: le corps déborde, comme un trop-plein. Remous dans les gradins, Genod vient de franchir la limite, hors de la bâche transparente, hors de tout. Au-delà du corps. L’homme vocifère ses insultes racistes, homophobes, machistes clamées dans le hall de la friche et qui finissent pas résonner au dehors. D’autres personnages élargissent le groupe, des extraits de chansons populaires envahissent peu à peu l’espace comme un juke-box en roue libre, mais chacun est seul, en perte de valeurs, replié dans son environnement qui le propulse vers le bas. La France est là: raciste, dépressive, rongée par la rhétorique médiatique (délicieux passage où la blonde présente la météo et interview ensuite Hubert Colas, metteur en scène marseillais). Une femme descend bien des gradins pour oser une belle figure chorégraphique, mais rien n’y fait: entre chien et loup, la lumière du jour s’affaiblit et la petite lampe posée sur la table illumine ces comédiens fabuleux, mais leur corps ne parlent plus, vidés de sens.
Monsieur Villovitch” est un beau cauchemar, un espace entièrement dédié au corps, entre quatre murs d’une ancienne usine. On ressent une sensation d’étouffement à l’heure où la France plonge dans le racisme institutionnalisé, où la danse s’efface progressivement des programmations des théâtres de Provence.
La décadence sarkosienne nous propulse dans le noir et Genod n’a qu’une toute petite lampe. Mais c’est celle d’un phare.


Pascal Bély
www.festivalier.net

Monsieur Villovitch de Yves-Noël Genod été joué le 6 octovre 2007 à La Friche Belle de Mai dans le cadre du Festival ActOral.


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Actoral sur le Tadorne:
A ACTORAL , les mots cognent.

Au Festival ActOral, “Mon képi blanc”, le beau monologue du pénis d'Hubert Colas.

Au Festival Actoral, Martine Pisani liquéfie les mots.


 

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Commentaires

MERCI !!! Très, très beau compte-rendu critique. Non, des dates ne sont pas programmées ailleurs (comment retrouver un espace tel que celui-ci que vous décrivez très bien ? Une adaptation est toujours possible - mais, je dois le dire pour moi sans trop d'illusions : ceci était mon dix-neuvième spectacle et, jusque là, aucun, presque, n'a jamais été repris - pourtant tous (non : dix-huit) au répertoire - et parmi ces dix-huit, une bonne douzaine de chef-d'œuvres, je le dis sans manières, comme je dis sans manières aussi que celui que vous avez vu est pour moi le plus beau et le plus violent, celui où il m'a été permis d'aller le plus loin (avec les comédiens) à cause de la splendeur de l'espace - que je ne retrouverai sans doute pas de sitôt (mon prochain spectacle - annoncé comme le dernier - est - à Paris - au festival 100 dessus dessous à la Villette en décembre dans une salle de MJC pourrie). Donnez moi votre e-mail, vous voulez bien ? Au plaisir Yves-Noël
Commentaire n°1 posté par Yves-Noël Genod le 13/10/2007 à 15h10
J'etais moi aussi à Marseille pour ce spectacle unique. Tellement précieux que je m'inquiète de voir cette culture là disparaître. Guaino et sa bande me font si peur...Merci au Tadorne d'avoir si justement décrit cette oeuvre et bravo à Genod!
Commentaire n°2 posté par remy le 15/10/2007 à 00h02
Comment expliques-tu ce contraste de critiques entre les deux spectacles d'Yves-Noël Genod ?
N'as-tu pas changé d'idée au sujet de "La descendance" ?
Commentaire n°3 posté par Octave le 16/10/2007 à 08h52
Il y a effectivement un contraste entre les deux critiques, c'est le moins que l'on puisse dire!
« La descendance » : Genod m'a fait mal ce jour-là. Je n’ai pas compris ses intentions. Rien n’est linéaire entre le spectateur et l’artiste : je n’ai pas aimé cette œuvre et comme je l’écris, je ne me suis pas senti « malin ». Mais il s’est passé quelque chose entre lui et moi pour que je puisse passer à l’acte (jeter l’assiette sur la scène).

Et puis est arrivé « Monsieur Villovitch ». Je suis venu à la Friche avec timidité, mais je voulais poursuivre « l’aventure » avec lui. Je sens que ces deux œuvres sont liées, mais je n’ai pas encore trouvé le lien. Alors, que faire ? Effacer ce que j’ai écrit en juillet dernier ? J’assume ce ressenti là, ce jour-là. Mais je reste convaincu qu’un spectacle qui provoque une telle incompréhension, de tels ressentis, travaille à l’intérieur. Qui a dit qu’une œuvre réussie est celle qui n’obtient que des applaudissements ?
Commentaire n°4 posté par le tadorne le 21/10/2007 à 17h11

Ecrire un commentaire - Par Tadorne - Publié dans : DANSE

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