Partager l'article ! Au Festival d’Avignon, la défiance envers Rodrigo Garcia.: Une tortue piégée, caméra vidéo sur le dos, essaye de s’échapper d’un enclos en ...
Une tortue piégée, caméra vidéo sur le dos, essaye de s’échapper d’un enclos en plexiglas. L’image projetée sur grand écran a la
qualité d’une émission de télé – réalité. Soudain, une jeune fille, à moitié nue, tête en bas, se cogne contre l’image pour tenter d’y entrer. Les premiers rires d’énervement montent du public
alors que je m’émeus de la solitude de cette femme. Deux hommes arrivent, et posent des poules sur scène et sur son corps. Déboussolées d’être là (comme nous), elles cherchent où aller. Ils
utilisent leurs ailes pour s’y cacher et faire l’autruche. La première denrée alimentaire, le lait, est répandu sur le plateau comme pour délimiter le territoire de la mondialisation. À trois, ils
replantent sur du terreau des légumes déjà coupés, métaphore de l’absurdité d’une planète qui épuise ses ressources. Je décide d’entrer dans cet univers foutraque, pour y rencontrer ces trois
comédiens aux gestes désarticulés, perdus dans ce nouveau monde. Bienvenue dans la deuxième création de Rodigo Garcia, « Approche de l’idée de méfiance » présentée au Cloître des
Célestins. Mais l’intimité a des limites. Très vite, le discours anti-européen refait surface, les accusations contre ses citoyens reviennent comme une rengaine (« nous sommes aisés ; comment
pourrions-nous aider les peuples dans le besoin ? »). Ses approches binaires de l’état du monde se répètent et je ressens le mépris de Garcia à l’égard des spectateurs « compromis ». Cette
façon verticale d’interpeller, culpabilisante, rend le public quasiment muet à la fin du spectacle. Pour ma part, je finis par n’éprouver qu’une distance polie et le dernier tableau où le trio
patine dans le miel (qui n’est pas sans rappeler « Quando l'uomo principale è una donna» de Jan Fabre
où danse dans de l’huile d’olive une femme nue) les conduit sur la pente glissante de l’imposture.
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