Vendredi 13 juillet 2007 5 13 /07 /Juil /2007 23:29

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23 heures, au Jardin de la rue de Mons. On croirait entendre le refrain d’une chanson de Barbara comme si le moment et le lieu étaient propices aux rencontres les plus improbables entre un artiste et un public. C’est ce lieu magique qu’a choisi Dieudonné Niangouna, auteur et metteur en scène congolais, pour ce monologue d’une heure, « Attitude Clando ». Assis entre des spectateurs belges et un artiste africain, je ressens avec bonheur mon statut de festivalier et de bloggeur comme si notre présence dans ce jardin était un acte d’amour, mais aussi de résistance face aux propos nauséabonds du pouvoir politique en place à l'égard des clandestins.
file-2508W.jpg Il arrive du fond du jardin et se place au centre d’un espace scénique composé de charbons ardents. Une petite lumière le surplombe et éclaire délicatement son visage. Il est le clandestin dont tous les médias parlent. Il est ce clandestin dont nous sommes le spectateur impuissant de son improbable histoire d’amour avec Cécile, la fille du médecin. Il est ce clandestin dont la trajectoire complexe résonne hors des murs de ce centre brûlant de rétention et qui s’arrête net, sans bouger, devant nous, pour clamer sa colère et sa force de vivre. Il est ce clandestin que nous refusons de voir, préférant le cacher alors qu’il sort de l’ombre.
file-4626W.jpg Tout nous sépare : il a chaud, nous avons froid ; nous voyons clair, la fumée envahit sa vision ; sa terre est rouge bouillante, mon sol est doux comme du sable ; il est noir, nous sommes majoritairement blancs.  Il est donc ici, celui que nous renvoyons par avion et qui n’a jamais l’opportunité de nous dire à quel point l’humiliation continu en ce lieu et là-bas, que l’amour rend fou là et ailleurs. Nous l’écoutons, car sa voix porte, son corps ne rompt pas, son regard voit loin et haut. Il est beau et son histoire, dans sa construction chaotique, ne sera jamais la nôtre : aucun d’entre nous ne sera clandestin au Congo, mais nous sommes lui et nous un bout du patrimoine de l’humanité. Alors que les lumières s’allument, deux spectateurs (plutôt âgés) lui jettent au visage les coussins posés sur les bancs. Dieudonné Niangouna semble désarçonné pendant que le public, stupéfait, applaudit de plus en plus fort. Comment ne pas voir derrière ce geste d’une violence inouïe, la résonance d’un texte qui bouleverse au-delà du raisonnable. Et si Dieudonné Niangouna avait fait du clandestin une figure de l’acteur à deux pas du Musée Jean Vilar ?
Minuit, au Jardin de la rue de Mons : magie des lieux…

Pascal Bély
www.festivalier.net


« Attitude Clando » de Dieudonné Niangouna a été joué le 11 juillet 2007 dans le cadre du Festival d'Avignon.

 

Le bilan du 61ème Festival d’Avignon, 1ère partie : Edgar Morin, l'artiste associé.

Le bilan du 61ème Festival d’Avignon, 2ème partie : le poids des mots.

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Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

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