Partager l'article ! Au bout de la nuit du Festival d'Avignon, le voyage clandestin de Dieudonné Niangouna.: 23 heures, au Jardin de la rue de Mons. On croirait ...
Il arrive du fond du jardin et se place au centre d’un espace scénique composé de charbons ardents. Une petite
lumière le surplombe et éclaire délicatement son visage. Il est le clandestin dont tous les médias parlent. Il est ce clandestin dont nous sommes le spectateur impuissant de son improbable
histoire d’amour avec Cécile, la fille du médecin. Il est ce clandestin dont la trajectoire complexe résonne hors des murs de ce centre brûlant de rétention et qui s’arrête net, sans bouger,
devant nous, pour clamer sa colère et sa force de vivre. Il est ce clandestin que nous refusons de voir, préférant le cacher alors qu’il sort de l’ombre.
Tout
nous sépare : il a chaud, nous avons froid ; nous voyons clair, la fumée envahit sa vision ; sa terre est rouge bouillante, mon sol est doux comme du sable ; il est noir, nous
sommes majoritairement blancs. Il est donc ici, celui que nous renvoyons par avion et qui n’a jamais l’opportunité de nous dire à quel point l’humiliation continu en ce lieu et là-bas, que
l’amour rend fou là et ailleurs. Nous l’écoutons, car sa voix porte, son corps ne rompt pas, son regard voit loin et haut. Il est beau et son histoire, dans sa construction chaotique, ne sera
jamais la nôtre : aucun d’entre nous ne sera clandestin au Congo, mais nous sommes lui et nous un bout du patrimoine de l’humanité. Alors que les lumières s’allument, deux spectateurs
(plutôt âgés) lui jettent au visage les coussins posés sur les bancs. Dieudonné Niangouna semble désarçonné pendant que le public, stupéfait, applaudit de plus en plus fort. Comment ne pas voir
derrière ce geste d’une violence inouïe, la résonance d’un texte qui bouleverse au-delà du raisonnable. Et si Dieudonné Niangouna avait fait du clandestin une figure de l’acteur à deux pas
du Musée Jean Vilar ?
♥♥♥♥♥♥ « Attitude Clando » de Dieudonné Niangouna a été joué le 11 juillet 2007 dans le cadre du
Festival d'Avignon.
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Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
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