Jeudi 12 juillet 2007 4 12 /07 /Juil /2007 09:53

Voir les 3 commentaires

C’est la jolie surprise du début du Festival ! À la Chapelle de Pénitents Blancs, Éléonore Weber, cinéaste, auteure et metteuse en scène, nous propose « Rendre une vie vivable n’a rien d’une question vaine ». Ils sont quatre, la trentaine, filmés par un vidéaste, invités à se mettre à nu, entre confidences intimistes et chroniques sociales. Je les imagine facilement se retrouver en fin de journée ou un samedi matin au café du coin dissertant sur leur questionnement du moment, centré sur le « moi je » à la recherche d’un « nous » porteur de sens.
file-9997W.jpg Ils sont perdus : cela se voit, se ressens. Ils cherchent leur identité (sexuelle, mais aussi politique) en phase avec une époque où l’incertitude construit le chemin (c’est peut-être pour cette raison qu’ils se révèlent profondément attachants). Ils sont drôles dans leurs recherches, touchants dans leur fragilité, beaux quand ils s’effleurent avec l’air de ne pas y toucher. Au delà des mots et des gestes, Éléonore Weber évoque cette génération sacrifiée sur l’autel de l’idéologie prônée par le Medef (l’amour selon Laurence Parisot est répété comme un slogan publicitaire) pour assurer la pérennité du capital des « baby-boomers ».
file-9977W.jpg Certes, ce n’est pas un cri de révolte, mais juste un regard posé avec délicatesse et fermeté sur des femmes et des hommes fermés dehors mais ouverts dedans (à moins que cela ne soit l’inverse). La vidéo apporte (enfin) une belle touche artistique : elle accentue leur fragilité, leurs corps presque lisses, leurs regards fuyant le groupe tout en s’appuyant sur un détail du corps de l’autre. Sur scène, ils cherchent la communication, tombent ou mettent le masque, jouent leurs désillusions et leur soif d’amour qui les maintient debout. On pourrait s’étonner de la vacuité de leur propos, mais je suis touché par cette mise en espace des sentiments individuels et collectifs. Éléonore Weber révèle ses comédiens (tous exceptionnels avec une mention toute particulière pour Joano Preiss, magnifique) par un jeu de déplacements subtils où le pas de l’un entraîne celui de l’autre, où s’habiller pour se déshabiller est un geste chorégraphique. La dernière scène où chacun tente de s’en sortir quand tout est en concurrence, est le point d’orgue de cette pièce étonnante telle une performance, fragile comme une danse.
On quitte ce quatuor avec regret (comment oublier Mathieu Montanier, grand corps presque malade), soulagé d’avoir fait une belle rencontre dans ce festival, curieux sur leur avenir, intéressé sur les prochaines propositions d’Éléonore Weber.
Ce n’est pas vain d’aimer les artistes.

Pascal Bély
www.festivalier.net


♥♥♥♥♥ « Rendre une vie vivable n’a rien d’une question vaine » d'Eléonore Weber a été joué le 9 juillet 2007 dans le cadre du Festival d'Avignon.

Le bilan du 61ème Festival d’Avignon, 1ère partie : Edgar Morin, l'artiste associé.

Le bilan du 61ème Festival d’Avignon, 2ème partie : le poids des mots.

Revenir au sommaire Consulter la rubrique théâtre



Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
Retour à l'accueil

Commentaires

J'ai assisté à la conférence sur l'avenir de la critique au Cloître Saint Louis en Avignon, dont vous etiez l'un des invités. J'ai été touché par votre sincérité, votre engagement. Avec le metteur en scène Arthur Nauziciel, vous avez ouvert là où pas mal de critiques professionnels fermaient (trop nostalgiques, regard vers le passé).
Bravo et ne lachez pas...
François
festivalier du Maine et Loire!
Commentaire n°1 posté par françois le 11/07/2007 à 19h05
Oui, beau spectacle.

Juste pour ajouter deux questionnements :

Ne va-t'on pas se lasser de l'utilisation de la video et du multimedia en général dans le spectacle vivant ?
Je pose là la question alors que sa présence était plutôt bien intégrée et discrète, gros plans de ces acteurs torses-nu se tenant, se touchant, en contact, portraits en direct donnant une image décalée (différente) du visage d'un acteur. Mais c'est aussi comme si, dans de nombreux cas, ça divertissait de ce qui est indispensable dans le spectacle vivant, c'est-à-dire la présence de l'acteur.

Et justement, j'ai trouvé là leur présence présente dès les premiers instants et tout au long du spectacle. Et je me demande pourquoi dans d'autres spectacles les acteurs n'arrivent pas à s'intégrer, à exister ?
-Talent, mot facile pour simplifier.
-Ou, comme je me le suis demandé au début de ce spectacle, le fait d'avoir leur spectacle proposé au Festival ne donnerait pas une certaine assurance.
-Ou une direction d'acteur efficace donnant à chacun son sens, sa raison d'exister.

Je suis toujours surpris par la vie créée autour d'un texte, de l'interprétation qui en est donnée, de ce qu'ajoute le metteur en scène, l'acteur, entre deux phrases, dans l'espace où les mots sont dits. Je parle des spectacles réussies parce que quand ça ne marche pas, les éléments sont différenciés (décor, déplacements, tons des voix, rythmes, etc...), deviennent visibles, ne s'imbriquent pas. L'acteur reste alors un récitant ne parvenant que difficilement à capter l'attention totale du public.

En repensant à "Rendre une vie vivable n’a rien d’une question vaine", ce sont aussi les rythmes qui font que l'attention est captive.
Commentaire n°2 posté par Octave le 14/07/2007 à 12h21
Sur la vidéo, force est de reconnaître qu'elle a beaucoup de mal à produire du sens. Avec Eleonore Weber, mission réussie: elle confère aux acteurs une profondeur extraordinnaire!
Commentaire n°3 posté par le tadorne le 15/07/2007 à 12h28

Ecrire un commentaire - Par Tadorne - Publié dans : THEATRE

Les vidéos

Vos prises de bec

Les syndications

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés