Partager l'article ! La marche funèbre de Faustin Linyekula au Festival d’Avignon.: Je suis impatient de cette rencontre avec Faustin Linyekula. Je ne suis pas le ...
Faustin est triste, tel son visage
blanc de clown sans nez rouge. Kabako, son ami, disparu pendant la dictature (l’ex-Zaïre), fut enterré avec des inconnus (« Mozart le fut aussi », lui rétorqua le metteur en
scène Peter Sellars). Quelques années plus tard, il retourne à Kizangani pour lui donner une digne sépulture . C’est à ce rituel auquel nous sommes conviés avec quatre danseurs, un comédien et un
contre-ténor. Telle une procession, les corps traduisent cette marche où, sortis de terre, alignés les uns à côté des autres, ils vont se métamorphoser pour se déployer le temps de réhabiliter
les morts, de permettre le devoir de mémoire. Il s’agit de penser le présent pour imaginer le futur. Les rituels du deuil saccadent la chorégraphie (des lettres cachées que l’on sort d’une
malle, la musique de Mozart pour transcender le réel), tandis que le comédien joue brusquement la comédie pour se plaindre du spectacle auprès du public (salutaire mise à distance). Un reportage
sur le rêve des Congolais, l’enregistrement audio d’un ami toujours emprisonné, la danse hip-hop de Dinozord s’ajoutent comme autant de pièces d’un puzzle que l’on peine à
rassembler.
Tel un patchwork vivant du souvenir, « Dinozord : the dialogue series III » crée un
lien trop distant avec le public. Il ne hiérarchise pas assez: Mozart est au même niveau qu'un reportage vidéo (où les paroles des habitants ont été entendues maintes fois ailleurs). Les
séquences se suivent comme des petits cailloux qui seraient semés sur le chemin du deuil et nous sommes derrière, en queue de cette procession. Je veux bien me laisser guider, car ces acteurs
sont beaux, que Faustin est profondément engagé (il est à la fois aux commandes de son ordinateur dans l’ombre et sur scène pour ne pas qu’il s’oublie) mais je me sens observateur d’une œuvre
politique alors que les occidentaux sont directement concernés par l'avenir de ce pays. Tout se bouscule comme si l’art ne pouvait nous aider : il est lui aussi pris en otage d’un dispositif
scénique trop sophistiqué pour exprimer une histoire à fleur de peau.
♥♥♥♥♥♥ « Dinozord : the dialogue series III » a été joué le 8 juillet 2007 dans le cadre du Festival d'Avignon.
Crédit photo:
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
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