Mercredi 11 juillet 2007 3 11 /07 /Juil /2007 06:19

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Je suis impatient de cette rencontre avec Faustin Linyekula. Je ne suis pas le seul, car comme me le fait remarquer ma voisine en attendant l’ouverture des portes, « l’Afrique, la danse, Mozart, un chanteur lyrique, la vidéo, cela donne envie ». Je suis plus mesuré, dans la mesure où l’addition des pratiques artistiques ne donne pas toujours une œuvre. Et puis, Christophe Fiat est passé par là…
Pour ma part, je pense à toute autre chose en arrivant au gymnase du lycée Mistral pour « Dinozord : the dialogue series III » de Faustin Linyekula.  Je revois Raimund Hoghe, chorégraphe allemand, lors de son passage à Montpellier Danse. Pendant plus de quatre-vingt-dix minutes, « Meinwärts » reliait l’histoire de l’Allemangne nazie aux morts du sida. Une recherche sur le deuil pour le deuil que Raimund Hoghe restitua avec distance et émotion. Le chorégraphe et auteur congolais Faustin Lynyekula n’est pas encore prêt, mais son travail de deuil est sur les traces de Raimund Hoghe. Pour l’instant, il crée dans un fouillis où tout est posé, où la danse côtoie le texte, la vidéo, Mozart et un chanteur lyrique haute-contre. Tout se vaut pour exprimer la douleur, la colère, l’inquiétude face à l’avenir de son pays. Mais le spectateur peut-il seulement tout recevoir, en vrac, sans un minimum d’articulations ?
Faustin est triste, tel son visage blanc de clown sans nez rouge. Kabako, son ami, disparu pendant la dictature (l’ex-Zaïre), fut enterré avec des inconnus (« Mozart le fut aussi », lui rétorqua le metteur en scène Peter Sellars). Quelques années plus tard, il retourne à Kizangani pour lui donner une digne sépulture . C’est à ce rituel auquel nous sommes conviés avec quatre danseurs, un comédien et un contre-ténor. Telle une procession, les corps traduisent cette marche où, sortis de terre, alignés les uns à côté des autres, ils vont se métamorphoser pour se déployer le temps de réhabiliter les morts, de permettre le devoir de mémoire. Il s’agit de penser le présent pour imaginer le futur. Les rituels  du deuil saccadent la chorégraphie (des lettres cachées que l’on sort d’une malle, la musique de Mozart pour transcender le réel), tandis que le comédien joue brusquement la comédie pour se plaindre du spectacle auprès du public (salutaire mise à distance). Un reportage sur le rêve des Congolais, l’enregistrement audio d’un ami toujours emprisonné, la danse hip-hop de Dinozord s’ajoutent comme autant de pièces d’un puzzle que l’on peine à rassembler.
Tel un patchwork vivant du souvenir, « Dinozord : the dialogue series III » crée un lien trop distant avec le public. Il ne hiérarchise pas assez: Mozart est au même niveau qu'un reportage vidéo (où les paroles des habitants ont été entendues maintes fois ailleurs). Les séquences se suivent comme des petits cailloux qui seraient semés sur le chemin du deuil et nous sommes derrière, en queue de cette procession. Je veux bien me laisser guider, car ces acteurs sont beaux, que Faustin est profondément engagé (il est à la fois aux commandes de son ordinateur dans l’ombre et sur scène pour ne pas qu’il s’oublie) mais je me sens observateur d’une œuvre politique alors que les occidentaux sont directement concernés par l'avenir de ce pays. Tout se bouscule comme si l’art ne pouvait nous aider : il est lui aussi pris en otage d’un dispositif scénique trop sophistiqué pour exprimer une histoire à fleur de peau.
Le théâtre aurait pu être une belle sépulture pour Kabako.

Pascal Bély.
www.festivalier.net


♥♥♥♥♥♥ « Dinozord : the dialogue series III » a été joué le 8 juillet 2007 dans le cadre du Festival d'Avignon.

Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

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Commentaires

Ce spectacle ne m'a pas convaincu. Même si le sujet est fort, le conflit en RD Congo est celui qui a fait le plus de victimes depuis la seconde guerre mondiale, on a l'impression d'un grand n'importe quoi dans ce spectacle. A force de vouloir utiliser la danse, le chant, la video on perd la force du propos, mais comme c'est tendance... D'autant plus que les danseurs ne sont pas du tout convaincant. Les passages videos sont plus interessants. Ils donnent un peu plus de relief aux histoires de Faustin. Le dispositif à l'entrée de la salle ne remplit pas son rôle de nous plonger dans l' histoire. L'entrée des spectateurs est ralentie...le spectacle débute avec 30 minutes de retard et tant pis pour ceux qui ont des spectacles plus tard. Mais le problème de cette pièce c'est qu'on s'ennuie des les 20 premieres minutes. Je comprends de moins en moins la programmation de ce festival. Ce spectacle n'apporte rien de neuf au niveau de la mise en scène pour celui qui va régulièrement au théâtre. Dans ce festival on a l'impression que plus on ne comprend rien, plus il faut applaudir. J'en ai marre de ce théâtre pretentieux et suffisant qui a force de se chercher, se perd dans des experiences arrides.
Commentaire n°1 posté par Stak le 12/07/2007 à 11h04
J'ai effectivement oublié d'évoquer le dispositif à l'entrée qui laisse  perplexe...
Stak, la mission du festival est aussi de nous faire découvrir de nouvelles formes de spectacle vivant. C'est à chaque fois un pari: ça passe ou ça casse. Mais attention au discours qui dénoncerait ces prises de risque. J'ai peur que l'UMP et Sarkosy ne satisfasse votre envie en nivelant tout par le bas ou en ne proposant que des oeuvres côtées à l'audimat.
Je préfère être en colère après un spectacle que de ne plus avoir l'occasion de l'être...
Commentaire n°2 posté par le tadorne le 12/07/2007 à 21h17
je reviens du second spectacle de Faustin(je n'ai pas vu "dinozord") et je suis restée très heureuse de voir qu'en Afrique la danse contemporaine a décidée de se faire sa place.C'est un art qui est très difficile et délicat et qui,forcément demande une grande ouverture d'esprit pour en saisir toute la portée.En sachant que la RDC est également plus que riche en histoire,et je suis loin d'en connaître toutes les subtilités,j'ai,durant ce spectacle ,ressenti toute l'Afrique et ses souffrances,ses turpitudes,ses incohérences,ses déchirements...En fait,toute l'humanité et sa complexité transparaît dans ce spectacle.
Il me semble que Faustin Linyekula a beaucoup de choses à dire,et qu'enfin un spectacle où l'on entend un tel cri a le mérite d'attirer toute notre attention.
La  République Démocratique du Congo est très riche,j'ai hâte d'en découvrir encore plus et je regrette de ne pas avoir vu ce premier spectacle!
Commentaire n°3 posté par al le 23/07/2007 à 17h17
Je suis beaucoup plus réservé sur la portée artistique du "Festival des Mensonges". Faustin n'a pas saisi la caisse de résonance que pouvait être le festival. Même si le propos est généreux, cela ne suffit pas à faire une belle oeuvre. J'espère que nous le reverrons un jour avec un concept artistique plus abouti.
merci pour votre visite.
Commentaire n°4 posté par le tadorne le 24/07/2007 à 20h20

Ecrire un commentaire - Par Tadorne - Publié dans : PLURIDISCIPLINARITE

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