Samedi 7 juillet 2007
6
07
/07
/Juil
/2007
11:45
5
Premier spectacle, première canicule,
premier bide du Festival d'Avignon. L’équation est imparable. Et pourtant, « Tendre jeudi » d’après le roman de John Steinbeck et interprété par le sympathique
« Sentimental Bourreau » de Mathieu Bauer a de quoi séduire. La scène est à l’articulation d’un concert rock, d’une projection cinématographique et du théâtre de rue :
tout est en place pour positionner le spectateur au cœur d’un enchevêtrement. Au final, il reste collé au ras du sol.
Nous sommes en Amérique, après la
seconde guerre mondiale, dans une petite rue d’un port de pêche, « la rue de la sardine ». C’est une communauté qui vit à la marge où solidarité, combines en tout genre,
prostitution et recherche scientifique se côtoient pour former une belle fresque humaine. Doc, le personnage principal, est en proie au démon de la solitude affective que ses travaux sur les
poulpes, serpents et autre animaux gluants ne peuvent combler. La rue se mobilise pour que Suzy, jolie fille fraîchement débarquée et prostituée débutante, succombe au charme de ce scientifique
hors norme pendant que le groupe lance une tombola douteuse pour lui offrir un nouveau microscope. Pour nous restituer l’atmosphère de cette Amérique, Mathieu Bauer ponctue l’histoire de morceaux
musicaux bien choisis, mais peine à trouver les articulations qui permettraient à « Tendre jeudi » d’être une pièce décalée et innovante. Je me surprends à attendre patiemment
qu’il se passe quelque chose.
La mise en scène est lourde : elle ne
parvient pas à reconstituer le groupe, ni la complexité des individus. Elle flotte, tâtonne, balade le spectateur d’un bout à l’autre de la scène à la recherche du sens. Tout est joué au premier
degré (la rencontre amoureuse) et l’atmosphère devient pesante, niaise et nous fait oublier le contexte social et politique de l’époque. C’est lisse, aseptisé à l’image du jeu des comédiens qui
endosse difficilement leur rôle d’acteur – chanteur. Il faut attendre la dernière partie où Mathieu Bauer transcende le roman de Steinbeck pour en faire une œuvre théâtrale. Ironie du sort,
c’est le cinéma qui l’aide à donner du relief à ses personnages où, projeté sur l’écran, chacun expose sa stratégie pour rapprocher les deux tourtereaux. C’est le comique de situation (où deux
comparses se lavent à la bière dans une minuscule cuvette) qui procure la mesure du potentiel de Mathieu Bauer à faire du théâtre, appuyé par des dialogues qui font
mouche.
On est finalement troublé d’être gagné par l’ennui alors que tout est en place pour relier deux époques : celle de Steinbeck, celle d’aujourd’hui,
paupérisée par la politique de Bush.
"Tendre jeudi" est une pièce sentimentale et pas tout à fait bourreau…
Pascal Bély
www.festivalier.net
♥♥♥♥♥♥ «Tendre jeudi» par Mathieu Bauer / Sentimental Bourreau a été joué lle 7 juillet
2007 dans le cadre du Festival d'Avignon.
Crédit photo:
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
Vos prises de bec