Partager l'article ! Les Hivernales d'Avignon, vivement le printemps.: Le thème du Festival (« Et vous trouvez ça drôle ?») était d’actualité. Il était i ...
Le thème du Festival (« Et vous trouvez ça drôle ?») était d’actualité. Il était important, me semblait-il, de réfléchir à
cette société qui fait du divertissement dans les médias aux heures de grande écoute, l’unique lieu de réflexion (sic) . J’avais envie de m’amuser intelligemment. Au final, le projet artistique
des Hivernales s’est révélé confus comme si le Festival avait décidé de ne pas "se prendre la tête".
Le rire comme dépassement.
Trois œuvres ont réussi à positionner le spectateur autrement qu’en rigolard franchouillard et passif.
En premier lieu, Maguy Marin avec « Ha ! Ha ! ». Programmée à Cavaillon, en milieu
de semaine, elle aurait dû avoir une place centrale pour inviter le public à réfléchir sur la fonction du rire dans notre pays (et donc dans le festival). Au lieu de cela, nombreux furent les
non-abonnés du Théâtre de Cavaillon a ne pas avoir eu de billet. « Ha ! Ha ! » avait la force de concilier la danse et le rire dans une réflexion plus globale sur notre société du
divertissement. Au lieu d’un échange avec cette chorégraphe exceptionnelle, nous avons eu droit à l’insipide conférence de Jean Gaudin à la Chartreuse.
Andy de Groat avec « Swan Lake » a remis en scène cette œuvre présentée au festival
« Danse à Aix » en 1982. Par le rire, il a réussi à accompagner le public vers une représentation plus ouverte de la danse. A l’heure de la normalisation par le bas de la culture, Andy
de Groat a relevé le niveau ; un pédagogue souriant de l’art, en sorte.
Sur un autre plan, la chorégraphe Ina Christel Johannessen a donné (avec « …il’s only a
rehearsal ») au danseur Dimitri Jourde l’opportunité de dépasser son art pour tendre vers le registre du loufoque. En guidant le spectateur du mythe à sa dérision, elle suscite «
le plaisir ambigu ». C’est une belle définition du rire dans la danse.
Le rire, prétexte pour ouvrir la danse.
Avec des succès divers, quatre œuvres ont tenté de donner à la danse des airs joyeux à partir de nouvelles formes chorégraphiques.
Avec «A quoi tu penses ? », Dominique Boivin et l’écrivaine Marie Nimier, ont réussi à nous
parler de l’univers de la danse sous la forme d’une histoire biographique. On aurait aimé plus d’audace dans le propos, à l’image de la Belge Isabella Soupart qui avec « In the wind of time », a joliment offert à sa chorégraphie des airs d’œuvre littéraire.
Autre reliance, celle du théâtre et de la danse, proposée par Bruno Pradet avec « Reproduction
interdite ». On retrouvait ce désir de donner aux mots, une forme percutante à partir d’un espace scénique innovant. Mais la danse n’a pas tenu ses promesses.
Jean Gaudin aurait bien voulu faire l’événement de ce festival. Il le pouvait avec « Fluxs
2», œuvre au langage absurde. Mais le tout est apparu inabouti, parfois improvisé, pas très sérieux. Copinage ?
La danse dans les pas du café-théâtre.
Pour faire rire, la danse s’est donc acoquinée avec ce qui fait le ressort du café-théâtre : les bons vieux clichés (les femmes n’ont pas été épargnées). Le corps n’a rien apporté au propos si ce
n’est d’être réduit à un faire-valoir, à une marchandise que l’on solde. Mention spéciale à la compagnie Alias avec « I want to go home » et à Thomas Lebrun avec « what you
want ». Ils ont rassuré le public dans ses habitudes de consommateur de divertissements. Nul doute que ces deux spectacles tourneront : ils devraient tranquilliser la France
centriste…
Avant même qu’il ne tourne, « Super !» de Maria Clara
Villa-Lobas connaîtra sûrement une carrière beaucoup plus courte après son passage aux Hivernales. À moins qu’Arlette ou José deviennent Présidente et premier ministre. Et encore
que…
Le rire dans l’espace réduit.
Le lien entre “Holeulone
» de Karine Pontiès et le thème des Hivernales n’était pas évident. Qu’importe ! Encore fallait-il que je sois transporté ailleurs que dans cette petite scène.
Pari à moitié réussi pour Andréa Sitter qui avec « U.I.A.R » n’a donné qu’une vision
étroite de l’histoire de la danse. Quelque chose n’est pas passé comme si après Dominique Boivin, j’avais voulu autre chose que ce regard nombriliste porté sur le milieu de la danse.
Pour Denis Plassard, je m’interroge encore sur la place de « DeRôles » dans ce
festival : ni drôle, ni sérieux. Ennuyeux.
Au final, une édition qui laissera peu de traces comme si faire rire par la danse était réducteur. À moins d’être subversif. Ne riez pas, on peut toujours rêver…
Vos prises de bec