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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /2007 09:52

En quittant le Port Autonome de Marseille, je me doute bien que mon blog m’aiderait à structurer ma pensée. Il est 22h et je ne ressens rien, pas d’affect, juste une douce confusion qui semble ne pas perturber l’agencement de mes neurones. Le Théâtre du Merlan de Marseille vagabonde toujours, de lieu en lieu, dans l’attente de la réouverture de sa salle rénovée. Il a choisi le décor improbable du Port pour installer la petite troupe de Galin Stoev, metteur en scène de la compagnie Fraction, basée à Bruxelles. « Oxygene », texte du russe Ivan Viripaev, est jouée dans une gare d’embarquement avec pour paysage, les grues, la mer, les mouettes.

 

Emitoufflée dans la couverture, j’assiste intéressé à cette mise en scène pour le moins décomplexée. La pièce évoque ce que sont devenus les dix commandements de Moïse à l’heure du terrorisme mondial, de la globalisation et du vide affectif que vivent des millions de couples. De l’infiniment global à l’infiniment petit, la pièce fait des allers – retours incessants qu’un duo d’acteurs (prénommés Sacha et Sacha) animent, accompagnés d’un DJ collé à son iMac, et d’un troisième, assis au fond de la scène, à la fois bruiteur et perturbateur. Pendant plus d’une heure, les mots s’accélèrent pour se perdre et se télescoper. Je cède à plusieurs reprises et seul Antoine Oppenheim me relie au texte. Il est charismatique lorsqu’il épouse les mots avec son corps, et vous fixe d’un regard appuyé pour ne pas vous lâcher. La scène où, allongé à terre, il évoque son impuissance sexuelle avec Sacha, est éblouissante, touchante d’humilité. C’est d’ailleurs l’un des rares moments où nous prenons un peu d’oxygène. En effet, cette mise en scène s’articule au rythme donné par la forme (debout, micros à la main, fond sonore déstructuré) au détriment de la musique des mots. Je m’interroge sur ce choix alors que ces deux acteurs sont si beaux, comme s’il fallait masquer l’impuissance (sic) de Galin Stoev a créer son art transdisciplinaire à l’image de la danse, qu’il ne fait qu’effleurer. Au final, la prouesse des comédiens empêche d’apprivoiser le texte d’Ivan Viripaev et j’ai la « douce » sensation d’être définitivement lâché lors du dernier tableau. A vouloir coller à la modernité, Galin Stoev en a oublié l’essentiel : notre cerveau est humain, pas encore i-podisé.

Pascal Bély
www.festivalier.net

 

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